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- L’utilisation du mot « Évangile »
À l'époque du NT, euaggelion (« bonne nouvelle », le mot que nous traduisons par « évangile ») ne faisait pas référence à un livre ou à un écrit, mais à une proclamation ou à un message. Dans le monde grec non chrétien, le terme sert à désigner une bonne nouvelle, en particulier la nouvelle d'une victoire au combat ; et dans le culte impérial, la naissance et la présence de l'empereur constituaient une bonne nouvelle pour le monde romain. Les mots de la Septante liés à euaggelion traduisent des mots de l'hébreu bśr, qui a une portée similaire de proclamation de bonnes nouvelles, en particulier de la victoire d'Israël ou de la victoire de Dieu. Plus largement, il peut couvrir la proclamation des actes glorieux de Dieu en faveur d'Israël.
Si on n’a aucun indice que Jésus ait pu utiliser ce mot, il est certain que ses disciples l'ont fait, en insistant sur le fait que la bonne nouvelle concerne ce que Dieu a fait en Jésus. C’est ce que fait Paul en Rm 1, 3-4 en insistant sur la double identité de Jésus, à savoir, issu de la semence de David selon la chair, et désigné Fils de Dieu en puissance selon l'Esprit de sainteté par la résurrection d'entre les morts. Plus généralement, pour Paul, le cœur de l'Évangile est centré sur la souffrance, la mort et la résurrection de Jésus et sur sa puissance pour la justification et, finalement, le salut (Rm 1, 16).
Marc 1, 1 ouvre son récit par ces mots : « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu ». La bonne nouvelle de ce que Dieu a fait, autrefois proclamée à Israël, sera maintenant proclamée dans et par Jésus Christ à toutes les nations (13, 10). Il s'agit du royaume ou du règne de Dieu qui est rendu présent par le fait que Jésus pardonne les péchés, guérit les malades, nourrit les affamés, ressuscite les morts, apaise les tempêtes - un royaume/règne proclamé dans ses enseignements et ses paraboles qui cherchent à mettre en évidence et à contrer les obstacles humains. Jésus est un roi que Dieu fait triompher, même lorsque ses ennemis l'ont crucifié. Bien que ni Matthieu ni Luc ne commencent pas de la même manière que Marc, leur perspective évangélique de base est sensiblement la même. Dans Matthieu, Jésus proclame l'Évangile du royaume (4, 23 ; 9, 35 ; 24, 14), et Luc utilise la forme verbale euaggelizein (« proclamer la bonne nouvelle ») pour décrire cette activité (8, 1 ; 16, 16). Comme ces deux écrits commencent par deux chapitres de l'histoire de l'enfance, leur version de la bonne nouvelle implique également la conception et la naissance merveilleuses de Jésus (par exemple, Luc 2, 10). Bien que Jean ait un contenu sur Jésus similaire à celui des Synoptiques, ni euaggelion ni la forme verbale n'apparaissent. Cependant, 1 Jean (1, 5 ; 3, 11) utilise le terme apparenté aggelia (« message ») qui pourrait avoir été la désignation johannique de ce que nous connaissons comme l'Évangile selon Jean.
Le 2e siècle fournit l'attestation de l'emploi de euaggelion pour les écrits chrétiens. Comme les Évangiles n’étaient pas signés et n’avaient pas de titre, on leur a ajouté un titre à la fin du 2e siècle du genre : « L'Évangile selon... ». Notons que beaucoup d’écrits apocryphes à qui on donne aujourd’hui le titre d’évangile (L’évangile de Pierre, Le protévangile de Jacques, L’évangile secret de Marc, L’évangile de Thomas, etc.) ne se présentent pas eux-mêmes comme un évangile.
Enfin, il nous sera utile de conserver deux catégories distinctes : Le « matériel sur Jésus » (les récits de l'enfance et de la passion, les recueils de paroles, les recueils de miracles, les discours attribués à Jésus ressuscité) ; et les « évangiles », c'est-à-dire les récits complets tels que ceux que nous rencontrons dans les quatre écrits canoniques (couvrant au moins une période de ministère public/passion/résurrection, et combinant miracles et paroles).
- L’origine du genre évangélique
- Origine dans l'AT et développements juifs dérivés de l'AT
Un modèle pourrait provenir du livre de Jérémie, où on trouve le milieu et la date du prophète (1, 1-3), un récit de son appel, un compte rendu de ses paroles ou discours et de ses actions prophétiques, des avertissements de malheur imminent pour Jérusalem, et un type de récit de la passion. Bien que la proportion des discours oraculaires de Jérémie soit beaucoup plus élevée que celle des paroles de Jésus dans les Évangiles canoniques, le Livre de Jérémie illustre la réunion dans une seule œuvre de nombreux éléments qui sont réunis dans les Évangiles. Ce genre littéraire est repris au 1er siècle de notre ère avec un ouvrage juif, Vies des prophètes, qui relate quelques ou plusieurs détails sur les différents prophètes : naissance, signes, actions dramatiques, mort et lieu de sépulture. Probablement écrit en grec, cet ouvrage peut refléter l'influence des biographies anciennes que nous décrivons maintenant.
- Origine dans l’imitation des biographies profanes
Parmi l'abondante littérature gréco-romaine des siècles précédant et suivant immédiatement la période de Jésus, on trouve divers types de biographies, par exemple les Vies de Grecs et de Romains célèbres de Plutarque, les Vies des Césars de Suétone, la Vie d'Apollonios de Tyane de Philostrate et les Vies des philosophes anciens de Diogène Laertius.
Les ouvrages qui ont été proposés comme homologues des Évangiles ont des tonalités divergentes.
- Premièrement, les biblistes parlent parfois d' « arétalogie » (hymne sur les vertus d’un héro) comme un genre spécial de biographie où un homme divin (theios anēr) avec des dons préternaturels fait des miracles. Malheureusement, il n'est pas clair qu'un tel genre définissable ait existé ; et beaucoup de parallèles sont postérieurs à Marc-Antoine.
- Deuxièmement, le genre « biographie laudative » vise à montrer la grandeur du personnage. Dans le cas des philosophes en particulier, l'accent est mis sur leurs enseignements et sur l'idéalisation de ce qu'il y a de plus noble dans leur vie, afin d'encourager l'appréciation et l'imitation. Malheureusement, on y trouve tant de diversité qu’il est difficile d’arriver à une définition.
- Troisièmement, certains biblistes associent les évangiles à la représentation grecque des "immortels" et des "éternels". Les humains (parfois engendrés par des dieux) pouvaient devenir immortels à la mort, tandis que les éternels étaient des êtres divins qui descendaient sur terre, vivant comme des humains, puis remontant au ciel. Matthieu, Marc et Luc aurait présenté Jésus comme un immortel, alors que Jean l’aurait dépeint comme un éternel.
Néanmoins, il existe des différences considérables entre les biographies gréco-romaines et les évangiles, notamment en ce qui concerne l'anonymat de ces derniers, leur accent théologique clair et leur objectif missionnaire, leur ecclésiologie anticipée, leur composition à partir de la tradition communautaire et leur lecture dans le cadre du culte communautaire. Marc, en particulier, s'écarte d'un modèle de biographie qui mettrait l'accent sur la naissance inhabituelle et les débuts de la vie du héros, ainsi que sur son triomphe - ou, s'il a été injustement traité, sur son acceptation courageuse et noble. Ceci étant dit, il est probable que de nombreux auditeurs/lecteurs du 1er siècle, familiers des biographies gréco-romaines, n'auraient pas fait ces distinctions et auraient simplement considéré les Évangiles presque comme des vies Jésus à l’instar d’autres grands personnages.
- La créativité et les évangiles
Si Marc est le premier Évangile, l'Évangile était-il une création unique de Marc ? Même si l'idée d'écrire une description de la carrière de Jésus a pu être catalysée par l'existence de vies de prophètes, de philosophes célèbres et de personnalités mondiales, ce qui est raconté sur Jésus n'est guère régi par un simple désir de fournir des informations ou d'encourager l'émulation. Car l’évangile exige une réponse de foi, comme l’écrit Jn 20, 31 : « Ces signes ont été rapportés pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom ». L'apparition du mot euaggelion chez Paul vise un but similaire : « Bref, que ce soit moi, que ce soit eux, voilà ce que nous proclamons et voilà ce que vous avez cru » (1 Co 15, 11; voir aussi Rm 1, 1-4 ; 1 Cor 11, 23-26). Cela signifie que Marc n'a certainement pas été le premier à rassembler le matériel de Jésus dans un but salvifique, même si son récit complet est le plus ancien conservé.
Quel degré d'ingéniosité était nécessaire pour construire un récit évangélique complet sur Jésus ? La réponse dépend en partie de l'historicité du récit : pour certains biblistes, les récits évangéliques comprennent une bonne partie de fiction, comme le récit de la passion qui serait une réflexion sur l’AT; pour d’autres, Jésus est un maître de sagesse, et les récits de miracles et de la résurrection sont de la propagande face aux autres faiseurs de miracles; pour d’autres encore, Jésus est un magicien auquel on a accolé un enseignement de la sagesse pour le rendre respectable. S’il en était ainsi, il aurait fallu en effet beaucoup d’ingéniosité pour arriver aux récits actuels. Mais selon la majorité des biblistes, une grande partie de ce que raconte Marc repose sur des faits réels, comme le baptême par Jean-Baptiste, la proclamation de la venue du royaume de Dieu, à la fois par des discours et des paraboles qui remettaient en question les attitudes bien ancrées des gens, la guérison des maladies et l’expulsion ce qu’on considérait comme des démons, l'antipathie des dirigeants juifs qu’il a suscité en exerçant une liberté trop souveraine à l'égard de la Loi, en prétendant parler au nom de Dieu d'une manière qu'ils considéraient comme arrogante, et en défiant l'administration du Temple par des actions et des avertissements. Jésus serait donc lui-même à la source du matériel qui a finalement été intégré aux Évangiles, peu importe à quel point ce matériel a évolué au cours des décennies qui l'ont séparé des évangélistes.
- Des portraits de Jésus
Il est utile de distinguer trois portraits de Jésus : le Jésus réel, le Jésus historique et le Jésus de l'Évangile.
- Un portrait du Jésus réel comprend tout ce qui est intéressant à son sujet : dates exactes de naissance et de mort ; des détails révélateurs sur ses parents et sa famille ; comment il s'entendait avec eux et comment il a grandi ; comment et où il a travaillé pour gagner sa vie avant de commencer à prêcher ; à quoi il ressemblait ; quelles étaient ses préférences en matière de nourriture et de boisson ; s'il tombait malade de temps en temps ; s'il était plein d'humour, amical et apprécié des villageois de Nazareth, etc. Nous n'avons pas ce genre de détails dans les Évangiles, et c'est justement parce qu'ils manquent de détails que de nombreux spécialistes hésitent à décrire les Évangiles comme des biographies ou des vies du Christ.
- Un portrait du Jésus historique est une construction savante basée sur une lecture entre les lignes des Évangiles et en les dépouillant de toutes les interprétations, élargissements et développements surtout théologique qui ont pu avoir lieu après le départ de Jésus. La validité de la construction dépend des critères employés par les chercheurs. Le portrait du Jésus historique est une construction basée sur des preuves limitées et conçue pour produire une vision minimaliste sur laquelle on peut s'accorder scientifiquement (c'est que cherche J.P. Meier avec son oeuvre sur le Jésus historique). Il ne peut nous donner qu'une infime partie des détails et des couleurs du vrai Jésus, et il changera constamment au fur et à mesure que la méthode scientifique sera affinée ou révisée. Puisque les résultats de cette recherche dépouillent les récits évangéliques de leur dimension catéchétique et théologique, l'image bidimensionnelle qui émerge manquera singulièrement de profondeur théologique et spirituelle et sera presque certainement partiellement déformée parce qu'elle reflétera ce que les chercheurs souhaitent mettre en évidence. L'idée que la foi chrétienne devrait dépendre de reconstructions du Jésus historique est un dangereux malentendu.
- Le Jésus de l’Évangile fait référence au portrait peint par un évangéliste. Il découle de l'arrangement très sélectif qu'il a fait du matériel sur Jésus afin de promouvoir et de renforcer une foi qui rapprocherait les gens de Dieu. L'évangéliste n'a inclus que les informations qui servaient cet objectif, et les besoins du public envisagé ont affecté le contenu et la présentation. C'est pourquoi les Évangiles écrits par différents évangélistes pour différents publics au cours de différentes décennies devaient être différents.
La question se pose : comment les portraits du Jésus réel, du Jésus historique et du Jésus de l'Évangile correspondent-ils au « vrai » Jésus, celui qui a attiré et convaincu des disciples qui l'ont proclamé à travers le monde connu ? Des aspects majeurs du « Jésus réel » ne sont pas rapportés et donc inconnaissables ; fonctionnellement, cette image de Jésus ne peut donc être que partiellement réelle pour les générations suivantes. Par contre, le portrait du « Jésus historique », en raison de ce qu’il exclut, notamment de nature religieuse et théologique, est le plus éloigné pour nous donner le « vrai » Jésus. Si l'on admet que les portraits de Jésus des Évangiles conservent des éléments significatifs du « vrai » Jésus et que leur objectif missionnaire n'est pas étranger au sien, alors ces portraits sont aussi proches du « vrai » Jésus que ce qui est possible d’avoir.
- Les trois étapes de la formation des évangiles
- Le ministère ou l'activité publique de Jésus de Nazareth (le premier tiers du 1er siècle)
Les données que nous avons disent qu’il a fait des choses remarquables, a proclamé oralement son message et a interagi avec d'autres personnes. Jésus a choisi des compagnons qui ont voyagé avec lui et ont vu et entendu ce qu'il a dit et fait. Leurs souvenirs de ses paroles et de ses actes ont fourni le « matériel Jésus » brut. Ces souvenirs étaient déjà sélectifs puisqu'ils se concentraient sur ce qui avait trait à la proclamation de Dieu par Jésus, et non sur les nombreuses futilités de l'existence ordinaire (ou les éléments du « Jésus réel »). D'un point de vue pratique, il est important que les lecteurs modernes se rappellent sans cesse qu'il s'agit de souvenirs de ce qui a été dit et fait par un Juif qui vivait en Galilée et à Jérusalem dans les années 20. La manière de parler de Jésus, les problèmes auxquels il était confronté, son vocabulaire et ses perspectives étaient ceux de cette époque et de ce lieu spécifiques.
- La prédication (apostolique) sur Jésus (le deuxième tiers du 1er siècle)
Ceux qui avaient vu et entendu Jésus ont vu leur foi en lui confirmée par les apparitions du Christ ressuscité (1 Co 15, 5-7) ; ils ont acquis une foi totale en Jésus ressuscité comme celui par qui Dieu a manifesté l'amour salvifique ultime à Israël et finalement au monde entier - une foi qu'ils ont exprimée par des titres confessionnels (Messie/Christ, Seigneur, Sauveur, Fils de Dieu, etc.). Cette foi post-résurrectionnelle illuminait le souvenir de ce qu'ils avaient vu et entendu durant la période pré-résurrectionnelle ; ils proclamaient donc ses paroles et ses actes avec une signification enrichie, marquée par leur nouvelle compréhension des choses, différente d’une simple énumération brute des événements. Nous parlons de ces prédicateurs comme "apostoliques" parce qu'ils se comprenaient comme envoyés (apostellein) par Jésus ressuscité, et leur prédication est souvent décrite comme une proclamation kérygmatique (kērygma) destinée à amener les autres à la foi. Finalement, le cercle des prédicateurs missionnaires s'est élargi au-delà des compagnons originaux de Jésus, et les expériences de foi de nouveaux venus comme Paul ont enrichi ce qui était reçu et proclamé.
Un autre facteur intervenant à ce stade du développement était la nécessaire adaptation de la prédication à un nouveau public. Si Jésus était un juif galiléen du premier tiers du 1er siècle qui parlait l'araméen, au milieu du siècle, son Évangile était prêché dans la diaspora aux juifs et aux païens des villes en grec, une langue qu'il ne parlait pas normalement (s'il la parlait). Ce changement de langue impliquait une traduction dans le sens le plus large de ce terme, c'est-à-dire une reformulation du vocabulaire et des modèles qui rendrait le message intelligible et vivant pour les nouveaux publics. Parfois, la reformulation touchait des éléments accessoires, par exemple la reformulation du toit de style palestinien à travers lequel un trou a été ouvert en Marc 2, 4 en un toit en tuiles familier à un public grec dans Luc 5, 19. Mais d'autres reformulations avaient des répercussions théologiques, par ex, le choix de sōma, « corps » pour la composante eucharistique dans les Synoptiques et dans 1 Cor 11, 24 (par opposition à la traduction plus littérale sarx, « chair » dans Jean 6, 51 et Ignace, Romains 7, 3). Ainsi, les développements de la tradition de Jésus ont favorisé la croissance de la théologie chrétienne.
Cette deuxième période est donc marquée par la prédication apostolique. Mais d’autres éléments font servir au produit final qu’est un Évangile, par exemple, la liturgie ou le culte qui ont donné naissance à des formules baptismales et eucharistiques. Le façonnement du matériel par la catéchèse peut être détecté dans Matthieu. Les controverses communautaires ont fourni une coloration, par exemple, les luttes avec les chefs de la synagogue juive (dans Matthieu et Jean) et, en interne, avec ceux qui crient "Seigneur, Seigneur" dans Matthieu 7, 21 (contre les enthousiastes spirituels?).
- Les évangiles écrits (le dernier tiers du 1er siècle, environ)
Il est probable que quelques premiers recueils écrits (aujourd'hui perdus) de ce qui était prêché soient apparus lors de la période précédente, et la prédication basée sur la préservation et le développement oraux du matériel de Jésus se soit poursuivie pendant une bonne partie du 2e siècle. Mais la période 65-100 est celle où les quatre évangiles canoniques ont fort probablement été écrits. En ce qui concerne les évangélistes ou les auteurs des Évangiles, selon des traditions remontant au 2e siècle et reflétées dans les titres ajoutés aux Évangiles vers l’an 200 ou même avant, deux Évangiles ont été attribués à des apôtres (Matthieu et Jean) et deux à des hommes apostoliques (c'est-à-dire des compagnons des apôtres : Marc [de Pierre] et Luc [de Paul]). Pourtant, la plupart des spécialistes modernes ne pensent pas que les évangélistes aient été des témoins oculaires du ministère de Jésus. Il est possible que les premières traditions concernant la paternité des évangélistes n'ont peut-être pas toujours fait référence à l'évangéliste qui a composé l'Évangile final. L'attribution ancienne peut avoir porté sur le responsable de la tradition préservée et consacrée dans un Évangile particulier (c'est-à-dire à l'autorité derrière l'Évangile), ou sur celui qui a écrit l'une des sources principales de l'Évangile.
La reconnaissance du fait que les évangélistes n'étaient pas des témoins oculaires du ministère de Jésus est importante pour comprendre les différences entre les évangiles. Par exemple, comment expliquer la contradiction entre Jean qui place la purification du temple au début du ministère de Jésus, tandis que Matthieu la place à la fin? Comment expliquer la contradiction de la guérison de l’aveugle Bartimée avant d’entrer à Jéricho chez Luc, et à la sortie de Jéricho chez Marc? Cependant, si aucun des deux évangélistes n'était un témoin oculaire et que chacun d'eux avait reçu le récit de la purification du Temple ou de la guérison de l’aveugle de Jéricho d'une source intermédiaire, aucun (ou seulement un) n'a pu savoir quand elle s'est produite au cours du ministère public. Plutôt que de dépendre d'une mémoire personnelle des événements, chaque évangéliste a arrangé le matériel qu'il a reçu afin de dépeindre Jésus d'une manière qui répondrait aux besoins spirituels de la communauté à laquelle il adressait l'Évangile. Ainsi, les évangiles ont été disposés dans un ordre logique, pas nécessairement dans un ordre chronologique. Les évangélistes apparaissent comme des auteurs, façonnant, développant, élaguant le matériel transmis sur Jésus, et comme des théologiens, orientant ce matériel vers un objectif particulier.
- Corollaires de cette approche de la formation évangélique
- Les Évangiles ne sont pas des comptes rendus littéraux du ministère de Jésus. Des décennies de développement et d'adaptation de la tradition de Jésus se sont écoulées.
- Si les Évangiles ne sont pas des comptes rendus littéraux du ministère de Jésus, comment ces récits peuvent-il être considérés comme véridiques? La vérité, cependant, doit être évaluée en fonction de l'objectif visé. Les Évangiles pourraient être jugés non véridiques si le but était le reportage strict ou la biographie exacte ; mais si le but est d'amener les lecteurs/auditeurs à une foi en Jésus qui les ouvre au règne ou au royaume de Dieu, alors les adaptations qui rendent les Évangiles moins que littéraux (ajout de la dimension de la foi, ajustement à de nouveaux publics) ont été faites précisément pour faciliter ce but et donc pour rendre les Évangiles vrais.
- Certains se posent la question : comment savoir si les évangiles offrent un message fidèle à celui de Jésus ? Les érudits ne peuvent pas être des guides sûrs puisqu'ils sont en large désaccord sur le degré d'altération, allant de majeur à mineur. Il s'agit d'une question théologique, et une réponse théologique est donc appropriée. Ceux qui croient en l'inspiration soutiendront que le Saint-Esprit a guidé le processus, garantissant que les Évangiles produits au final reflètent la vérité que Dieu a envoyé Jésus proclamer.
- Dans l'histoire de l'exégèse, on a cherché à harmoniser les différences entre les Évangiles, par exemple en essayant de faire un seul récit séquentiel à partir des récits d'enfance très différents de Matthieu et de Luc, ou à partir du récit de Luc sur les apparitions de Jésus ressuscité à Jérusalem et du récit de Matthieu sur une apparition sur une montagne en Galilée. Outre la question de savoir si cela est possible, nous devons nous demander si une telle harmonisation n'est pas une distorsion. Dans une perspective de foi, la providence divine a fourni quatre évangiles différents, et non une version harmonisée ; et c'est vers les évangiles individuels, chacun avec son propre point de vue, que nous devons nous tourner.
- Dans la dernière moitié du XXe siècle, le respect de l'individualité de chaque Évangile a eu un effet sur la liturgie ou le rituel de l'Église. Dans sa réforme, la liturgique catholique romaine a introduit un lectionnaire de trois ans où, la première année, les lectures de l'Évangile du dimanche sont tirées de Matthieu, la deuxième année de Marc et la troisième année de Luc. Ce système a remplacé un lectionnaire d'un an où, sans aucun schéma théologique discernable, la lecture était tirée un dimanche de Matthieu, un autre dimanche de Luc, etc. Un facteur important dans ce changement a été la reconnaissance du fait que les péricopes de l'Évangile doivent être lues séquentiellement dans le même Évangile si l'on veut rendre justice à l'orientation théologique donnée à ces passages par l'évangéliste individuel.
- Le problème synoptique
Les trois premiers évangiles sont appelés "synoptiques" parce qu'ils peuvent être examinés côte à côte (syn-optique). Ces évangiles ont tellement de points communs qu’il doit y avoir eu une certaine dépendance de l'un ou des deux par rapport à l'autre ou par rapport à une source écrite commune.
- Les statistiques et la terminologie
L’ensemble de l’évangile de Marc compte 661 versets, Matthieu 1 068 versets et Luc 1 149 versets. 80% des versets de Marc sont reproduits dans Matthieu et 65% dans Luc. Le matériel marcien que l'on retrouve chez Matthieu et Luc est appelé la « Triple Tradition ». Les quelque 220 à 235 versets (en tout ou en partie) du matériel non marcien que Matthieu et Luc ont en commun sont appelés la « double tradition ». Dans les deux cas, l'ordre dans lequel ce matériel commun est présenté et la formulation de ce matériel sont en grande partie les mêmes, de sorte que la dépendance au niveau de l'écrit plutôt qu'au simple niveau oral doit être posée.
- Solutions qui posent un ou plusieurs proto-évangiles
- Au 18e siècle, des biblistes ont suggéré (Lessing, Eichhorn) que les trois Évangiles synoptiques s'inspiraient d'un Évangile araméen contenant une vie complète de Jésus et qui n'existe plus.
- D’autres ont proposé des évangiles apocryphes seraient la source des évangiles canoniques. Ainsi L’évangile secret de Marc, un assemblage de passages de Marc, aurait été écrit avant le Marc canonique (Smith, Koester). Malheureusement, les seuls deux petits fragments que nous en avons peuvent être compris comme étant tirés des évangiles canoniques. On a aussi proposé (Crossan) qu’une forme plus courte de L’évangile de Pierre serait à la source du récit de la passion des quatre Évangiles canoniques; malheureusement, la majorité des biblistes pensent que cet écrit apocryphe dépend des évangiles canoniques.
- Certains bibliste invoquent Papias, évêque du début du 2e siècle, qui écrit : « Matthieu a arrangé dans l'ordre les paroles en langue hébraïque [= araméenne ?] » et donc soutiennent qu'il ne parlait pas du Matthieu que nous connaissons, mais d'une collection antérieure (parfois désignée avec le sigle M) dont Marc s'est inspiré, ainsi que du Matthieu canonique (directement ou par l'intermédiaire de Marc). Cette collection hypothétique contiendrait ce qui ne peut être facilement expliqué en dérivant Marc du Mattheu canonique ou vice versa.
- D'autres biblistes jugent nécessaire une théorie multi-documents plus complexe, par exemple, la source n'était pas simplement le M araméen mais une traduction grecque de M, plus une collection araméenne de dictons traduits en grec. Des sources orales à côté des sources écrites sont également proposées. Dans cette ligne, Boismard détecte quatre documents sources utilisés par les évangélistes synoptiques, non pas directement mais à un niveau préévangélique :
- Le document A, d'origine palestinienne et judéo-chrétienne vers l’an 50
- Le document B, une réinterprétation du document A pour les chrétiens païens écrite avant l’an 58
- Le document C, une tradition palestinienne indépendante en araméen, très archaïque et peut-être les mémoires de Pierre - utilisées aussi dans Jean
- Le document Q contenant du matériel commun à Matthieu et à Luc.
Ce type de théorie postule virtuellement une nouvelle source pour résoudre chaque difficulté. On ne peut pas prouver qu'elle est fausse ou juste, mais la plupart des gens la trouveront trop complexe pour aider à l'étude ordinaire des évangiles.
- En fait, la majorité des biblistes, dans leur effort pour expliquer les différences et les similitudes entre les Synoptiques, plutôt que de postuler des proto-évangiles inexistants et des apocryphes très anciens, s'appuient sur une relation entre les Évangiles existants, c'est-à-dire des solutions de dépendance mutuelle auxquelles nous allons maintenant nous intéresser.
- Solutions dans lesquelles Matthieu était le premier évangile, et Luc a utilisé Matthieu
Cette hypothèse, qui remonte à Augustin au 4e siècle, est l'explication la plus ancienne ; elle a été généralement acceptée par les catholiques romains jusqu'au milieu du 20e siècle, et a encore des défenseurs respectables. Dans cette approche augustinienne, l'ordre canonique est aussi l'ordre de dépendance : Matthieu a été écrit en premier, Marc a sévèrement abrégé Matthieu, puis sont venus Luc et Jean, chacun s'inspirant de ses prédécesseurs. En 1789, J. J. Griesbach a proposé une théorie de la dépendance dans laquelle l'ordre était Matthieu, Luc et Marc. Le fondement de la proposition de la priorité matthéenne est que, depuis l'antiquité, Matthieu a été considéré comme le premier Évangile. Malheureusement, cette hypothèse peine à expliquer pourquoi Marc aurait omis une si grande partie du récit de Matthieu ? La réponse de Griesbach est que Marc n’aurait voulu faire qu’un condensé rapportant seulement les éléments sur lesquels Matthieu et Luc sont d'accord. Pourtant, Marc omet justement toute la Double Tradition où ils sont d'accord!
Il existe des arguments majeurs contre la dépendance de Luc à l'égard de Matthieu. Lorsque Luc et Matthieu ont des récits presque contradictoires, pourquoi Luc n'a-t-il pas fait un effort pour concilier la difficulté ? Par exemple, le récit de l'enfance de Luc n'est pas seulement très différent de celui de Matthieu, mais il est aussi pratiquement irréconciliable avec lui sur certains points, comme en ce qui concerne la maison de Joseph et de Marie (à Bethléem en Matthieu 2, 11 [maison] ; à Nazareth en Luc 2, 4-7, sans maison à Bethléem) et leurs voyages après la naissance de Jésus (en Égypte en Matthieu 2, 14 ; à Jérusalem et à Nazareth en Luc 2, 22, 39). Ou encore, le récit de Luc sur la mort de Judas dans Actes 1, 18-19 est difficilement réconciliable avec Matthieu 27, 3-10. En ce qui concerne l'ordre, si Luc a utilisé Matthieu, pourquoi l'emplacement du matériel Q (le matériel commun) chez Luc diffère-t-il tellement de celui de Matthieu? Cet argument devient plus fort si Luc a également utilisé Marc (thèse augustinienne), car Luc suit de près l'ordre de Marc. Un autre problème serait que Luc ne rapporte pas les ajouts de Matthieu à Marc, par exemple Mt 3, 14-15 (Jean-Baptiste s’oppose au baptême de Jésus); Mt 12, 5-7 (« c’est la miséricorde que je veux, non les sacrifices… »); Mt 16, 17-19 (« Heureux es-tu, Simon fils de Jonas… ») ; Mt 21, 14-16 (« enfants qui criaient dans le temple : "Hosanna au Fils de David"… ») ; Mt 26, 52-54 (« Penses-tu que je ne puisse faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges… »).
- Solutions basées sur la priorité de Marc
Selon cette hypothèse, Marc a été écrit en premier, tandis que tant Matthieu que Luc s'en sont inspirés de manière indépendante. Les éléments commun à Matthieu et Luc et qui ne proviennent pas de Marc s'expliquent en posant l'existence de la source Q (une source reconstruite entièrement à partir des éléments commun à Matthieu et Luc). C'est ce qu'on appelle la théorie des deux sources (Marc et la source Q). Le schéma qui suit compare l’hypothèse de Griesbach et celle des deux sources.
L'argument fondamental en faveur de la priorité de Marc est qu'elle résout plus de problèmes que toute autre théorie. Elle offre la meilleure explication de la raison pour laquelle Matthieu et Luc sont si souvent d'accord avec Marc dans l'ordre et la formulation, et permet des suppositions raisonnables sur la raison pour laquelle Matthieu et Luc diffèrent de Marc quand ils le font indépendamment. Par exemple, aucun des deux évangélistes n'aime les redondances de Marc, les expressions grecques maladroites, la présentation peu flatteuse des disciples et de Marie, et les déclarations embarrassantes sur Jésus. Lorsqu'ils utilisent Marc, les deux évangélistes développent les récits de Marc à la lumière de la foi post-résurrectionnelle.
Une conclusion réaliste est qu'aucune solution au problème des Synoptiques ne résout toutes les difficultés, et nous sommes incapables de reconstituer précisément la manière dont les évangélistes ont procédé il y a 1 900 ans. Le processus était probablement plus complexe que la reconstruction moderne la plus complexe. Si l'on ne peut pas résoudre toutes les énigmes, il est réaliste d'accepter et de travailler avec une solution relativement simple au problème synoptique qui est largement satisfaisante. C'est dans cet esprit que la théorie de la priorité de Marc (en tant que partie de la théorie des deux sources) est recommandée aux lecteurs de l'Évangile.
En acceptant la priorité de Marc, il faut néanmoins garder en tête les éléments suivants :
- Même lorsque Marc a été écrit, le souvenir de la tradition orale concernant Jésus n'a pas cessé. Papias est un témoin de l'intérêt continu pour la tradition orale au 2e siècle. Certains problèmes non résolus par la théorie des deux sources peuvent être résolus en faisant intervenir l'influence des souvenirs transmis oralement. Par exemple, la question identique, « Qui est-ce qui t'a frappé ? », partagée par Matthieu et Luc par rapport à Marc, pourrait être expliquée par l'utilisation indépendante d'une question traditionnelle connue oralement.
- En acceptant la solution que Matthieu et Luc ont tous deux utilisé Marc, on peut alors étudier leur théologie respective en analysant les changements qu'ils ont apportés au récit de Marc (un exemple de critique de la rédaction).
- Même en acceptant que Matthieu ou Luc a ajouté du matériel à ce qui a été copié de Marc, cet ajout, provenant parfois du matériel spécial propre à l'un ou l'autre de ces évangélistes, ne doit pas nécessairement être daté plus tard que le récit de Marc. Un exemple serait celui de Matthieu 16, 17-19 (« Heureux es-tu, Simon fils de Jonas… »), ajouté entre des éléments empruntés à Marc 8, 29 et 8, 30. Le matériel ajouté, qui a une forte connotation sémitique, pourrait bien être très ancien.
- L’existence de « Q »
- Qu'est-ce que la source Q?
"Q" est une source hypothétique proposée par la plupart des biblistes pour expliquer ce qu'on a appelé plus haut la Double Tradition, c'est-à-dire les accords (souvent verbaux) entre Matthieu et Luc sur des éléments qui ne se trouvent pas dans Marc. Derrière cette hypothèse se cache la supposition plausible que l'évangéliste Matthieu ne connaissait pas Luc et vice versa, et qu'ils ont donc dû avoir une source commune. De nombreuses précautions s'imposent avant de reconstituer Q. Son contenu est généralement estimé à environ 220-235 versets ou parties de versets. Indépendamment, cependant, Matthieu et Luc omettent tous deux des passages trouvés dans Marc ; il est donc plausible qu'indépendamment, ils aient omis du matériel qui existait dans Q. Parfois, seul Matthieu ou Luc conserve du matériel dans Marc ; il est également possible que du matériel trouvé seulement dans l'un des deux Évangiles ait pu exister dans Q. Nous ne sommes pas certains de la séquence du matériel dans Q parce que Matthieu et Luc ne le présentent pas dans le même ordre ; néanmoins, la plupart des reconstructions suivent l'ordre lucanien. Q est normalement reconstruit comme un document écrit en grec, car notre seule référence est constituée par deux Évangiles grecs et l’hypothèse d’une tradition purement orale n'expliquerait pas les grandes parties de la Double Tradition qui sont dans le même ordre. Comme Matthieu et Luc ne sont souvent pas d'accord sur la formulation de ce qu'ils ont dérivé de Q (pas plus qu'ils ne sont d'accord sur ce qu'ils ont dérivé de Marc), il faut étudier les tendances de chaque évangile pour déterminer quelle version représente le plus probablement un changement apporté par l'évangéliste individuel. De plus, il est peu probable qu'il n'existait qu'une seule copie de Q à laquelle Matthieu et Luc ont eu un accès indépendant, et il est possible que certaines des différences de formulation entre Matthieu et Luc proviennent de copies légèrement différentes de Q.
Le document Q reconstitué consiste en des paroles et quelques paraboles avec un minimum absolu de mise en scène narrative ; et il y a donc une forte tonalité sapientielle. La découverte de L'évangile copte de Thomas, représentant un original grec probablement du 2e siècle, montre qu'il existait des compositions chrétiennes consistant en des recueils de paroles. On peut supposer que, comme pour les autres Évangiles, ces paroles ont été préservées parce qu'elles étaient considérées comme pertinentes pour les chrétiens. Les avertissements, les malheurs et certaines paraboles ont une forte connotation eschatologique. On a l'impression que le jugement est imminent ; pourtant, plusieurs passages de Luc suggèrent qu’il y aura une période de temps où il faudra mettre à profit l’héritage reçu et mener une vie hautement morale.
- Le matériel de la source Q
Tableau du matériel habituellement attribué à la source Q
* L'ordre est celui de Luc
| Matthieu | Luc | Contenu |
| 3, 7b-12 | 3, 7-9.16-17 | avertissements de Jean-Baptiste, promesse d'un autre à venir |
| 4, 2b-11a | 4, 2-13 | trois tentations (mises à l'épreuve) de Jésus par le diable (ordre différent) |
| 5, 3.6.4.11-12 | 6, 20b-23 | béatitudes (ordre différent, formulation différente) |
| 5, 44.39b-40.42 | 6, 27-30 | amour des ennemis ; tendre l'autre joue ; donner son manteau ; donner aux mendiants |
| 7, 12 | 6, 31 | ce que vous voulez que les autres vous fassent, faites-le leur |
| 5, 46-47.45.48 | 6, 32-33.35b-36 | aimez plus que ceux qui vous aiment ; soyez miséricordieux comme le Père l'est |
| 7, 1-2 | 6, 37a.38c | ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; la mesure donnée est la mesure reçue |
| 15, 14.10.24-25a | 6, 39-40 | un aveugle peut-il guider un aveugle ; le disciple n'est pas au-dessus du maître |
| 7, 3-5 | 6, 41-42 | Une brindille dans l'oeil d'un frère, une poutre dans le sien |
| 7, 16-20 (12, 33-35) | 6, 43-45 | aucun bon arbre ne porte de mauvais fruits ; aucune figue ne provient des épines |
| 7, 21.24-27 | 6, 46-49 | m'appeler Seigneur et ne pas agir ; entendre mes paroles et les mettre en pratique |
| 8.5a-10.13 | 7, 1-2.6b-10 | le centurion de Capharnaüm demande de l'aide pour son serviteur malade |
| 11, 2-11 | 7, 18-28 | disciples de Jean-Baptiste ; message pour lui ; éloge de Jean-Baptiste comme plus qu'un prophète |
| 11, 16-19 | 7, 31-35 | cette génération n'est satisfaite ni de Jean-Baptiste ni du Fils de l'Homme |
| 8, 19-22 | 9, 57-60 | le Fils de l'Homme n'a nulle part où poser la tête ; le suivre ; laisser les morts enterrer les morts |
| 9, 37-38; 10, 7-16 | 10, 2-12 | moisson abondante, ouvriers peu nombreux ; instructions de mission |
| 11, 21-23; 10, 40 | 10, 13-16 | malheur à Chorazin et Bethsaïda ; quiconque vous écoute, m'écoute |
| 11, 25-27; 13, 16-17 | 10, 21-24 | remercier le Père d'avoir révélé aux enfants ; tout est donné au Fils qui seul connaît le Père ; bénis soient les yeux qui voient ce que tu vois |
| 6, 9-13 | 11, 2-4 | la prière du Seigneur (différentes formes - celle de Matthieu est plus longue) |
| 7, 7-11 | 11, 9-13 | demandez et il vous sera donné ; si vous faites de bons dons, combien plus le Père en fera-t-il ? |
| 12, 22-30 | 11, 14-15.17-23 | les démons sont chassés par Béelzébul un homme fort garde son palais ; pas avec moi est contre moi |
| 12, 43-45 | 11, 24-26 | un esprit impur sorti de quelqu'un revient et en amène sept autres |
| 12, 38-42 | 11, 29-32 | une génération cherche un signe ; signe de Jonas ; jugement des gens de Ninive ; reine du sud |
| 5, 15; 6, 22-23 | 11, 33-35 | ne pas mettre la lampe sous le boisseau ; lampe oculaire du corps, si elle est déréglée, ténèbres |
| 23, 25-26.23.6-7a.27 | 11, 39-44 | les pharisiens purifient l'extérieur de la coupe ; malheur aux personnes qui payent la dîme sans importance |
| 23, 4.29-31 | 11, 46-48 | malheur aux légistes qui lient de lourds fardeaux et construisent les tombes des prophètes |
| 23, 34-36.13 | 11, 49-52 | je parle / la sagesse de Dieu parle ; enverra des prophètes qui seront persécutés ; malheur aux légistes |
| 10, 26-33; 12, 32 | 12, 2-10 | tout ce qui est couvert sera révélé ; ne craignez pas les tueurs de corps ; me reconnaître devant Dieu |
| 10, 19-20 | 12, 11-12 | devant les synagogues, l'Esprit Saint aidera |
| 6, 25-33 | 12, 22-31 | ne vous inquiétez pas pour le corps ; considérez les lys des champs ; le Père sait ce dont vous avez besoin |
| 6, 19-21 | 12, 33-34 | pas de trésors sur la terre mais dans le ciel |
| 24, 43-44.45-51 | 12, 39-40.42-46 | maître de maison et voleur ; fidèle serviteur se préparant à la venue du maître |
| 10, 34-36 | 12, 51-53 | ne vient pas apporter la paix mais l'épée ; divisions familiales |
| 16, 2-3 | 12, 54-56 | la capacité d'interpréter les signes météorologiques devrait permettre d'interpréter les temps présents |
| 5, 25-26 | 12, 58-59 | régler avant de se présenter devant le magistrat |
| 13, 31-33 | 13, 18-21 | royaume des cieux/Dieu comme la graine de moutarde ; comme le levain que la femme met dans la farine |
| 7, 13-14.22-23; 8, 11-12 | 13, 23-29 | porte étroite par laquelle peu entreront ; maître de maison refusant ceux qui frappent ; personnes venant de toutes les directions pour entrer dans le royaume des cieux/Dieu |
| 23, 37-39 | 13, 34-35 | Jérusalem tue les prophètes, doit bénir celui qui vient au nom du Seigneur |
| 22, 2-10 | 14, 16-24 | royaume des cieux/Dieu, un grand banquet, les invités s'excusent, d'autres sont invités |
| 10, 37-38 | 14, 26-27 | quiconque vient doit me préférer à sa famille et doit porter une croix |
| 5, 13 | 14, 34-35 | inutilité du sel qui a perdu sa saveur |
| 18, 12-14 | 15, 4-7 | l'homme qui laisse 99 brebis pour aller chercher celle qui est perdue |
| 6, 24 | 16, 13 | ne peut servir deux maîtres |
| 11, 12-13; 5, 18.32 | 16, 16-18 | loi et prophètes jusqu'à Jean-Baptiste ; pas un point de la loi ne passera ; divorcer d'une femme et en épouser une autre est un adultère |
| 18, 7, 15.21-22 | 17, 1.3b-4 | malheur aux tentateurs ; pardonner à un frère après l'avoir réprimandé ; Pierre : combien de fois faut-il pardonner ? |
| 17, 20 | 17, 6 | si vous aviez la foi comme un grain de moutarde, vous pourriez déplacer des montagnes |
| 24, 26-28 | 17, 23-24.37 | signes de la venue du Fils de l'Homme |
| 24, 37-39 | 17, 26-27.30 | comme au temps de Noé, ainsi sera la venue du Fils de l'Homme |
| 10, 39 | 17, 33 | celui qui trouve sa vie la perdra, celui qui la perd la trouvera |
| 24, 40-41 | 17, 34-35 | en cette nuit, parmi deux, l'un est pris et l'autre laissé |
| 25, 14-30 | 19, 12-27 | parabole des mines / talents |
| 19, 28 | 22, 38.30 | les disciples seront assis sur des trônes et jugeront les douze tribus d'Israël |
- Comme un évangile complet ou un simple recueil de paroles?
Certains biblistes ont essayé d’analyser le matériel de la source Q et y ont décelé une basse christologie où Jésus y apparaît simplement comme un maître de sagesse sophiste ou cynique, ignorant des passages comme celui où Jésus est présenté comme celui qui baptise dans l’Esprit Saint, ou comme le Fils de l’homme qui sera rejeté et aura à souffrir, mais reviendra pour le jugement. La grande erreur de ces biblistes est d’approcher la source Q à la manière d’un évangile complet, et donc d’essayer de reconstruire la communauté de la source Q, son histoire, sa théologie, le lieu où elle a été écrite (généralement la Palestine ou la Syrie), et ses dirigeants (peut-être des prophètes), et de distinguer des couches rédactionnelles avec une perspective théologique pour chacune d’elles. Quand on considère l’ensemble des textes attribués à la source Q, on note leur caractère désordonné et on chercherait en vain une théologie cohérence. Et le fait qu’elle n'ait été préservée par Matthieu et Luc qu'en combinaison avec du matériel de Marc appui l’idée qu'il n'a jamais été plus qu'un recueil supplémentaire d'enseignements pour ceux qui ont accepté l'histoire de Jésus.
- Datation
Dans l'hypothèse où Matthieu et Luc ont utilisé à la fois Q et Marc, il n'est pas déraisonnable de supposer que Q était aussi ancien que Marc et existait dans les années 60. Cependant on ne peut lui attribuer une date plus précoce, car certaines paroles présupposent une période de persécution (Lc 11, 49-52) et d’hostilité à l’égard des Pharisiens et des légistes (Lc 11, 39-44.46-48), ce qui est arrivé plus tardivement dans l'histoire des premiers chrétiens.
Que conclure? Selon la majorité des biblistes, l'existence de Q (sans les nombreuses hypothèses ajoutées) reste la meilleure façon d'expliquer les accords entre Matthieu et Luc sur le matériel qu'ils n'ont pas emprunté à Marc.
Prochain chapitre: 7. L’évangile selon Marc
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Voir J. Meier sur la source Q
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