Etty Hillesum - Lévitique 19, 17-18
(Les écrits dEtty Hillesum. Journaux et lettres 1941-1943. Édition intégrale. Paris: Seuil, 2008, 1081 p.)
17 Tu nauras pas dans ton coeur de haine pour ton frère. Tu dois réprimander ton compatriote et ainsi tu nauras pas la charge dun péché.
18 Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis Yahvé.
Vendredi matin [le 28 novembre 1941], 9 heures moins le quart.
Hier soir, javais le sentiment de devoir lui demander pardon de toutes les vilaines pensées de révolte quil minspirait ces derniers jours. Je commence à me rendre compte que, lorsquon a de laversion pour son prochain, on doit en chercher la racine dans le dégoût de soi-même. « Aime ton prochain comme toi-même. » Je sais aussi que cest toujours moi, et jamais lui, qui porte la responsabilité de tels sentiments. Nous avons tous deux des rythmes de vie très différents ; il faut laisser à chacun la liberté de vivre selon sa nature. À vouloir modeler lautre sur limage quon se fait de lui, on finit par se heurter à un mur et lon est toujours trompé, non par lautre, mais par ses propres exigences, à soi-même et à lautre. Cest assez bête et à vrai dire bien peu démocratique, mais cest humain. À travers la psychologie, un chemin conduit peut-être à la vraie liberté : on ne réfléchira jamais trop à la nécessité de se libérer intérieurement de lautre, mais aussi de lui laisser sa liberté en évitant de se former de lui une représentation déterminée. Il reste assez de domaines à explorer pour limagination sans la faire travailler sur les personnes aimées.
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