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Jerome Murphy-O'Connor, Paul. Le récit définitif d’une vie cruciale.
Chapitre 1 : Le cadre chronologique, p. 1-31 (selon l'édition anglaise)
(Résumé détaillé)
Les références chronologiques sur la vie et le ministère de Paul sont peu nombreuses. Paul lui-même nous en donne deux. Le reste provient de Luc dans ses Actes des Apôtres.
- Les données des lettres pauliniennes
- Sa date de naissance
En Phlm 1, 9, Paul écrit : « Oui, moi Paul, qui suis un vieillard (presbytēs) ». À quel âge est-on un « vieillard ».
- La tradition grecque
Philon d’Alexandrie (20 av. JC – 45 ap. JC), un grand philosophe juif et contemporain de Paul écrit :
La croissance de l'homme, de la petite enfance à la vieillesse, lorsqu'on la mesure à l'aune du chiffre sept, révèle de la manière la plus évidente son pouvoir de perfectionnement ; car au cours de la première période de sept ans, les dents apparaissent. À la fin de la deuxième période de même durée, il atteint l'âge de la puberté ; à la fin de la troisième période, la barbe commence à pousser. La quatrième période le voit atteindre la plénitude de sa force virile. La cinquième période de sept ans est la saison du mariage. Au cours de la sixième période, il atteint la maturité de son entendement. La septième période est celle de l’amélioration et de la croissance les plus rapides de ses facultés intellectuelles et de raisonnement. La huitième est l’aboutissement de la perfection des deux. Au cours de la neuvième, ses passions acquièrent douceur et gentillesse, ayant été en grande partie apprivoisées. Au cours de la dixième, la fin souhaitable de la vie s’impose à lui, alors que ses membres et ses sens organiques sont encore intacts ; car une vieillesse excessive est susceptible de les affaiblir et de les épuiser tous (De Opificio Mundi, 103-5).
Solon (635–560 av. JC), un législateur, philosophe et poète, décrivit les différents âges de la vie avec ce poème :
Sept ans après son premier souffle,
L'enfant voit naître sa rangée de dents ;
Fortifié par un laps de temps similaire,
Il montre pour la première fois les signes de l'âge adulte.
Au bout d'un troisième cycle, ses membres s'allongent,
Une barbe pointe sur son visage en pleine transformation.
Lorsqu'il a traversé un quatrième cycle de ce genre,
Sa force et sa vigueur sont à leur apogée.
Lorsque cinq fois sept années se sont écoulées
au-dessus de sa tête, l'homme devrait songer à se marier ;
À quarante-deux ans, la sagesse est claire
Pour fuir les actes vils, la folie ou la peur ;
Au bout de sept fois sept ans, à la raison
S'ajoutent l'esprit vif et l'éloquence.
Et sept années supplémentaires permettent aux talents
D'atteindre leur pleine maturité.
Lorsque neuf de ces périodes se sont écoulées,
Ses pouvoirs, bien que devenus plus doux, persistent ;
Lorsque Dieu a accordé dix fois sept, le vieillard se prépare pour le ciel.
Solon décompose donc la vie de l’homme en dix périodes de sept ans. Mais [le Pseudo-] Hippocrate, le médecin, affirme qu’il existe sept âges de la vie humaine — la petite enfance, l’enfance, l’adolescence, la jeunesse, l’âge mûr, le mitan de la vie et la vieillesse — et que ceux-ci se mesurent eux aussi par périodes de sept ans, bien que dans un ordre différent. Il nous dit :
La nature humaine comporte sept étapes, que les hommes appellent les âges : la petite enfance, l'enfance, l'adolescence et les autres :
Il est un nourrisson [paidion] jusqu'à ce qu'il atteigne sa septième année, l'âge où ses dents de lait tombent.
Il est un enfant [pais] jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge de la puberté, qui
survient à quatorze ans.
Il est un adolescent [meirakion] jusqu’à ce que sa barbe commence à pousser, et ce
moment marque la fin d’une troisième période de sept ans.
Il est un jeune homme [neaniskos] jusqu’à l’achèvement de la croissance de son
corps tout entier, ce qui coïncide avec la quatrième période de sept ans.
Il est alors un homme [anēr] jusqu’à ce qu’il atteigne sa quarante-neuvième année, soit
sept fois sept périodes.
Il est un homme d’âge mûr [presbytēs] jusqu’à l’âge de cinquante-six ans, soit huit fois
sept ans. Et après cela, il est un vieillard [gerōn].
Solon et Hippocrate décomposent la vie humaine en périodes de sept ans, mais Solon est plus réaliste qu’Hippocrate pour qui 49 ans est artificiellement le sommet de la vie, car étant le carré de sept, suivi par un long déclin. En revanche, la perception de Solon rejoint le Ps 90, 10a : « Soixante-dix ans, c'est parfois la durée de notre vie, quatre-vingts, si elle est vigoureuse ». Et les caractéristiques de sa neuvième phase sont celles que l'on associe aux « personnes âgées » par opposition aux « vieillards ».
- La tradition juive
La tradition juive confirme cette interprétation. Selon Lv 27, 2-5 : « Pour un homme, entre vingt et soixante ans, la valeur est de cinquante sicles d'argent… pour quelqu'un de soixante ans ou plus, la valeur d'un homme est de quinze sicles… ». Ainsi, la valeur d’une personne diminue à partir de 60 ans, ce qu’explique le Document de Damas qu’on a trouvé à Qumrân :
Qu'aucun homme âgé de 60 ans ou plus n'occupe la fonction de juge de la congrégation ; car, en raison de l'infidélité des hommes, leurs jours sont raccourcis, et dans la fureur de sa colère contre les habitants de la terre, Dieu a décrété que leur intelligence déclinerait avant que leurs jours ne soient accomplis (CD 10, 7-10).
Une perspective un peu différente nous est donnée par une liste rabbinique :
À 5 ans, on est prêt pour les Écritures,
À 10 ans pour la Mishna,
À 13 ans pour l'accomplissement des commandements,
À 15 ans pour le Talmud,
À 18 ans pour la chambre nuptiale,
À 20 ans pour suivre sa vocation,
À 30 ans pour l'autorité,
À 40 ans pour le discernement,
À 50 ans, pour donner des conseils,
À 60 ans, pour être un ancien,
À 70 ans, pour avoir les cheveux gris,
À 80 ans, pour avoir une force particulière,
À 90 ans, pour avoir le dos voûté,
À 100 ans, un homme est comme quelqu’un qui est déjà mort (m. Abboth, 5, 21)
Cette liste correspond à ce qu’on trouve à Qumrân : l'éducation commence dès la petite enfance, l'âge de la majorité (y compris le droit de se marier) est fixé à 20 ans, on commence à assumer des responsabilités à 25 ans, et un homme peut être juge à 30 ans.
Bref, pour les contemporains de Paul, un homme à la fin de la cinquantaine ou au début de la soixantaine était considéré comme un ancien ou un aîné. Et on peut assumer que Paul partageait cette perspective quand il écrivit à Philémon et s’identifiait comme un ancien. Or, cette lettre a été écrit en l’an 53, ce qui signifie que Paul avait environ 60 ans, ce qui place sa naissance dans les dernières années avant le début de l’ère moderne, soit en même temps que la naissance de Jésus.
- Sa date de départ de Damas
En 2 Co 11, 32-33, Paul écrit : « A Damas, l'ethnarque du roi Arétas faisait garder la ville pour m'arrêter. Mais par une fenêtre, on me fit descendre dans une corbeille le long de la muraille, et j'échappai à ses mains », et en Ga 1, 17-18 : « Je suis parti pour l'Arabie, puis je suis revenu à Damas. Ensuite, trois ans après, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas et je suis resté quinze jours auprès de lui ».
L’Arabie dont parle Paul était sous le contrôle du roi nabatéen Arétas IV (dont le règne commence en l’an 9 av. JC et se termine à sa mort vers l’an 40 de notre ère). On doit postuler que Paul a connu des ennuis en Arabie et qu’il fut forcé de revenir en hâte à Damas où il passa ensuite trois ans en paix avant que les Nabatéens prennent le contrôle de la ville, l’obligeant à fuir de nouveau, cette fois à Jérusalem.
- Le contrôle nabatéen de Damas
Rappelons que Damas était partie intégrante de l’empire romain de Syrie depuis la conquête de Pompée en l’an 65 av. notre ère. Mais selon un modèle qu’on trouve à Alexandrie, l’ethnarque de Damas était une sorte de « consul » qui dirigeait la colonie commerciale nabatéenne implantée là-bas. Et s’il portait le titre d’ethnarque plutôt que celui de stratēgos, habituellement utilisé pour désigner les gouverneurs nabatéens, est qu'il reflétait le rang du gouverneur en tant que prince de sa propre tribu. Or, l’utilisation d’un tel titre nous place après le 16 mars de l’an 37 de notre ère, i.e. après la mort de l’empereur Tibère, qui exigeait des provinces bien structurées, non pas des rois « clients », comme le permettra son successeur Caligula. Ce dernier avait la réputation d’être ouvert aux Nabatéens qui considéraient la ville comme un centre névralgique pour le commerce, car ceux-ci avaient aidé son père, Germanicus, dans son combat en l’an 18-19 contre Gnaeus Calpurnius Piso, gouverneur de Syrie.
Les implications pour la chronologie paulinienne
Il est donc probable que les Nabatéens prirent le contrôle de Damas dans la 2e partie de l’an 37. À partir de cette date qui obligea Paul à quitter Damas, on peut déduire les autres événements. Puisque Paul nous dit qu’il est demeuré trois ans à Damas, donc de l’an 34 à 37, son séjour précédent en Arabie se situe donc en l’an 33 ou 34. De plus, puisque Paul semble dire que ce séjour en Arabie a suivi sa conversion (Ga 1, 16-17), on peut affirmer que sa conversion a eu lieu en l’an 33, alors qu’il était dans la trentaine. Enfin, Paul écrit que, après avoir quitté Damas, il monta à Jérusalem (Ga 1, 18), et quatorze ans plus tard, il monta de nouveau à Jérusalem avec Barnabas et Tite (Ga 2, 1), ce qui nous place en l’an 51. Voici un petit tableau récapitulatif.
| Naissance | Vers 6 av. JC |
| Conversion | 33 de notre ère |
| Arabie | 34 |
| Damas | 34-37 |
| Jérusalem (1ière visite) | 37 |
| Syrie et Cilicie | 37-? |
| Jérusalem (2e visite) | 51 |
- Les données des Actes des apôtres
- L’édit de Claude
En Ac 18, 1-2, Luc écrit :
En quittant Athènes, Paul se rendit ensuite à Corinthe. Il rencontra là un Juif nommé Aquilas, originaire du Pont, qui étaient arrivés récemment (prophatōs) d'Italie avec sa femme, Priscille. Claude, en effet, avait décrété que tous les Juifs devaient quitter Rome. Paul entra en relations avec eux.
L’édit impérial de Claude est également mentionné par Suétone :
Il expulsa de Rome les Juifs qui semaient sans cesse le trouble à l'instigation de Chrestus (Claudius 25, 4)
Mais quand eut lieu cette expulsion? Suétone ne nous le dit pas.
- Les données d’Orose
L’historien chrétien Paul Orose (385 - 420) écrit :
Josèphe fait référence à l'expulsion des Juifs par Claude au cours de sa neuvième année de règne. Mais Suétone me touche davantage lorsqu'il écrit : « Claude expulsa de Rome les Juifs qui semaient sans cesse le trouble à l'instigation de Christ. » Il est impossible de déterminer s'il ordonna seulement que les Juifs qui s'agitaient contre le Christ soient maîtrisés et réprimés, ou s'il souhaitait également expulser les chrétiens en tant qu'hommes d'une foi apparentée (Historiae adversus paganos 7, 6, 15–16).
Donc, selon Orose, l’expulsion par Claude a eu lieu lors de sa neuvième année. Or, Claude fut acclamé comme empereur le 25 janvier de l’an 41, et donc sa neuvième année nous mène à cette période du 25 janvier 49 au 24 janvier 50, ce qui place l’arrivée de Paul à Corinthe, dont parle Ac 18, 1-2, en l’an 49. Malheureusement, Orose n’est pas fiable, car on chercherait en vain la référence à Josèphe dont il parle; il probablement déduit ce chiffre à partir de la rencontre de Paul avec Gallion vers l’an 51, soustrayant dix-huit mois de cette date. Tacite, dont les Annales sont complètes pour l’an 49, ne mentionne aucune expulsion.
- Les données de Dion Cassius
Dion Cassius (vers 165 – vers 235) nous offre un élément d’information important concernant les relations de l’empereur avec la communauté juive :
Quant aux Juifs, dont le nombre avait de nouveau tellement augmenté qu’il aurait été difficile de les chasser de la ville sans provoquer de tumulte, il ne les chassa pas, mais leur ordonna, tout en leur permettant de conserver leur mode de vie traditionnel, de ne pas tenir de réunions (Histoire 60, 6, 6)
En se basant sur la façon dont Dion Cassius organise ses annales, il faut placer l’événement auquel il fait référence lors de la première année du règne de Claude, donc en l’an 41. Mais s’agit-il du même événement dont parle Suétone? Parmi les éléments communs on note : (1) une action de Claude, (2) l’évocation d’une expulsion, (3) de Juifs, (4) de Rome, (5) et l’idée d’un tumulte. Mais il y a de grandes différences : (1) Suétone affirme que les Juifs ont été expulsés, alors Dion Cassius le nie; (2) le tumulte craint chez Dion Cassius a vraiment eu lieu chez Suétone.
Malheureusement, Dion Cassius ne nous offre aucune raison pour laquelle l’empereur aurait ordonné aux Juifs de ne plus se réunir. De plus, il est impensable que l’empereur aurait empêché les Juifs de se réunir, puisque cela était garanti par la loi romaine et aurait créé un motif permanent de griefs; une expulsion aurait été plus simple. On peut penser que Dion Cassius était en possession d’information inexacte qu’il a de plus mal interprété.
L’hypothèse la plus plausible est que Claude aurait expulsé seulement les trouble-fêtes parmi les Juifs. De fait, l’expulsion visait probablement une seule synagogue parmi toutes les synagogues de Rome. De plus, il ne pouvait expulser que les visiteurs, et non ceux qui étaient citoyens romains. Ainsi, il semble que Claude n’a pu expulser que les missionnaires qui n’étaient pas citoyens romains et exclure de cette synagogue particulière le droit de se rassembler. Cette hypothèse est confirmée par Philo d’Alexandrie qui écrit, alors qu’il complétait à Rome en l’an 41 son Legatio ad Gaium, dans l’attente d’une audience avec Claude :
Auguste savait qu’ils possédaient des synagogues et qu’ils avaient coutume de s’y rendre, tout particulièrement les jours sacrés du sabbat, où ils pratiquaient publiquement leur religion nationale. Il savait également qu’ils avaient pour habitude de prélever des offrandes sacrées sur leurs prémices et de les envoyer à Jérusalem par l’intermédiaire de ceux qui devaient accomplir les sacrifices. Mais il ne les a jamais chassés de Rome, ni ne les a jamais privés de leurs droits de citoyens romains, car il avait de l’estime pour la Judée ; il n’a jamais non plus envisagé de nouvelles mesures innovantes ou rigoureuses concernant leurs synagogues, ni n’a interdit leurs rassemblements pour l’interprétation de la Loi, ni ne s’est opposé à leurs offrandes de prémices (156, 7).
Ce texte de Philo présuppose qu’il a entendu la rumeur de l’intention de l’empereur (texte en italique) de chasser les Juifs de Rome ou de les interdire de se rassembler, mais qu’en faisant appel à l’empereur Auguste que révérait Claude, il savait que la tradition serait respectée. Bref, on peut accorder un degré de probabilité très élevé à l'hypothèse selon laquelle, à la suite d'une mesure impériale prise en 41, certains Juifs ont été expulsés de Rome.
- L’attitude de Claude face aux Juifs
La question se pose car certains historiens ont nié que Claude ait pu expulser des Juifs de Rome, puisqu’au début de son règne il a restauré leurs privilèges qu’avait abrogé son prédécesseur, Gaius (Caligula). L’historien juif Flavius Josèphe a conservé cette lettre où Claude réaffirme les droits traditionnels des Juifs. Cependant, le troisième paragraphe contient un avertissement qui se lit comme suit :
Il convient donc de permettre aux Juifs, qui vivent sous notre autorité dans le monde entier, de conserver leurs anciennes coutumes sans qu’on les en empêche. Mais je leur enjoins également de faire usage de cette bienveillance que je leur témoigne avec modération, et de ne pas mépriser les pratiques superstitieuses des autres nations, mais de se conformer uniquement à leurs propres lois (Josèphe, Antiquités judaïques, 19, 290).
Il y a donc une limite à ce que Claude peut tolérer. Cela ressort clairement d’une lettre adressée aux Alexandrins le 10 novembre 41 et où on peut lire ce paragraphe :
D'autre part, j'ordonne expressément aux Juifs de ne pas réclamer davantage de privilèges que ceux dont ils jouissaient auparavant, et de ne plus envoyer à l'avenir d'ambassade distincte comme s'ils vivaient dans une ville à part, ce qui est sans précédent, et de ne pas s'imposer de force dans les jeux gymnasiarchiques ou cosmétiques, alors qu'ils jouissent de leurs propres privilèges et partagent une grande abondance d'avantages dans une ville qui n'est pas la leur, et de ne pas faire venir ni admettre de Juifs descendant le fleuve depuis la Syrie ou l’Égypte, une démarche qui m’obligera à nourrir de sérieux soupçons ; sinon, je me vengerai par tous les moyens d’eux en tant que fomentateurs de ce qui est un fléau général infectant le monde entier.
Ce document révèle que dès le début de son règne, Claude était prêt à réagir vigoureusement à tout ce qui serait vu comme une menace à l’ordre public. Et donc, si en l’an 41 certains Juifs ont été perçus comme des agitateurs, Claude a pu certainement agir de la manière décrite par Suétone et Dion Cassius.
Revenons donc à Ac 18, 1-2 et à l’affirmation de Luc que Paul serait arrivé à Corinthe au moment où Priscille et Aquilas avaient quitté l’Italie. Cela signifie que l’arrivée de Paul à Corinthe daterait de l’an 42 au plus tard. Notons que Luc ne parle pas de Rome, mais de l’Italie. Il est plausible qu’ayant été chassés de la ville de Rome, selon l’édit de Claude, ils aient pu demeurer en Italie, le temps de voir comment la situation évoluait. Luc écrit : « qui étaient arrivés récemment (prophatōs) d'Italie »; que signifie « récemment »? Sur ce point, Luc n’est pas toujours fiable comme son allusion au recensement de Quirinium pour justifier le départ pour Bethléem des parents de Jésus (Lc 2, 2), alors qu’on sait que ce recensement a eu lieu en l’an 6 ou 7 de notre ère.
- La rencontre de Paul avec Gallion
Luc écrit en Ac 18, 12 :
Sous le proconsulat de Gallion en Achaïe, l'hostilité des Juifs devint unanime à l'égard de Paul, et ils l'amenèrent au tribunal.
Notre seule façon de dater ce proconsulat de Gallion est une inscription très endommagée.
- L’inscription de Delphes
Quatre fragments furent découverts à Delphes en 1905 et trois autres de la même inscription en 1910. En 1967 André Plassart réussit à joindre ensemble les deux groupes de fragments et ajouta deux autres. Cela donna le résultat suivant :
Tiber[ius Claudius Caes]ar Au[gus]tus Ge[rmanicus, investi comme tribunicien du pou]voir [pour la douzième fois, acclamé Imperator pour l]a vingt-sixième fois, p[ère de la pa]trie[… adresse ses salutations à…] Depuis l[ongtemps, je me suis montré non seu]lement [bienveillant envers l]a vi[lle] de Delph[es, mais aussi soucieux de sa prospérité, et j’ai toujours veillé sur l]e cul[te d]u [pythien] Apol[lon. Mais] maintenant, [puisqu’on] dit qu’elle est dé[pourv]ue de [cito]yens, comme [me l’a récemment rapporté] [L. Jun]ius Gallio, mon a[mi] e[t procon]sul, [et désireux que Delphes] continue à conserver [inta]ct son an[cien rang, je] t’ord[onne (pi.) d’in]viter [à Delphes, en tant que nouveaux habitants, des personnes de bonne naissance provenant également d’au]tres villes, [et de] leur accor[der], [ainsi qu’à leurs enfants, tous les] privi[lèges de Del]phes en tant que cito[yens sur un pied d’égalité et semblable (à la base)].
- La datation de la lettre de Claude
L’inscription fait donc mention d’une lettre que l’empereur aurait envoyé à Delphes lors sa vingt-sixième acclamation. Ces acclamations étaient des applaudissements publics ritualisés qui sanctionnaient un triomphe de l'empereur, par exemple la conclusion d'une campagne militaire victorieuse ou une victoire particulièrement significative. Malheureusement, aucun texte ne permet de dater précisément cette vingt-sixième acclamation. Le problème consiste donc à délimiter aussi précisément que possible la période durant laquelle elle a dû avoir lieu.
La limite supérieure est fixée par la vingt-septième acclamation, qui eut lieu avant le 1er août 52. L'inscription dédicatoire de l'un de ces aqueducs que fit construire Claude, l'Aqua Claudia, se lit en partie ainsi : « Tibère Claude, fils de Drusus César Augustus Germanicus Pontifex Maximus, douzième année de pouvoir tribunicien, consul pour la cinquième fois, proclamé empereur pour la vingt-septième fois, père de la patrie. » Or, le pouvoir tribunicien était accordé à un empereur au moment de son accession à la pourpre, et chaque année de son règne lui conférait une unité supplémentaire. La première année tribunicienne de Claude s'étendant du 25 janvier 41 au 24 janvier 42, sa douzième année s'étendait du 25 janvier 52 au 24 janvier 53. La vingt-septième acclamation eut donc lieu entre le 25 janvier 52 et le 1er août 52. Cette période peut toutefois être considérablement réduite. Les acclamations étaient liées aux prouesses militaires, et aucune campagne majeure n'était généralement menée en hiver ; la saison des batailles s'étendait de fin mars à début novembre. Ainsi, la vingt-septième acclamation doit être datée entre avril et juillet 52. Par conséquent, la vingt-sixième acclamation dut avoir eu lieu durant la même période, ou au plus tard en novembre précédent.
La limite inférieure est fixée par une série d'inscriptions qui attestent que les vingt-deuxième, vingt-troisième et vingt-quatrième acclamation ont eu lieu durant la onzième année tribunicienne de Claude, soit du 25 janvier 51 au 24 janvier 52. Aucune inscription ne rattache la vingt-cinquième acclamation à une année tribunicienne. Ainsi, d'une part, la vingt-septième acclamation doit être datée entre avril et juillet 52, et la vingt-quatrième entre avril et juillet 51. Quand les vingt-cinquième et vingt-sixième acclamation ont-elles eu lieu ? L'hypothèse la plus probable est que la vingt-cinquième se situe entre avril et juillet 51 et la vingt-sixième entre avril et juillet 52, ce qui permettrait de répartir équitablement toutes les acclamations, environ tous les deux mois.
Ainsi, la vingt-sixième acclamation aurait eu lieu après la première victoire significative de la campagne de printemps de l'an 52, c'est-à-dire au plus tôt en avril. La lettre de Claude a donc probablement été écrite à la fin du printemps ou au tout début de l'été de l’an 52.
- La datation du proconsulat de Gallion
Les officiers romains entraient habituellement en fonction le 1ier juillet. On le déduit par une ordonnance de l’empereur Tibère en l’an 15 exigeant leur départ de Rome au début de juin, allouant un mois pour rejoindre leur poste d’affectation. Claude, en l’an 42, avancera cette date de départ au début d’avril pour tenir compte des difficultés du voyage au printemps. Le fait d’arriver tôt à son poste d’affectation était important pour les proconsuls, car ils n’étaient nommés que pour une seule année, et donc devait se donner une période d’acclimatation. Ainsi, le terme d’un proconsul allait du 1ier juillet à la fin juin de l’année suivante.
Or, nous avons établi que la lettre de Claude à Delphes aurait probablement écrite en avril ou mai de l’an 52. Et comme cette lettre mentionne un rapport précédent de Gallion alors qu’il était proconsul, ce proconsulat doit couvrir au plus tard la période de juillet 51 à juin 52. Mais ce proconsulat a-t-elle pu avoir lieu plus tôt? C’est peu probable, car Gallion a été promu proconsul grâce à son frère Sénèque qui est revenu de huit ans d’exil en Corse en l’an 49, puis, étant réhabilité, a été nommé tuteur de Néron. Ainsi, ce proconsulat doit couvrir au plus tôt la période de juillet 50 à juin 51.
Mais comment choisir entre les deux périodes possibles du proconsulat de Gallion, 50-51 ou 51-52? Tout dépend de la vitesse à laquelle a réagi l’empereur Claude au rapport de Gallion à propos de Delphes, ville d’Achaïe. Or, l’historien Suétone nous apprend ceci :
Il accordait une attention tout aussi grande aux études grecques, saisissant chaque occasion pour déclarer son estime pour cette langue et sa supériorité... et, en recommandant l'Achaïe aux sénateurs, il déclara que c'était une province qui lui était chère en raison de l'association d'études apparentées (Claude, 42).
Cet attachement à l’Achaïe signifie que Claude aurait réagi rapidement au rapport de Gallion. Or, ce rapport lui serait parvenu au plus tôt à la fin de l’automne 51, ou au plus tard lorsque la mer fut de nouveau ouverte à la navigation normale au printemps 52. Le mandat de Gallion a donc plus probablement eu lieu en 51-52 que l’année précédente.
Nous savons également que Gallion n’a pas complété son terme d’un an. Nous le savons grâce à une note de son frère Sénèque : « Lorsqu’il commença à se sentir fiévreux en Achaïe, il prit aussitôt la mer, prétendant que ce n’était pas un mal du corps, mais un mal du lieu » (Epistulae morales 104, 1). L’impression d’un hypocondriaque pointilleux est confirmée par le récit de Pline selon lequel Gallion ressentit le besoin d’un long voyage en mer pour se rétablir après son consulat (Histoire naturelle 31, 62). Ce « mal du lieu » ferait référence au fait que Gallion prit l’Achaïe en aversion et utilisa une infirmité bénigne comme prétexte pour quitter son poste. Aussi, il est peu probable que Gallion soit resté en Achaïe plus de quatre mois, c’est-à-dire de juin à septembre. Autrement, il serait demeuré coincé tout l’hiver en Achaïe, car il était trop dangereux de prendre la mer pendant la saison hivernale.
Tout cela signifie que la rencontre de Paul avec Gallion dont parle Luc (Ac 18, 12-17) a dû se produire entre juillet, au moment où Gallion arrive à Corinthe, et septembre de l’an 51, la dernière date possible avant la fin de la navigation vers Rome. Tout cela est confirmé par Ga 2, 1 qui place Paul à Jérusalem en l’an 51; il aurait quitté Corinthe pour Jérusalem très tôt après sa rencontre avec Gallion. Un tel voyage ne pouvait avoir lieu après la mi-septembre, data limite avant que la mer ne devienne trop dangereuse. Si tel est le cas, l’arrivée de Paul à Corinthe aurait eu lieu en avril de l’an 50, un séjour de 18 mois tout à fait plausible pour quelqu’un qui y fonda une communauté (voir Ac 18, 11). Tout cela confirme la durée de 14 ans (voir Ga 2, 1) entre le départ de Paul de Damas et son voyage à Jérusalem. En même temps, ces dates montrent que le séjour de Paul à Jérusalem en Ac 18, 22 et celui en Ac 15, 2-3 constituent un doublet.
- Les auditions devant Félix et Festus
Après l'arrestation de Paul à Jérusalem, Luc rapporte qu'il fut envoyé auprès du gouverneur Antonius Félix à Césarée (Ac 23, 24). Deux ans plus tard (Ac 24, 27), Félix fut remplacé par Porcius Festus (Ac 25, 1). La date du début du mandat de Félix est déterminée par deux références assez imprécises. Selon Flavius Josèphe, « Claude envoya Félix, frère de Pallas, s'occuper des affaires de la Judée et, lorsqu'il eut achevé la douzième année de son règne, il confia à Agrippa la tétrarchie de Philippe et la Batanée » (Antiquité judaïques 20, 137-8). La mention de la 12e année nous permet d’établir que le don de territoires à Agrippa II par Claude eut lieu en l’an 53, probablement lors de la 2e partie de l’année. La juxtaposition de la mention d'Antonius Félix laisse supposer que la nomination de ce dernier se situe peu avant, c'est-à-dire vers la fin de l'an 52 ou au début de l'an 53. Quant à Festus, qui remplaça Félix, il mourut en l’an 62, alors qu’il était encore en poste. Cette date est déduite à partir du fait qu’Albinus, son successeur, était en Judée pour la fête de Souccot (fête des tentes) quatre ans avant le début de la révolte juive en l’an 66.
Il nous reste une question : au cours de cette période de 10 ans qui s’étend entre l’an 52 et 62, quand le pouvoir est-il passé de Félix à Festus? Le seul point sûr est que cette transmission de pouvoir a eu lieu après le 13 octobre de l’an 54 (date de la mort de Claude), car Félix fut déposé par Néron et ne dut son salut qu'aux supplications de son frère Pallas. L’historien chrétien Eusèbe de Césarée estime que cette déposition de Félix eut lieu deux ans dans le règne de Néron, mais en fait, il s’est trompé de quatre ans dans ses calculs du règne de Néron, si bien qu’on place maintenant ce passage de pouvoir de Félix à Festus entre octobre 59 et octobre 60. La confirmation de cette date peut être tirée d'un changement de la monnaie provinciale de Judée lors de la cinquième année du règne de Néron, i.e. l’an 58-59, signe de l’arrivée d’un nouveau procurateur.
- Élaboration d’une chronologie pour la vie de Paul
- Avant l’an 51
Selon Paul, il est allé deux fois à Jérusalem, d’abord à une date que nous avons établi à l’an 37 (Ga 1, 18), puis une deuxième fois à une date que nous avons établi à l’an 51 (Ga 2, 1). Qu’a donc fait Paul au cours des 14 ans qui séparent ces deux visites? En Ga 1, 21 il écrit : « Je me suis rendu dans les régions de Syrie et de Cilicie ». Mais en Ga 2, 5, quand Paul fait allusion aux Galates à son activité précédent cette conférence de Jérusalem, il écrit : « A ces gens-là nous ne nous sommes pas soumis, même pour une concession momentanée, afin que la vérité de l'Évangile fût maintenue pour vous ». On peut donc en déduire que Paul est parti de Cilicie vers l'ouest. Il n'avait pas besoin de préciser aux Galates qu'il se rendait chez eux.
- La Galatie et le voyage en Europe
En Ga 4, 13, Paul nous dit que c’est par accident qu’il est allé chez les Galates : « Vous le savez bien, ce fut à l'occasion d'une maladie que je vous ai, pour la première fois, annoncé la bonne nouvelle ». Si c’est arrêt n’était pas planifié, où Paul se dirigeait-il alors? Luc, en Ac 16-18, nous offre une réponse. Mais interrogeons d’abord les écrits de Paul.
Selon 1 Th 2, 2, la visite de Paul à Thessalonique a été précédée de celle à Philippes où il a subi de mauvais traitement, puis subséquemment il est allé à Athènes (1 Th 3, 1), puis dans un lieu qu’il ne nomme pas d’où il écrit sa lettre. Dans sa lettre aux Philippiens, il fait allusion aux subventions qu’il reçut d’eux quand il quitta la Macédoine, tout comme il en avait reçu d’eux lorsqu’il était à Thessalonique. De tout cela on peut inférer que l’église de Thessalonique venait à peine d’être établi, que Paul n’avait encore rien accompli de significatif, car en fait, c’était la première incursion de Paul en Europe. De plus, après avoir été à Philippes, puis à Thessalonique, ensuite à Athènes, Paul dut recevoir cet argent alors qu’il était en Achaïe. Enfin, puisqu’il s’agit d’un trajet nord-sud en Grèce, les églises précédents se trouvaient à l’est, i.e. en Asie Mineure.
Bref, on peut intégrer ces données à l’intérieur d’une seule grande hypothèse : lors d'un même voyage, Paul fonda successivement les églises de Galatie, de Philippes, de Thessalonique et de Corinthe, après être passé par Athènes où il ne réalisa aucune action. La comparaison des données des épîtres aux Thessaloniciens et aux Galates confirme que ce voyage est antérieur à l’an 51. L'absence de tout besoin de s’identifier chez Paul dans la correspondance avec les Thessaloniciens témoigne de la confiance de l'émissaire d'une église importante ; ces lettres datent donc d'une époque où Paul était mandaté par Antioche. Cette relation prit cependant fin en 51-52 (Ga 2, 11-14), lors de son conflit avec Pierre et l’entourage de Jacques. Tout cela est confirmé par ce que révèle Luc dans ses Actes des Apôtres (16-18). Ainsi, le voyage commença à Antioche (Ac 15, 30) et la route vers la Galatie passait par la Syrie et la Cilicie (Ac 15, 41), Derbé et Lystre (Ac 16, 1) et la Phrygie (Ac 16, 6), avant d’arriver en Macédoine.
- La datation des étapes du voyage
Notre point de départ est l’arrivée de Paul à Corinthe en avril de l’an 50, 18 mois avant son départ pour Jérusalem en septembre 51. Comme il faut tenir compte du fait qu’on ne voyageait pas en hiver, on peut inférer que Paul a passé l’hiver 49-50 en Macédoine. C’est un minimum. Étant donné la qualité des communautés qu’il a su créer à Philippes et à Thessalonique, il est probable qu’il a passé deux hivers en Macédoine, ce qui fut par la suite le cas à Corinthe, ce qui signifie que Paul serait arrivé à Philippes à l’été ou l’automne 48.
À Philippes Paul arrivait de Galatie, une distance de 771 km environ. On imagine que cela a exigé six semaines de route, si on calcule une moyenne de 18 km par jour. Paul a donc dû quitter la Galatie à la fin du printemps 48, après la fonte des neiges, ayant certainement passé l'hiver 47-48 réfugié dans l'une de ses communautés. En Galatie, un ministère de six mois est cependant probablement trop court. Ga 4, 13 laisse entendre que la maladie de Paul devait être assez grave, et il faut donc lui accorder du temps pour sa convalescence. De plus, ce n'est qu'en été qu'il pouvait entreprendre les voyages qu'implique la fondation de plusieurs communautés, « les Églises de Galatie » (Ga 1, 2). Ainsi, Paul aurait passé deux hivers en Galatie, i.e. 46-47 et 47-48.
En Galatie, Paul arrivait d’Antioche, une distance de 1069 km qui a peut-être été franchi en 43 jours, à raison de 25 km par jour. Si on en croit Luc dans les Actes des Apôtres, Paul serait passé par la Syrie-Cilicie, Derbé, Lystre, Iconium, Antioche de Pisidie. Comme Paul n'aurait pu quitter Antioche avant la fin avril 46 pour ne pas affronter les portes de Cilicie, l'étroit passage à travers les monts Taurus derrière Tarse, le voyage vers la Galatie s’est déroulé au cours de l’été 46, et ses arrêts dans les communautés sur son passage furent très brèves, car son implication dans leur évangélisation fut secondaire. Tout cela nous donne le tableau suivant :
| Antioche | Hiver 45-46 |
| Départ d'Antioche | Avril 46 |
| Voyage en Galatie | Avril-septembre 46 |
| Ministère en Galatie | Septembre 46-mai 48 |
| Voyage en Macédoine | Été 48 |
| Ministère en Macédoine | Septembre 48-avril 50 |
| Voyage à Corinthe | Avril 50 |
| Ministère à Corinthe | Avril 50-septembre 51 |
| Voyage à Jérusalem | Septembre 51 |
| Conférence de Jérusalem | Octobre 51 |
- Après l’an 51
À la fois Luc (Ac 15, 30 = Ac 18, 22) et Paul (Ga 2, 11-14) nous confirment que celui-ci est retourné immédiatement à Antioche après la conférence de Jérusalem, un trajet de 600 km qui a dû prendre entre deux et quatre semaines. Paul y aurait passé l’hiver. Mais étant donné son sentiment de l’urgence de la mission et le conflit qu’il venait d’y vivre en raison de l’intervention de l’entourage de Jacques, Paul a dû aussitôt reprendre la route en avril de l’an 52.
- Éphèse
Selon Luc, Paul traversa les hauteurs d'Asie Mineure centrale, c'est-à-dire la Galatie (Ac 18, 23), en se rendant à Éphèse (Ac 19, 1). Les lettres le confirment. Nous savons que Paul était à Éphèse après le concile de Jérusalem (1 Co 16, 8), car il mentionne la collecte qui y fut décidée (Ga 2, 10), et nous savons que son itinéraire le mena à travers la Galatie, car, au sujet de cette collecte, il dit aux Corinthiens de faire « comme je l'ai ordonné aux églises de Galatie » (1 Co 16, 1). Le fait que Paul se soit rendu une seconde fois en Galatie avant d'écrire les épîtres aux Corinthiens et aux Galates est peut-être également suggéré par le « auparavant » ou « première fois » où il leur a annoncé la bonne nouvelle en Ga 4, 13. Même en admettant un mois pour son séjour chez les Galates, il aurait été tout à fait possible que Paul arrive à Éphèse en juillet, ou au plus tard en août 52.
Luc nous donne deux chiffres pour le séjour de Paul à Éphèse, deux ans et trois mois (Ac 19, 8-9), un chiffre qui semble assez juste, et trois ans (Ac 20, 31), un chiffre qui semble arrondi. Rappelons qu’Éphèse était une ville aussi grande, sinon plus grande, que Corinthe. Et pendant son séjour il a dû affronter des problèmes provenant de plusieurs églises (Galatie, Philippes, Colosse, Corinthe). Aussi, on peut affirmer avec un certain degré de confiance que Paul a définitivement quitté Éphèse en octobre de l’an 54. Il avait d’abord planifié partir plus tôt, soit à la Pentecôte (1 Co 16, 5-6), qui tombait le 2 juin cette année-là, mais plusieurs problèmes exigèrent son intervention.
Nous apprenons par 2 Co 12, 14; 13, 1-2 que Paul dut faire une visite éclair à Corinthe à la mi-juin par bateau. Ce séjour à Corinthe fut bref et pénible, et il rentra par voie terrestre en passant par Thessalonique et Philippes (2 Co 1, 23 à 2, 1). 736 km séparent Corinthe de Néapolis (Ac 16, 11), aujourd'hui Kavalla, et 350 km séparent Troas d'Éphèse. À une moyenne de 32 km par jour, le voyage aurait duré un peu plus de cinq semaines. Mais il faut tenir compte du temps nécessaire pour les échanges avec les églises de Macédoine. Il est donc fort probable que Paul fut de retour à Éphèse au début d’août 54. C’est plus tard cet été-là qu’il quitta définitivement Éphèse pour Troas, puis la Macédoine (2 Co 2, 13 ; 7, 5), vraisemblablement juste avant la fin de la saison de navigation.
- La Macédoine
Paul passa l’hiver 54-55 en Macédoine. C’est auprès des Macédoniens qu’il apprit leur générosité pour la collecte en faveur des pauvres de Jérusalem et c’est de Macédoine qu’il écrivit aux Corinthiens : « Je sais vos bonnes intentions, et j'en tire fierté pour vous auprès des Macédoniens : L'Achaïe, leur disais-je, est prête depuis l'an dernier, et votre ardeur a stimulé la plupart des église » (2 Co 9, 2). Paul fait référence ici à ce qu’il leur a écrit auparavant sur la collecte (1 Co 16, 1-4). Comme la première lettre aux Corinthiens a été écrite d’Éphèse en avril ou mai de l’an 54, on peut postuler à partir de la mention d’un an que Paul est encore en Macédoine au printemps de l’an 55.
De Macédoine, Paul planifie se rendre à Corinthe pour sa troisième visite (voir 2 Co 9, 4; 12, 14; 13, 1-2; Rm 15, 25-26). Mais avant de s’y rendre, il prêche en Illyrie (Rm 15, 19) jusqu’à ce qu’une crise à Corinthe le force à écrire 2 Co 10-13 et l’amène à s’y rendre d’urgence. C’est ainsi que Paul aurait passé l’hiver 55-56 à Corinthe. Et c’est à l’été 56 qu’il serait parti pour Jérusalem avec la collecte pour les pauvres.
Pour la suite des événements, nous dépendons de Luc, qui nous apprend que Paul était prisonnier depuis deux ans à Césarée lorsque le procurateur Félix fut remplacé par Festus (Ac 24, 27 à 25, 1). Ce changement d'autorité est provisoirement daté de l’an 59 ou 60. L'arrestation de Paul par le tribun Lysias (Ac 21, 33) devrait donc se situer en 57 ou 58. Son transfert à Rome, à sa propre demande (Ac 25, 11), a dû avoir lieu avant la mort de Festus en 62. Selon Luc, Paul passa deux ans en prison à Rome (Ac 28, 30), une durée qui ne semble pas sujette à caution. Par la suite, comme nous le verrons, il fit un voyage infructueux en Espagne, suivi d'une tournée de la mer Égée pour visiter ses Églises. Il retourna à Rome afin de renforcer l'Église locale après la persécution de Néron et fut lui-même arrêté et exécuté, probablement en l’an 67. Tout cela nous donne le tableau suivant :
| Conférence de Jérusalem | Octobre 51 |
| Antioche | Hiver 51-52 |
| Voyage à Éphèse | Avril-juillet 52 |
| Éphèse | Août 52-octobre 54 |
| Macédoine | Hiver 54-55 |
| Illyrie | Été 55 |
| Corinthe | Hiver 55-56 |
| Voyage à Jérusalem | Été 56 |
| Jérusalem - Césarée | 57?-61? |
| Voyage à Rome | Septembre 61-printemps 62 |
| Rome | Printemps 62-printemps 64 |
| Espagne | Début de l'été 64 |
| Autour de la mer Égée | 64-66? |
| Mort à Rome | 67 |
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