Jerome Murphy-O'Connor, Paul. Le récit définitif d’une vie cruciale.
Chapitre 8 : Conflit en Galatie, p. 185-210
(selon l'édition anglaise)

(Résumé détaillé)


Jusqu’ici, nous avons affirmé deux choses : les Galates dont nous parlons étaient membres de tribus celtes dans la région de la ville de Pessinus (la ville moderne de Balahissar), et la lettre aux Galates a probablement été écrite au printemps de l’an 53. Il s’agit maintenant de voir le problème nouveau qu’ils ont suscité et qui a forcé Paul à murir sa réflexion.

  1. Galatie : le territoire et ses habitants

    Les études épigraphiques menées en Anatolie centrale, région colonisée par les Galates, révèlent la présence, au sein d'une même famille, de noms celtiques, grecs, romains et phrygiens. Difficile de trouver une illustration plus frappante de la diversité ethnique des fidèles des églises de Galatie. Les Celtes ou Galates qui migrèrent en Asie Mineur en 278 av. JC étaient un type particulier de mercenaires où seulement la moitié des 20 000 qui franchirent le Bosphore étaient des guerriers. Ils sont venus avec parents, enfants et parents âgés, à la recherche d’une terre d’accueil. Voici ce qu’écrit Strabon :

    Les Galates se situaient au sud des Paphlagoniens. … Ce pays fut occupé par les Galates après une longue période d'errance et la conquête des territoires soumis aux rois attales et bithyniens, jusqu'à ce qu'ils reçoivent, par cession volontaire, l'actuelle Galatie, ou Gallo-Grèce (Géographie 12, 5, 1).

    Cette installation eut lieu vers 232 av. JC, sous le règne d'Attale Ier de Pergame, et les Galates se concentrèrent alors dans la région d'Ancyre (l'actuelle Ankara). Après la mort de ce puissant roi en 197 av. JC, les Galates reprirent leurs incursions vers l'ouest, en Asie. Ils furent décimés lors de la violente répression romaine de 189 av. JC, mais leurs terres ne furent pas confisquées et ils devinrent par la suite des alliés fidèles de Rome. Quelque 25 ans plus tard, ils avaient pacifiquement pénétré dans la région de la future ville de Pessinus.

    En tant que conquérants, les Galates appartenaient à une caste aristocratique, mais cela ne les isola pas de leur environnement. L'ampleur des mariages mixtes avec la population locale est soulignée par la description que fait Tite-Live des Galates comme « une race métissée ». Ils adoptèrent la religion phrygienne locale. Non seulement il était plus prudent d'apaiser les dieux locaux, mais la noblesse celtique accédait au pouvoir local grâce à son appartenance au clergé extrêmement influent de Pessinus. Outre le celtique, qui continua d'être parlé jusqu'à l'époque byzantine, le grec fut adopté comme seconde langue. C'était le moyen de communication indispensable dans toute la région, et quiconque voyageait se devait d'être bilingue. Néanmoins, les Galates eux-mêmes ne furent pas hellénisés. Vers 50 ap. JC, la Galatie était essentiellement non hellénisée et on continuait à maintenir des structures tribales.

    Les noms des trois régions administratives établies par Auguste en 22 ou 21 av. JC étaient Sebastini Tolistobogii Pessinuntii, Sebastini Textosages Ancyrani et Sebastini Trocmi Taviani. La population des trois tribus galates était considérée comme identique à celle des trois villages érigés en villes par décret impérial. Le territoire de Pessinus s'étendait du mont Dindymus (l'actuel Günyüzü Dag) jusqu'à la source du fleuve Sangarios. Ailleurs sur le territoire tribal, on ne trouvait que des villages non fortifiés. Les Grecs de la province d’Asie regardaient les populations du centre de l’Asie Mineure avec mépris. Les Galates, quant à eux, étaient considérés comme de grands gaillards imprévisibles et simples d'esprit, féroces et extrêmement dangereux lorsqu'ils étaient en colère, mais sans endurance et faciles à tromper. Ils étaient l'archétype même des barbares. Difficile de trouver un commentaire plus indulgent sur le mélange de Galates et de Phrygiens que celui de Tite-Live, qui les qualifie de « race dégénérée et bâtarde ».

    Voici une description du territoire par le bibliste W.M. Ramsey

    Il se compose d'une vaste succession de plateaux arides et désolés, et de coteaux en pente. Presque dépourvue d'arbres, sauf peut-être par endroits aux confins nord, elle souffre d'un manque d'ombre qui rend la chaleur estivale plus accablante, tandis que l'hiver y est rigoureux. Les collines atteignent souvent une altitude considérable, mais n'ont jamais l'allure de montagnes. Elles sont généralement couvertes d'une légère végétation herbacée jusqu'au sommet, au moins sur un de leurs versants. Le paysage est monotone. Il ne présente guère de reliefs remarquables et chaque région ressemble étrangement à une autre. Les villes sont éloignées les unes des autres, séparées par de longues étendues d'une même campagne aride, poussiéreuse, chaude et sèche en été, recouverte de neige en hiver… Dans l'Antiquité, l'aspect de la majeure partie du territoire, loin des quelques grandes villes, était sensiblement le même qu'aujourd'hui : de vastes étendues pastorales désolées, quelques villages, une population clairsemée et peu de traces de civilisation. (A Historical Commentary on St. Paul’s Epistle to the Galatians, p. 12-14.)

    Les fortes pluies et les chutes de neige hivernales débutent généralement en novembre et durent jusqu'en avril. La température peut descendre jusqu'à -20 °C et de longues périodes de gel sont fréquentes. Le sol reste mou et boueux jusqu'en juin, date à laquelle commence la saison chaude et sèche. Des voies romaines traversaient certainement la Galatie à l'époque de Paul, même si les grands travaux de construction qui ont doté l'Asie Mineure de ses 9 000 km de routes aménagées sont datés entre l’an 80 et 122. Les principaux produits de la Galatie sont révélés par son art unique : les pierres tombales sculptées. Le motif le plus courant est celui de la quenouille et du fuseau, soulignant l'importance de la laine dans l'économie de la province. Strabon notait : « Bien que le pays soit aride, il est remarquablement productif en moutons ; mais la laine est grossière, et pourtant certains ont amassé une très grande fortune grâce à elle seule. Amyntas possédait plus de trois cents troupeaux dans cette région » (Géographie 12, 6, 1). L'appréciation de Strabon sur la qualité de la laine était contestée par Pline, qui la considérait parmi les plus fines au monde. Sur de nombreuses pierres tombales, la quenouille et le fuseau sont associés à une pioche et à un sécateur. L'importance de la viticulture est suggérée par la présence de vignes ou de grappes de raisin. Le vin a peut-être rendu la vie plus supportable dans cette région désolée, mais il est peu probable qu'il ait contribué autant à l'économie que la culture des céréales. Des épis de blé et un attelage de bœufs tirant une charrue figurent sur de nombreuses tombes.

  2. Le ministère de Paul en Galatie

    Paul adresse sa lettre « aux églises de Galatie » sans autre qualitatif comme « en Jésus Christ » (Ga 1, 2). Quel est le sens de ce pluriel et de l’absence de qualitatif? Paul pense peut-être aux maisons-églises d’un secteur bien circonscrit. Mais il est plus probable qu’en raison de sa déception, Paul a décidé de traiter les communautés chrétiennes comme de simples assemblées séculières.

    Comment Paul serait-il arrivé à Pessinus en l’an 46? Comme il s’est senti malade en route, après avoir quitté Antioche de Pisidie, il a dû rechercher un environnement urbain où il pourrait recevoir les soins appropriés. La meilleure route pour atteindre avec le minimum d’effort le fleuve Sangarios, une distance de 40 kilomètres, était de voyager en barque, d’abord le Ak Tsha’yr qui rejoint la rivière Alander, un affluent du Sangarios. De là seulement 12 kilomètres le séparaient de Pessinus. Strabo écrit :

    Pessinus est le plus grand centre commercial de cette partie du monde. On y trouve un temple dédié à la Mère des dieux, objet d'une grande vénération, appelé Agdistis. Autrefois puissants, les prêtres y jouissaient d'une grande prospérité, mais leurs prérogatives ont considérablement diminué, bien que le marché subsiste. L'enceinte sacrée fut aménagée par les rois attalides selon les rites d'un lieu saint, avec un sanctuaire et des portiques de marbre blanc. Les Romains rendirent le temple célèbre lorsqu'ils firent venir la statue de la déesse, conformément aux oracles de la Sibylle, comme ils l'avaient fait pour celle d'Asclépios à Épidaure. (Géographie 12, 5, 3).

    Agdistis est mieux connue sous le nom de Cybèle, la Grande Mère, dont le culte a été officiellement reconnu par Rome en 204 av. JC. Elle était l'être divin suprême de Phrygie, et le dieu masculin, Attis, n'était que son compagnon et serviteur inférieur. Sans surprise, les femmes favorisaient ce culte. Cybèle était responsable de tous les aspects du bien-être du peuple, assurant sa fertilité et les guérisons, offrant des oracles et protégeant ses membres. Une des caractéristiques de la pratique religieuse consistait dans des états d’extase où la personne devenait insensible à la douleur ou émettait des prophéties. Paul a dû commencer son ministère par de simples conversations avec ceux qui ont eu la générosité de lui offrir l’hospitalité, des païens (Ga 4, 8) qui ne connaissaient pas le Dieu des Juifs. Le fait que c’était un lieu de pèlerinage à Cybèle est peut-être ce qui a amené Paul à demeurer à Pessinus après avoir retrouvé la santé : il voyait en ces visiteurs la possibilité d'atteindre les vastes contrées reculées qu'il ne pourrait jamais explorer autrement, et ceux-ci pourraient porter son message vers des lieux inaccessibles à son attention. C'est peut-être pourquoi l'adresse de la lettre est si vague.

  3. La cause de la crise

    Les troubles furent causés par des personnes de l’extérieur qui tentaient de persuader les Galates d'adopter une vision du christianisme radicalement différente de celle de Paul.

    1. Qui étaient les intrus ?

      Dans sa lettre aux Galates, Paul distingue clairement ses convertis qu’il désigne par « vous » (Ga 3, 1-5), et les autres qu’il désigne dédaigneusement par « des gens » (Ga 1, 7), « quelqu’un » (Ga 1, 9), « ils, ceux-là » (Ga 4, 17; 6, 13). L’indice clair que ce sont des gens de l’extérieur est fourni par les verbes « troubler », « perturber », « semer la confusion » (Ga 1, 7; 5, 10) qui appartiennent au langage politique de l’époque et décrivent le travail d’agitateurs qui cherchent à détruire une situation autrefois pacifique. Ces gens ne sont pas des philosophes païens ou des Juifs, mais des Chrétiens d’origine juive, soit de naissance, soit par conversion; ils appartiennent à la « circoncision » (Ga 6, 13) et considèrent leur message aux Galates comme « évangile » (Ga 1, 6).

      D’où viennent ces gens? Ils viennent probablement d’Antioche. Rappelons-nous que lors de sa première mission où il a fondé les églises de Galatie, Paul était le délégué de l’église d’Antioche. Mais à la suite des pressions de Jérusalem, l’église d’Antioche a opté pour une judaïsation du christianisme, ce que Paul a refusé d’accepter (Ga 2, 11-21). Ne pouvant accepter cette vision de la foi chrétienne, Paul a rompu les liens avec cette église. Devant ce fait, les autorités de l’église d’Antioche ont senti qu’il était de leur devoir de s’assurer que les filles de l’église mère, i.e. les églises fondées par Paul et Barnabé, soient en communion avec elles, et non avec Paul. On peut donc imaginer qu’ils envoyèrent des délégués partout où Paul est passé pour s’assurer de cette judaïsation de la foi chrétienne. Ainsi, pour Paul, ces gens étaient des intrus qui interféraient avec ses convertis, mais pour les représentants d’Antioche Paul avait perdu ses droits sur les églises de Galatie. Ils ne nourrissaient pas d’animosité personnelle contre Paul, mais ils considéraient que Paul s’était disqualifié en prenant un autre chemin que celui pris par l’église mère et se comportait comme si lui seul possédait la vérité; pour eux, il fallait intervenir dans l’intérêt des convertis.

    2. Les tactiques des judaïsants

      Quand ils sont arrivés en Galatie, les judaïsant avaient deux tâches, d’abord saper l’autorité de Paul en le discréditant, puis proposer leur version alternative du christianisme. Malheureusement, ils ne nous ont laissé aucun document sur lesquels nous pourrions nous baser pour recréer leur pensée. De plus, Paul lui-même n’avait pas de connaissance directe de leurs accusations; il en a été formé par ses partisans chez les Galates. Ceux-ci ont eu le temps de prendre connaissance de leurs idées, puisque les judaïsants ont passé l’hiver 52-53 en Galatie. Mais ils n’avaient probablement pas la formation théologique pour leur répondre, ils se seraient contentés d’une résistance passive. Mais avec l’arrivée du printemps, ils se seraient précipités à Éphèse pour informer Paul.

      1. Discréditer Paul

        Paul a probablement reçu de l’information précise sur la tactique des intrus. Le bibliste F.F. Bruce résume le consensus chez les érudits en mettant ces paroles dans la bouche des judaïsants :

        Les chefs religieux de Jérusalem sont les seuls à avoir l'autorité pour proclamer le véritable Évangile, une autorité qu'ils tiennent directement du Christ. Paul ne possède aucune autorité comparable : toute mission qu'il exerce lui vient des chefs religieux de Jérusalem, et s'il diffère d'eux sur le contenu ou les implications de l'Évangile, il agit et enseigne de manière tout à fait arbitraire. En effet, peu après sa conversion, Paul se rendit à Jérusalem et y passa quelque temps avec les apôtres. Ils l'instruisirent des premiers principes de l'Évangile et, voyant son intelligence hors du commun, effacèrent magnanimement de leur mémoire son passé de persécuteur et l'autorisèrent à prêcher l'Évangile qu'il avait appris d'eux. Mais lorsqu'il quitta Jérusalem pour la Syrie et la Cilicie, il commença à adapter l'Évangile pour le rendre acceptable aux païens. Les chefs religieux de Jérusalem pratiquaient la circoncision et observaient la loi et les coutumes, mais Paul suivit une voie qui lui était propre, omettant la circoncision et d'autres observances anciennes de l'Évangile qu'il prêchait, et trahissant ainsi son héritage ancestral. Cet évangile affranchi de la loi ne tire sa propre autorité que de la sienne ; il ne l’a certainement pas reçu des apôtres, qui désapprouvaient sa démarche. Leur désapprobation fut manifestée publiquement à Antioche, lors d’une confrontation directe entre Pierre et lui au sujet de la nécessité de respecter les lois alimentaires juives. (The Epistle of Paul to the Galatians: A Commentary on the Greek Text, p. 26)

      2. Une vision alternative du christianisme

        La première question que devaient se poser les partisans de Paul était la suivante : qu’entend-on par « évangile authentique » ou « évangile véritable »? Puis, sur quoi s’appuie-t-on pour le justifier? Le bibliste J. Louis Martyn propose cette reconstruction :

        Écoutez bien. Tout a commencé avec Abraham. Il fut le premier être humain à comprendre qu’il n’y a qu’un seul Dieu. Grâce à cette prise de conscience, il abandonna le culte des idoles muettes pour se tourner vers l’adoration du vrai Dieu [Jub. 12]. C’est là que Dieu fit de lui le père de notre grande nation ; mais ce n’était que le commencement, car Dieu fit à Abraham une promesse solennelle qui, par notre mission, a commencé à trouver son accomplissement à notre époque. S'exprimant par l'intermédiaire d'un ange glorieux, Dieu dit à Abraham :
        En toi, toutes les nations de la terre seront bénies [Gn 12, 3] … car je multiplierai ta descendance comme les étoiles du ciel [Gn 22, 17]… Sors dehors, regarde vers le ciel et compte les étoiles, si tu le peux… Ainsi sera ta descendance [Gn 15, 5]… car je prononce cette bénédiction sur toi et sur ta descendance.

        Quelle est la signification de cette bénédiction que Dieu a donnée à Abraham ? Prêtez attention à ces choses : Abraham fut le premier prosélyte. Comme nous l’avons dit, il discerna le vrai Dieu et se tourna vers lui. Dieu conclut donc une alliance inébranlable avec Abraham [Gn 17, 7], et en signe de cette alliance, il donna à Abraham le commandement de la circoncision [Gn 17, 10]. Il a également révélé à Abraham le calendrier céleste, de sorte que, de son vivant, notre père était en fait obéissant à la Loi, non seulement en observant le commandement de la circoncision [Gn 17, 23], mais aussi en célébrant les fêtes saintes aux jours corrects [Jub. 15:1–2].

        Plus tard, lorsque Dieu a effectivement donné la Loi au Sinaï, il a parlé une fois encore par la bouche de ses glorieux anges qui transmettent la Loi par l’intermédiaire du médiateur, Moïse (Ga 3: 19). Et maintenant, le Messie est venu, confirmant pour l’éternité la Loi bénie de Dieu, révélée à Abraham et transmise par Moïse (Ga 6, 2).

        Et qu’est-ce que cela signifie pour vous, païens ? Nous savons d’après les Écritures qu’Abraham avait deux fils : Isaac et Ismaël (Ga 4, 22). Le jour de la fête des prémices, Isaac est né de Sara, la femme libre [Gn 21, 1–7], et c’est par lui que nous, Juifs, sommes venus, nous qui sommes les descendants d’Abraham. Ismaël est né d’Agar, la servante [Gn 16], et c’est par lui que vous, les païens, êtes venus. Ainsi, vous aussi, vous êtes les descendants du patriarche. Nous sommes en fait frères !

        Nous savons également, d’après l’Écriture que nous venons de citer, que Dieu a fait sa promesse indélébile à la fois à Abraham et à ses descendants, en disant : « En toi, toutes les nations seront bénies. L’héritage du salut revient aux enfants de vos enfants ! [Si 44, 21] ». Ce fait nous confronte tous à la question cruciale : qui sont les véritables descendants d’Abraham, et donc les descendants bénis (Ga 3, 7.29) ? Et la réponse est tout aussi claire dans les Écritures : Abraham lui-même s’est détourné des idoles pour observer la Loi, se circoncisant lui-même ainsi qu’Isaac. Comme nous l’avons dit, il a même célébré les fêtes sacrées aux dates précisément fixées. Et surtout, en observant les commandements de Dieu [Jub. 21, 2], il évita de marcher sous l’emprise de l’impulsion du Mal (Ga 5, 16 ; cf. Gn 6, 5). Il s’ensuit que les véritables descendants sont clairement ceux qui obéissent fidèlement à la Loi avec le fidèle Abraham (Ga 3, 6–9). En ce temps saint, Dieu a bien voulu prolonger cette lignée de véritable descendance à travers la communauté de Jérusalem, la communauté qui vit selon la Loi du Christ (Ga 6, 2), la communauté de Jacques, Céphas et Jean, et à travers la communauté que nous représentons (Ga 2, 1–10).

        Que devez-vous donc faire, en tant que descendants d’Abraham par Ismaël, l’enfant d’Agar, l’esclave ? La porte de la conversion est ouverte (Ga 4, 17 ; 4, 9) ! Vous devez vous libérer de votre asservissement à l’impulsion du Mal en vous tournant, dans la repentance et la conversion, vers la Loi juste de Dieu telle qu’elle est confirmée par son Christ. Suivez Abraham dans le rite saint et libérateur de la circoncision (Ga 6, 13) ; observez les fêtes à leurs temps fixés (Ga 4, 10) ; respectez les prescriptions alimentaires sacrées (Ga 2, 11-14) ; et abstenez-vous de l’idolâtrie et des passions de la chair (5, 19-21). Alors vous serez de véritables descendants d’Abraham, héritiers du salut selon la bénédiction que Dieu a solennellement prononcée sur Abraham et ses descendants (Ga 3, 7.8).

        Vous dites que vous avez déjà été convertis par Paul ? Nous disons que vous êtes encore dans une noirceur tout à fait semblable à celle dans laquelle, il n’y a pas si longtemps, vous serviez les éléments, les prenant, comme Abraham autrefois, pour des dieux qui gouvernent le monde (Ga 4, 3.9). En fait, les querelles et les disputes au sein de vos communautés montrent que vous n’avez pas vraiment été convertis, que Paul ne vous a pas donné la sainte direction de Dieu. Paul vous a laissés, vous, un groupe de marins en haute mer, en pleine tempête, dans rien de plus qu’un petit bateau mal équipé. Il ne vous a donné aucune provision pour le voyage, aucune carte, aucune boussole, aucun gouvernail et aucune ancre. En un mot, il a manqué de vous transmettre le plus grand don de Dieu, la Loi. Mais c’est précisément la mission à laquelle Dieu nous a appelés. Par notre œuvre, la bonne nouvelle de la Loi de Dieu envahit le monde du péché des païens. Nous vous exhortons donc à revendiquer l’héritage de la bénédiction d’Abraham, et ainsi à échapper à la malédiction de l’impulsion du Mal et du péché (Ga 5, 16). Car, soyez-en assurés, ceux qui suivent la voie de l’impulsion du Mal et du péché n’hériteront pas du Royaume de Dieu (Ga 5, 21). Il est tout à fait possible que vous soyez exclus (Ga 4, 17). Vous feriez bien de considérer cette possibilité et de trembler de crainte. Car vous serez certainement exclus à moins d’être véritablement incorporés à Abraham (Ga 3, 29) en observant la Loi glorieuse et angélique du Messie. Convertissez-vous donc dans un repentir sincère, et venez sous les ailes de la Présence divine, afin qu’avec nous vous soyez sauvés en tant que véritables descendants de notre père commun Abraham. (A Law-Observant Mission to Gentiles: The Background of Galatians, Scottish Journal of Theology 38, p. 321-323)

        Même si cette reconstitution de la prédication des judaïsants comporte des éléments fantaisistes, elle permet de saisir la puissance de persuasion de leur discours. Et cela touchait un point sensible des Galates. En effet, quand on regarde l’approche de Paul avec les Thessaloniciens, il se contenait de donner des lignes directrices générales dont le but était d’indiquer aux nouveaux convertis qu’un nouveau style de vie était attendu d’eux (1 Th 4, 1-12); mais il revenait à chacun de trouver la meilleure façon d’incarner en pratique l’enseignement évangélique. Et la plupart de ses convertis semblent avoir accepter ce défi. Paul n’intervenait que lorsqu’il constatait des comportements inacceptables. Malheureusement, les Galates semblent avoir refusé cette approche. Pour eux, le peu de directives concrètes de Paul leur donnait l’impression de demeurer dans l’obscurité : il n’y avait pas de loi précise pour leur dire ce qui est bien et ce qui est mal, aucun rituel pour réparer la transgression. Pour des gens que la liberté effrayait et que l’incertitude paralysait, la Loi apparaissait une bénédiction. Les 613 préceptes juifs permettaient de dissiper complètement l’obscurité. La douleur de la circoncision et la lourdeur de tous les préceptes était un petit prix à payer pour la sécurité offerte par la Loi.

  4. La réponse de Paul

    Jusqu’ici, ce sont surtout des païens que Paul avait convertis, et plus il allait vers l’ouest dans ses missions, moins il était confronté au nationalisme juif. Il n’était donc pas préoccupé par la vision différente du christianisme à Jérusalem et à Antioche. Alors on peut imaginer le choc produit par l’information totalement imprévue du projet des gens d’Antioche de renverser les fondements qu’il avait établis en Galatie, et de la réceptivité de ses convertis à une vision différente de la foi chrétienne. Le sentiment de désarroi (Ga 5, 7), voire de désespoir (Ga 4, 11), transparaît clairement dans sa réponse, mais l'émotion dominante est une colère contenue. Le contraste entre la virulence venimeuse de 2 Co 10-13 et la froide fureur de l’épitre aux Galates est saisissante. Dans les deux cas, les judaïsants sont le problème, mais la profonde déception de Paul envers les Corinthiens trouve un apaisement dans les reproches, tandis que dans l'épître aux Galates, elle se canalise dans une argumentation d'une précision glaciale. Car la possibilité était réelle que l’action des judaïsants allait s’étendre aux autres églises qu’il avait fondées. Sa crédibilité était en jeu. Son évangile était menacé, son avenir en danger.

    1. Une stratégie complexe

      La situation était trop sérieuse pour que Paul laisse exploser ses émotions, ce qui pourrait être perçu comme une faiblesse et un aveu de culpabilité. Car il ne s’agissait pas de réassurer les Galates que son évangile était la vérité, mais comme les judaïsants étaient encore en Galatie, il fallait persuader les intrus eux-mêmes que leur évangile était moins bien fondé qu’il ne le croyait. Notons que même si la lettre s’adresse aux Galates, Paul assume qu’elle sera également entendue par les judaïsants, car les lettres étaient lues en public (cf. Col 4, 16); et de fait, la stratégie de Paul est de s’adresser directement aux judaïsants. Car il devait aller jusqu’à la racine du problème et développer une solution à long terme. C’était la seule façon d’empêcher l’avancée des judaïsants et de saper leurs convictions. D’ailleurs, Paul ne pouvait s'attendre à ce que les Galates, convertis du paganisme (Ga 4, 8), saisissent la force d'arguments reposant sur une connaissance approfondie de la tradition juive. Ces attaques soigneusement calculées visaient à déstabiliser les intrus. Paul espérait que la consternation qui s'ensuivrait serait l'argument le plus convaincant à leurs yeux.

      Cette approche présuppose que Paul a confiance en son habileté rhétorique et à son talent littéraire. Bien sûr, cette approche aurait été plus facile en personne. Si Paul n’a pas choisi cette option, c’est probablement qu’une visite en Galatie lui était impossible, soit que son temps d’emprisonnement était commencé, soit que des problèmes particuliers à Éphèse exigeaient sa présence là.

    2. Un mandat divin

      Même si Paul avait été un délégué de l’église d’Antioche lors de sa première mission, et un délégué de la même église lors de la rencontre à Jérusalem (Ga 2, 1-10), il était maintenant impératif pour lui de justifier son indépendance depuis le conflit d’Antioche. Ce fut une erreur tactique des judaïsants d’insister sur une dépendance vis-à-vis de Jérusalem comme source de l’évangile authentique, plutôt que le rattachement antérieur de Paul à l’église d’Antioche. Car Paul n’avait que très peu de liens avec l’église de Jérusalem. Il insiste plutôt sur ces premiers contacts avec les Chrétiens alors qu’il a persécuté « l’église de Dieu » (Ga 1, 13) et les « églises du Christ en Judée » (Ga 1, 22); le nom « Jérusalem » n’est pas mentionné. Après sa conversion, il n’a fait que deux courtes visites à Jérusalem, d’abord trois ans plus tard pendant 15 jours pour prendre contact avec Céphas et Jacques (Ga 1, 17-19), puis quatorze ans plus tard (Ga 2, 1). Ensuite, Paul mentionne sa mission en Syrie et Cilicie, sans donner aucun détail. Les Galates savaient que c’est lors de ce voyage qu’il est arrivé au milieu d’eux, en route vers l’occident. En confiance, Paul n’a pas besoin de dire plus, démontrant sa confiance et éliminant toute impression d’anxiété.

      D’entrée de jeu Paul a affirmé que son mandat apostolique ne provenait pas « des hommes ou d’un homme » (Ga 1, 1), ou d’une église particulière ou d’un leader quelconque, mais directement de Jésus Christ, dont l’autorité est garantie par sa résurrection. L’implication implicite est que Jésus seul peut juger de la fidélité de son envoyé. Le caractère miraculeux de sa conversion n’était pas quelque chose que ses opposants pouvaient mettre en doute; les Galates savaient bien que Paul avait été persécuteur des Chrétiens (Ga 1, 13). Pour écarter l’argument des judaïsants de la nécessité de se rattacher à la tradition chrétienne sur laquelle Jérusalem avait autorité, Paul insiste pour dire : « cet Évangile que je vous ai annoncé n'est pas de l'homme ; et d'ailleurs, ce n'est pas par un homme qu'il m'a été transmis ni enseigné, mais par une révélation de Jésus Christ » (Ga 1, 11-12). Même s’il avait été mis en contact avec la tradition chrétienne lors de ses séjours à Damas, Jérusalem et Antioche, le cœur de son évangile libéré de la Loi coule directement de la reconfiguration de ses idées à la suite de la rencontre de Jésus ressuscité; l’ensemble de la tradition chrétienne est lu à travers le filtre de cette rencontre déterminante. Ainsi, ce qui s’harmonise avec cette perspective est intégré, le reste est rejeté. Par exemple, il n’avait pas d’objection au début que les convertis juifs continuent d’observer la Loi, dans la mesure ils ne l’imposent pas aux convertis du paganisme. Ce n’est que plus tard qu’il a perçu les dangers de cette concession, et c’est seulement à ce moment qu’il l’a répudié complètement.

    3. Le Christ vivant

      Dans sa correspondance avec les Thessaloniciens, Paul ne s'était pas éloigné des formulations traditionnelles concernant la mort salvatrice de Jésus et son retour glorieux. Dans l'épître aux Galates, au contraire, on trouve les prémices de sa christologie originale. La nécessité de répondre à l'importance accordée à Abraham par les judaïsants l'a contraint à une réflexion plus approfondie sur Jésus-Christ. C’est ainsi qu’il doit explorer plus profondément l’humanité de Jésus. Les intrus acceptaient le caractère messianique de Jésus et l’inauguration des temps eschatologiques qui justifiaient la mission auprès des païens, mais en accentuant le pouvoir universel du règne messianique ils lui donnaient des traits divins. Aussi, Paul se devait de rappeler que Jésus était né d’une femme (Ga 4, 4), une expression hébraïque pour désigner un membre de la race humaine.

      Dans l’exploration de l’humanité de Jésus, Paul insiste sur la foi de Jésus. Il existe une certaine confusion dans l’expression pistis Iēsou Christou (« la foi de Jésus Christ », Ga 2, 16; 3, 22; cf Rm 3, 22), pistis Christou (« foi du Christ », Ga 2, 16; cf Ph 3, 9), et pistis tou hyiou tou theou (« foi du fils de Dieu, Ga 3, 26). Car pistis peut signifier : croyance ou fidélité / loyauté, et le génitif « de Jésus » peut être soit objectif, soit subjectif. Aujourd’hui, la plupart des biblistes ont opté pour la signification subjective : la foi qui est celle de Jésus. Cela implique que la foi / fidélité du Christ est à la fois la cause et l'exemple de la foi / fidélité des chrétiens. Leur engagement actif est à la fois rendu possible par celui du Christ et modelé sur lui. Ainsi, Paul peut-il écrire : « Avec le Christ, je suis un crucifié ; je vis, mais ce n'est plus moi, c'est Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair, je la vis par la foi, celle du Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi » (Ga 2, 20). De plus, Paul identifie la pistis du Christ à l’amour qui va jusqu’à se sacrifier pour les autres; c’est « la foi agissant par l'amour » (Ga 5, 6). Bref, le Christ qui se donne est l’acte créateur, qui est l’essence de l’humanité authentique. Paul arrive ainsi à conclusion que la loi c’est le Christ : « Portez les fardeaux les uns des autres ; accomplissez ainsi la loi du Christ » (Ga 6, 2). Ainsi, revêtir le comportement du Christ est la véritable réponse aux Galates à la question : comment savoir ce qu’il faut faire.

      Contrairement aux judaïsants qui voyaient dans le messie quelqu’un qui confirmait et interprétait la Loi, et donc s’y soumettant, Paul considérait que la Loi était assimilée en Christ. La perfection de son amour (Ga 2, 20) était tout ce que la Loi pouvait exiger. Plutôt que d’insister sur la foi-fidélité, ce qui risquait de créer une nouvelle Loi, il a mis l’accent sur le comportement du Christ. Dès lors, il revenait à chaque croyant de discerner comment incarner cet amour qui se sacrifie dans les diverses circonstances de la vie. C’est ainsi que chaque membre de la communauté chrétienne devient partie intégrante d’un être vivant (Ga 5, 4), un être que Paul appellera plus tard « corps du Christ » (1 Co 12, 12).

    4. La foi et la Loi

      L’argument des judaïsants était basé sur une vision de l’histoire du salut qui commençait avec Abraham, puis se déplaçait vers l’alliance et la circoncision pour arriver à la place centrale de la Loi. Pour Paul, la véritable histoire du salut commençait avec le Christ, tout ce qui précédait n’était qu’une longue préface. Son point de départ pour attaquer l’argumentation de ses opposants était l’observation que les Galates ont reçu le don de l’Esprit et ont fait l’expérience de la puissance de Dieu simplement en acceptant la prédication de Paul; la Loi ne fut d’aucun secours, et ses exigences ne sont apparues qu’après leur conversion (Ga 3, 1-5). Ce fut également le cas d’Abraham qui a d’abord répondu à la parole de Dieu et fut béni pour sa réponse (Ga 3, 6). La foi est fondamentale, et le reste, alliance, exigences de la circoncision, est secondaire.

      Après avoir établi que la foi, et non l’obéissance à la Loi, est ce qui caractérise Abraham, Paul aborde maintenant la question de ses descendants qui est si importante pour les judaïsants. Il table sur le fait que le texte de Gn 13, 15, quand il parle du récipiendaire de la promesse faite à Abraham, il utilise le mot « semence » au singulier : « c'est à Abraham que les promesses ont été faites, et à sa semence » (Ga 3, 16). Pour Paul, cette « semence » ne peut désigner que le Christ. Dès lors, tous ceux qui sont « en Christ » et incarnent son comportement par leur vie appartiennent vraiment à la descendance d’Abraham. L’éducation de Paul et sa formation pharisienne lui permettaient cette casuistique agressive. Par le fait même, il ignore complètement le fait qu’Abraham a été circoncis et détourne l’attention à ce problème en parlant des « circoncis » (Ga 2, 7-9) pour désigner le peuple juif : cela a pour effet de centrer l’attention sur le présent, et non le passé, d’introduire un terme qui avait une saveur répugnante dans la bouche des Gréco-Romains.

      Quant à la notion d’alliance que les Judaïsants reliaient à la Loi, Paul ne pouvait l’écarter, car elle faisait partie du vocabulaire chrétien, en particulier utilisé lors de la célébration eucharistique. Jr 31, 33 ne parlait-il pas d’une nouvelle alliance? L’approche de Paul fut de dissocier la loi de l'alliance.

      • Tout d’abord, il associa l’alliance avec la liberté. En effet, les Chrétiens sont les enfants de la Jérusalem d’en-haut (Ga 4, 26), qu’il identifie à Sara, qui appartient à l’alliance de la femme libre (Ga 4, 31). C’est l’antithèse de l’alliance de la femme esclave associée au mont Sinaï et de la Jérusalem actuelle (Ga 4, 22-25). L’alliance d’Abraham est une alliance de la liberté qui est essentiellement promesse (Ga 3, 16-18.21; 4, 28), et non une législation.

      • Ensuite, l’alliance et la Loi ne peuvent pas être indissociablement liées, car la Loi ne faisant pas partie du plan initial de Dieu, puisqu’elle est arrivée 430 ans après la promesse (Ga 3, 17), et de plus, elle fut décrétée non pas par Dieu, mais par des anges (Ga 3, 19). À cela s’ajoute le fait qu’elle fut donnée pour un temps limité (Ga 3, 19). Aussi, son rôle s’arrête quand la promesse à Abraham fut accomplie dans le Christ (Ga 3, 14).

      En conclusion, les croyants peuvent être partenaires de la nouvelle alliance sans être liés par la Loi.

    5. Libérés pour la liberté

      Un trait du vocabulaire paulinien dans la lettre aux Galates est la fréquence du mot « esclave » (Ga 1, 10; 3, 28; 4, 1) et ceux apparentés : « accomplir des tâches comme esclave » (Ga 4, 8.9.25; 5, 13), asservir (Ga 4, 3), esclavage (4, 24; 5, 1). C’est sans doute la conscience des contraintes imposées par la Loi (Ga 2, 23) qui l’amène à ce vocabulaire. La Loi n’était pas la seule source d’oppression. Elle a servi de déclencheur, mettant en lumière l’expérience de Paul en tant que voyageur. La société elle-même imposait à ses membres un certain comportement, que Paul savait incompatible avec un authentique épanouissement humain. Il se souvenait des moments où il avait été contraint d’agir égoïstement pour survivre et comprenait que les Galates avaient subi les mêmes pressions. Pour exprimer cette situation, Paul utilise l’expression grecque stoicheia tou kosmou, traduite diversement, dont : « les éléments du monde ». C’est sa façon de traduire l’idée que les être humains vivent leur vie sous l’influence ou l’emprise de force primordiales et cosmiques. Pour lui, la structure elle-même de la société était oppressive. Dans sa lettre aux Colossiens, Paul met en apposition « la tradition des hommes » (Col 2, 8) et « éléments du monde » (Col 2, 20). Dans sa lettre aux Romains, il parlera plutôt du pouvoir du Péché (Rm 3, 9). Dans tous les cas, il s’agit du contrôle total exercé sur les individus par le système des fausses valeurs de la société.

      L'une de ces fausses valeurs était l'obéissance aveugle que les Juifs vouaient à la Loi. De même que ceux qui vivent dans des environnements pollués n'ont d'autre choix que d'inhaler des toxines, ceux qui naissent dans ce monde sont automatiquement contaminés par ses attitudes et ses normes, ses principes fondamentaux. Ils ne peuvent s'y opposer, pas plus que des copeaux de bois jetés dans un fleuve au courant rapide. Paul évoque délibérément l'esclavage afin de souligner qu'aucune résistance n'est possible. L'écho de sa propre expérience, tant religieuse que profane, est indéniable. Aussi, la liberté ne devient possible qu’en Christ, plus précisément à travers la communauté chrétienne. Car, la victoire des désirs de l’esprit sur les désirs de la chair n’est qu’une victoire en principe lors de la conversion. Seulement ceux qui ont en fait crucifié la chair avec ses passions appartiennent au Christ (Ga 5, 24). En d’autres mots, les Galates ont été libérés pour devenir libres (Ga 5, 1). Il leur revient maintenant de faire les bons choix entre l’égoïsme des œuvres de la chair (Ga 5, 19-21), et par là retourner à l’esclavage, et le service des autres dans l’amour, et par là devenir vraiment libres (Ga 5, 22-23).

      Pour Paul, ce qui contribue à la communauté engendre la liberté. Ainsi, en dernier ressort, la liberté est une propriété de la communauté, non d’un individu. Seulement ceux qui appartiennent à une communauté authentique sont vraiment libres. Car cette communauté les protège le pouvoir englobant du système de fausses valeurs.

      Comme on peut le constater, la crise des Judaïsants a contribué au développement de la pensée de Paul en le forçant à explorer plus profondément la signification de la foi au Christ et de sa relation avec la vie chrétienne, et à distinguer davantage la vie dans le monde et celle dans la communauté chrétienne. Pour la première fois, il a saisi la nature d’une liberté authentique.

 

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