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Le Proche-Orient de 1200 à 538 avant JC
d'après Oded Borowski, Daily Life in Biblical Times, p. 4
Définissons d’abord les termes. Les mots « Palestine » et « Syrie-Palestine » ne doivent pas être interprétés dans le sens politique actuel. La période couverte se situe approximativement entre 1200 et 586 avant notre ère, connue dans la littérature scientifique comme l'âge de fer et la période israélite. Le début de l'âge du fer (vers 1200-1000 avant notre ère) est connu sous le nom d'âge du fer I et de période de colonisation, tandis que la dernière partie de la période est divisée entre la monarchie unie (vers 1000-920 avant notre ère) et la monarchie divisée (vers 920-586 avant notre ère). La période monarchique est également connue sous le nom d'âge du fer II, et certains spécialistes désignent la période comprise entre la chute de Samarie (722 av. JC) et la chute de Jérusalem (586 av. JC) sous le nom d'âge du fer III.
- La terre
- Situation géographique
Amihai Mazar (Archaeology of the Land of the Bible) décrit ainsi la géographie de l’Israël ancien :
D'une part, cette région formait un pont entre les deux extrémités du Croissant fertile, l'Égypte au sud et la Syrie et la Mésopotamie au nord ; d'autre part, elle était comprimée entre la mer Méditerranée à l'ouest et le désert à l'est. Cette situation unique a été le facteur fondamental de l'histoire et du développement culturel du pays. Plus que tout autre pays du monde antique, cette terre a toujours été directement ou indirectement reliée à d'autres parties du Proche-Orient et de la Méditerranée orientale.
Ainsi, sa situation entre les deux grandes civilisations des vallées du Nil et de la Mésopotamie, d'où venaient les armées et les marchands, a contribué à l'élaboration de nombreux éléments culturels. Ainsi, les habitants de la région ont subi l’influence non seulement des Égyptiens et des Assyriens, mais aussi des Hittites, des Hourrites (en Mittani), des Babyloniens, des Perses, et plus tard, des Grecs et des Romains.
Le territoire s’étend de la Méditerranée à la région désertique de l’est, du mont Hermon au nord (dans le Liban d’aujourd’hui) jusqu’à Éciôn Guver (Eilat moderne) au sud. On y trouve diverses zones écologiques marquées par la diversité du climat et de la topographie (sur la topographie, voir Topographie de la Palestine). Tout cela a exercé une influence sur la vie quotidienne, l’économie, la religion, les structures politiques et sociales.
- La topographie
On trouvera un écho de ces zones dans les livres bibliques, en particulier de livre de Josué qui fait référence à ce territoire montagneux qui s’étend au centre du nord au sud (« Josué battit tout le pays : la contrée montagneuse, le Néguev, le Shephelah, les Pentes, ainsi que tous leurs rois », 10, 40). Au nord, le territoire de la Galilée peut se diviser entre la Haute Galilée qui atteint les bords des monts Hermon et Liban, et la Basse Galilée qui jouxte le lac de Galilée. C’est donc une région accidentée où il est difficile de s’établir, avec des sommets qui peuvent atteindre 1 200 mètres. Plus au sud, dans cette région qui nous est connue sous le nom de Samarie, on trouve un autre bloc montagneux, tel le mont Éphraïm ou « la montagne d’Israël » (Jos 11, 16) avec des sommets qui peuvent atteindre entre 940 et 1 015 mètres, entrecoupés de vallées propices à l’agriculture. Plus au sud, nous arrivons à la contrée montagneuse de Judée (« la montagne de Juda », Jos 11, 21) avec de sommets entre 594 et 1 000 mètres (Jérusalem est à 754 mètres), une région peu propice à l’agriculture.
Entre le bloc montagneux de la Galilée au nord et le mont Ephraïm au centre, dans une orientation est-ouest (du Jourdain, près de Scythopolis jusqu’au pied du mont Carmel), se situe une bande de terre appelée « plaine d’Izréel » (Jos 17, 16), le grenier de la Palestine, suivie de la plaine de Beth-Shean.
À l’ouest, bordant la Méditerranée, on trouve la plaine côtière. Sa partie centrale est appelée « plaine de Saron » (« Le Sharôn devient [désertique] comme la Araba », Is 33, 9). Cette plaine est interrompue au nord par le mont Carmel. Quant à la partie sud de cette plaine, elle fut occupée au cours de la période du Fer 1 (1200 à 1000 av. JC) par les « peuples de la mer », connus dans la Bible sous le nom de Philistins. La partie côtière qui s’étend du mont Carmel jusqu’au Liban actuel était habitée par les Phéniciens, des Cananéens de la région côtière. Enfin, la région qui part de la plaine côtière au sud et s’étend à l’ouest jusqu’au début des montagnes de Judée s’appelait le « bas-pays » (Jos 9, 1) était le lieu de rencontre culturelle et politique entre Philistins et Israélites. Plus au sud se situe la plaine de Beersheba et le désert de Négev qui rejoint le golfe d’Aqaba au sud.
Immédiatement à l'est des hauts plateaux centraux, une vallée profonde s'étend du nord au sud, traversée par les méandres du Jourdain depuis le pied du mont Hermon jusqu'à la mer Salée ou mer d'Araba, connue aujourd'hui sous le nom de mer Morte, le point le plus bas de la planète (390 m. au-dessous du niveau de la mer). La zone située entre les hauts plateaux et le Jourdain, de la vallée de Beth-Shean à la mer Salée, est aride, accidentée et désertique. Elle a toujours été un lieu de prédilection pour les fugueurs et les ermites (par exemple, Jean-Baptiste dans la région de Salim et Aenom, ou la communauté de Qumrân sur les bords de la mer Morte). À l'est du Jourdain, en Transjordanie (la Jordanie actuelle), s'élève un haut plateau (jusqu'à 1 250 m.), dont la partie nord est recouverte de basalte émis par des volcans aujourd'hui éteints.
- Les routes
Dans l'Antiquité comme à l'époque moderne, les routes principales et secondaires suivaient la topographie. Les grandes artères suivaient généralement une orientation nord-sud le long de la côte méditerranéenne à l’ouest, des chaînes de montagnes au centre et de la vallée du Jourdain à l’est, reliant les principaux centres de civilisation, l'Égypte et la Mésopotamie. Les routes secondaires, ou locales, reliaient les villes principales aux petites villes, villages ou fermes qui dépendaient d’eux. Elles sillonnaient la campagne, suivant également le relief.
Les routes de Palestine à l'époque de l'Ancien Testament
d'après Oded Borowski, Daily Life in Biblical Times, p. 6
- L'eau
Deux étendues d'eau, en fait de petits lacs, s'étirent le long du Jourdain : l'une d'elles (aujourd'hui asséchée) est connue sous le nom de lac Houla ; au sud de celui-ci se trouve la mer de Kinnereth, ou mer de Galilée. Entre la mer Salée et le golfe d'Eilat s'étend une large vallée plate appelée Araba. La longue vallée qui s'étend du mont Hermon au golfe d'Eilat fait partie d'un phénomène géologique, le rift syro-africain.
Les sources d'eau sont rares dans cette région et la dépendance à l'égard de la pluie (et de la rosée) est très forte. La disponibilité de l'eau est limitée à plusieurs ruisseaux qui coulent vers l'ouest depuis les hauts plateaux jusqu'à la Méditerranée ou vers l'est jusqu'au Jourdain ou aux lacs. D'autres ruisseaux coulent vers l'ouest dans la vallée du Jourdain depuis le plateau transjordanien. La plupart des ruisseaux de la région située entre les monts de Judée et le rift syro-africain sont des lits de rivière asséchés (wadis) qui ne se remplissent que lorsqu'il pleut sur les pentes orientales de cette chaîne de montagnes.
Les autres sources d'eau naturelles comprennent un nombre limité de sources pérennes autour desquelles des colonies ont été établies et maintenues tout au long de l'histoire. Certaines de ces sources contribuent au maintien des oasis, en particulier dans le Néguev et l'Araba. À certains endroits de la vallée du Jourdain, des sources chaudes suintent des eaux minérales ; ce sont des vestiges et des indicateurs de l'activité tectonique qui prévaut au Proche-Orient, où les tremblements de terre ont été en partie responsables du modelage du paysage et ont été connus tout au long de l'histoire.
La réponse de l'humanité à la raréfaction des sources d'eau naturelles a été variée. Elle comprend le creusement de puits pour atteindre les nappes phréatiques, la construction de citernes et de bassins pour recueillir les eaux de ruissellement, la construction de canaux et de barrages de dérivation, le creusement de puits et de tunnels pour atteindre et détourner les sources d'eau, et la mise au point de différents moyens pour stocker, conserver et utiliser l'eau de manière efficace.
- Le sol
Dt 8, 8 (« un pays de blé et d’orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers, un pays d’huile d’olive et de miel ») vante la richesse des terres agricoles. En revanche, le sol est pauvre en minerais. Et ce, bien que la Bible le décrive comme riche en fer et en cuivre (Dt 8, 9 : « un pays dont les pierres contiennent du fer et dont les montagnes sont des mines de cuivre »). Cependant, la pierre calcaire disponible dans tout le pays et la pierre basaltique dans le nord ont été utilisées dans la construction de bâtiments et dans la fabrication de certains outils et installations. Si de grandes parties du pays sont boisées, le bois local est utilisé dans les constructions privées ; des cèdres sont importés du Liban pour de nombreux édifices publics (1 R 5, 22.24).
- Le climat
Le climat de cette région comporte deux saisons principales, l'hiver et l'été, et deux saisons de transition, l'automne et le printemps. Au cours d'une année normale, la pluie commence à tomber en octobre et la majeure partie tombe pendant l'hiver, de décembre à mars. Parfois, les conditions sont propices à la neige et à la grêle. Quelques pluies tardives tombent au début du printemps, en avril, tandis que l'été, de juin à août, est presque sec, les rosées fournissant la seule humidité. Les précipitations sont plus importantes au nord (1 000 - 1 500 ml) qu'au sud (0 - 250 ml) et à l'ouest qu'à l'est. Les précipitations les plus faibles se trouvent sur les pentes orientales des hauts plateaux d'Éphraïm et de Judée (250 – 500 ml) et dans le Néguev et l'Araba (0 - 250 ml).
Les températures et l'humidité varient. La température moyenne à Jérusalem en janvier est d'environ 8°C, mais en août de 24°C. Sur la côte (dans la ville moderne de Tel Aviv), la température moyenne est de 13°C en janvier et de 27°C en août. En général, la région la plus chaude et la plus sèche se trouve autour de la mer Morte et le long de l'Araba jusqu'au golfe d'Eilat. La vallée de Beth-Shean est également très chaude, mais aussi humide. L'été est aussi le moment où le vent d'est (khamsin), un vent très sec, souffle du désert (Ez 17, 10).
- Le peuple
- Origine
S'agit-il d'étrangers qui sont arrivés sur la terre et l'ont conquise, comme le décrit la Bible, ou sont-ils arrivés d'une autre manière ? Étaient-ils des descendants de la population locale, connue dans la Bible sous le nom de Cananéens, qui, pour une raison quelconque, ont formé une nouvelle entité, que nous connaissons sous le nom d'Israël ? Les processus de formation étaient-ils suffisamment simples pour que nous puissions les reconstituer à partir des informations disponibles, ou étaient-ils si compliqués que nous ne pourrons jamais trouver la réponse complète ?
La Bible affirme que lorsque les Israélites sont apparus, la terre était déjà occupée par certains groupes, dont les noms incluent non seulement les Cananéens, mais aussi, selon Jos 11, 3 : « les Amorites, les Hittites, les Perizzites et les Jébusites dans la Montagne, les Hivvites au-dessous de l’Hermon, au pays de Miçpa ». Il y en avait d'autres, dont les Philistins, dans la région de Gaza. Convenons alors qu’une entité israélite, peut-être désignée dans la stèle de Mérenptah sous le nom d'Israël, s'est développée dans la région des collines d'Israël et de Juda au cours de l'âge du fer I (du 12e au 7e siècle av. JC) et que son origine était variée, comme le fait remarquer le prophète Ézéchiel 16, 3 : « Par tes origines et par ta naissance, tu es de la terre de Canaan ; ton père était l’Amorite et ta mère une Hittite ». Acceptons également l'idée que certains aspects caractéristiques des peuplements de l'âge du fer I (1200 à 930 av. JC), tels que la poterie et l'architecture, reflètent les caractéristiques environnementales, sociales et économiques des colons plutôt que d’une appartenance ethnique. On peut observer également au cours de la période qui s’étend du début jusqu’au milieu de l’âge de bronze (3100 à 1550 av. JC) un long processus cyclique d’oscillation entre essor et déclin d’entités territoriales qui s’étend sur tout le territoire des hauts plateaux de Cisjordanie et de Transjordanie; les Israélites feraient partie de ce processus.
- Aspect physique
Il est pratiquement impossible de savoir à quoi ressemblaient les colons de l'âge du fer I, en raison de la pénurie de représentations artistiques illustrant leurs attributs physiques et leurs vêtements. Certains égyptologues suggèrent que les reliefs de Karnak en Égypte représentent en partie le peuple d'Israël dont parle la stèle de Mérenptah. Leur apparence physique n'est alors pas différente de celle des Cananéens représentés dans les autres parties des reliefs. L'apparence physique des Israélites de l'âge du fer II (930 – 539 av. JC) peut être déduite principalement de deux monuments assyriens. L'un est l'obélisque noir de Salmanazar III (vers 858-824 av. JC), qui montre Jéhu, roi d'Israël, portant une tunique longue jusqu'aux chevilles et un chapeau, et se prosternant devant le roi assyrien.

L'obélisque noir de Salmanazar III (vers 858-824 av. JC). Courtoisie du British Museum.

Bas-relief de la prise de Lakish. Courtoisie de David Usshishkin.
D'autre part, les reliefs de Sennachérib, qui célèbrent la prise de Lakish (701 av. J.). Ces derniers reliefs représentent les défenseurs judéens combattant les Assyriens du haut des murs de la ville et de ses tours. Des scènes montrant des familles entières quittant la ville permettent d'observer de plus près les citoyens de Lakish. Les femmes portent de longues robes et un long couvre-chef qui leur arrive aux chevilles. Les hommes portent une tunique arrivant juste au-dessus des genoux, maintenue par une large ceinture et une coiffe enveloppante. Les hommes qui ne portent pas de coiffe arborent des cheveux bouclés et portent la barbe. Les hommes et les femmes sont pieds nus, mais les références bibliques indiquent que les gens portaient des sandales.
- La langue
Quelle était la langue utilisée par les Israélites ? Les sources écrites laissées par les Israélites indiquent que leur langue appartenait à la famille ouest-sémitique, apparentée aux langues cananéenne, moabite, ammonite et autres langues parlées par les différents habitants de la région. Des sources écrites telles que la l’AT et le calendrier de Gezer montrent que les Israélites du nord parlaient un dialecte différent de celui de Jérusalem qui est appelé « judéen ». En 2R 18, 26 on peut lire : « Elyaqim, fils de Hilqiyahou, Shevna et Yoah dirent à l’aide de camp : "Veuille parler à tes serviteurs en araméen, car nous le comprenons ; mais ne nous parle pas en judéen aux oreilles du peuple qui est sur la muraille." » (ce verset se retrouve également en Is 36, 11). Ainsi, les membres de la classe supérieure connaissaient l’araméen.
- La démographie
Les estimations de la population des hauts plateaux à l'âge du fer I la situent à environ 20 000 personnes en 1200 avant notre ère et à environ 55 000 en 1000 avant notre ère ; l'estimation de la population du royaume uni de Cisjordanie et de Transjordanie fait état de 350 000 personnes. La population de la Cisjordanie à l'apogée de l'âge du fer II (8e siècle avant notre ère) a été récemment estimée à 400 000 personnes, tandis qu'en Transjordanie, la population israélite est estimée à 60 000 personnes et la population non-israélite à 43 500 personnes. Pour la même période, la population de la Philistie (région côtière autour de Gaza) a été estimée à 50 000 personnes. Cependant, les campagnes assyriennes, et en particulier celle de Sennachérib en 701 avant JC, ont provoqué un fort déclin, et la population de Juda pour cette période est estimée à environ 100 000 personnes, avec une densité beaucoup plus élevée. La majeure partie de la population (66 %) de l'âge du fer II (930 – 539 av. JC) résidait dans de petits villages et le reste dans des agglomérations (villes) de plus de douze acres. L'augmentation du nombre de petits villages au cours de l'âge du fer II est attribuée à la stabilité et à la tranquillité relatives offertes par les monarchies.
Les études démographiques montrent qu'au cours de l'âge du fer, une fois la population établie sur les hautes terres, l'évolution des conditions politiques a contribué à améliorer les conditions socio-économiques, ce qui a conduit à une augmentation de la population qui s'est manifestée par la fondation de nouveaux établissements, et l'agrandissement et le renforcement des anciens dans tout le pays.
- Les sources
- La Bible hébraïque est une source d'information de premier ordre
- Des documents écrits extrabibliques provenant de Palestine et des cultures environnantes, notamment cananéenne, égyptienne et mésopotamienne
- Des représentations artistiques des différentes cultures du Proche-Orient ancien, ainsi que d'autres preuves archéologiques, telles que des outils et des installations.
- Bibliographie
- Aharoni, Yohanan, and Michael Avi-Yonah. The Macmillan Bible Atlas. New York: Macmillan, 1968.
- Dever, William G. What Did the Biblical Writers Know and When Did They Know It? Grand Rapids: Eerdmans, 2001.
- Finkelstein, Israel. The Archaeology of the Israelite Settlement. Traduit en anglais par D. Saltz. Jerusalem: Israel Exploration Society, 1988.
- Hallo, William W., and K. Lawson Younger Jr., éd. The Context of Scripture. 3 vols. Leiden: Brill, 1997–.
- Mazar, Amihai. Archaeology of the Land of the Bible: 10,000–586 BCE. New York: Doubleday, 1990.
- Pritchard, James B., éd. Ancient Near Eastern Texts Relating to the Old Testament. 3d ed. Princeton, N.J.: Princeton University Press, 1969.
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