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2 et 3 Jean sont presque des exemples de lettres anciennes brèves, proches les unes des autres par leur longueur, qui était probablement déterminée par la mesure d'une feuille de papyrus.
Résumé des informations de base
- Date : À peu près à la même époque que 1 jean, donc vers l’an 100
- À l’adresse de : Les chrétiens d'une communauté johannique menacée par l'arrivée de missionnaires schismatiques
- Authenticité : Par un auteur de la tradition johannique, qui a également écrit 3 jean et probablement 1 Jean
- Unité et intégrité : Non sérieusement contestées
- La structure
Formule d'ouverture (1-3)
Corps (4-12)
- Expression transitoire de la joie (4)
- Message (5-12)
Formule de conclusion (13)
- Arrière-plan
2 et 3 Jean se ressemblent dans leur format de lettre, notamment dans l'ouverture et la clôture. Les deux décrivent l'auteur comme « le presbytre ». 2 Jean présente des similitudes de contenu avec 1 Jean, en particulier en soulignant le commandement de l’amour mutuel et en condamnant les imposteurs qui nient Jésus-Christ venu dans la chair.
2 Jean est envoyé à une communauté johannique éloignée du centre. La sécession n'y est pas encore arrivée, mais des missionnaires sécessionnistes sont en route. Le presbytre donne l'instruction à cette communauté (la Dame élue et ses enfants) de ne pas laisser entrer ces faux enseignants dans « la maison » (maison-église où la communauté se réunissait). L'arrivée d'émissaires, certains venant du presbytre, d'autres des sécessionnistes, a dû être déroutante pour des communautés johanniques aussi éloignées. Comment pouvaient-elles savoir qui portait la vérité jusqu'à ce qu'elles laissent les émissaires s'exprimer ? Et à ce moment-là, le mal était fait!
- Analyse générale du message
- Formule d'ouverture (1-3)
Les sections Expéditeur et Destinataire sont succinctement formulées : « Le presbytre à une Dame élue et à ses enfants », c'est-à-dire, au sens figuré, une église locale non nommée et ses membres dans la sphère d'influence du presbytre. Le fait que le presbytre donne des instructions à cette église et lui transmette les salutations des enfants de « ta sœur élue » suggère qu'il est une figure d'autorité dans une autre église johannique (peut-être l'église mère à partir de laquelle l'église adressée a été fondée). La salutation « grâce, miséricorde, paix », habituelle pour une lettre chrétienne, est suivie de l'ajout johannique de vérité et d'amour.
- Corps (4-12)
- Expression transitoire de la joie (4)
Dans le format épistolaire, une déclaration de joie est souvent une transition vers le corps de la lettre, et ici la mention d'un commandement du Père est liée à l'exposition du commandement au v. 5. Il est probable que la joie du presbytre de trouver « certains de tes enfants marchant dans la vérité » emploie « certains » de manière général, plutôt que de manière corrective (« certains mais pas tous »).
- Message (5-12)
L'insistance sur le commandement de l'amour et la nécessité de marcher dans ce commandement fait écho aux principaux axes éthiques de 1 Jean. De même, l'élan christologique de 1 Jean est repris par l'insistance de 2 Jean à reconnaître la venue de Jésus dans la chair comme la marque de différenciation entre ceux que le presbytre reconnaît comme des enfants bien-aimés et les séducteurs antéchrists qui sont allés dans le monde. Le fait que l'enseignement dangereux de ces derniers, déjà clairement présent dans 1 Jean, est seulement sur le point de faire son apparition parmi les destinataires de 2 Jean, est suggéré par les avertissements selon lesquels ils doivent regarder à eux-mêmes et ne pas recevoir dans leur « maison (église) » ceux qui apportent une autre doctrine. Les adversaires (actuels ou potentiels) sont décrits comme « progressifs » (littéralement comme « allant de l'avant et ne restant pas dans l'enseignement du Christ »). Cela correspond à l'affirmation de 1 et 2 Jean selon laquelle la christologie et l'éthique de l'écrivain représentent ce qui était dès le début. Le fait que la différence soit considérée comme cruciale est affirmé ainsi : « Celui qui a un mauvais enseignement n'a pas Dieu! »
En clôturant le corps ou le message de la lettre, le presbytre a une touche familière : une excuse pour la brièveté de ce qui a été écrit. L'espoir d'une visite prochaine doit être pris dans la même veine conventionnelle, et non comme une discipline de surveillance menacée, même si le cœur pastoral du presbytre se réjouira si tout se passe bien.
- Formule de conclusion (13)
Le fait que le presbytre n'envoie pas ses propres salutations mais celles d'une Église chrétienne sœur illustre que cette lettre est envoyée, non pas comme une directive personnelle, mais comme une partie de la politique du « nous » johannique.
- Les presbytres
2 et 3 Jean sont nos seuls exemples chrétiens de la période 50-150 où l'expéditeur d'une lettre donne un titre ou une désignation et pas de nom personnel. De plus, la désignation « le presbytre » semble être la façon habituelle et/ou préférée par lui, par eux, ou par les deux, tout comme l’évangile johannique ne nomme jamais le disciple bien-aimé ou la mère de Jésus. Pourquoi donc s’auto-désigner comme « le presbytre »? Par les autres lettres, nous observons qu'il s'adresse avec autorité aux autres chrétiens johanniques au sujet de la tradition et qu'il suppose que lorsqu'il viendra leur rendre visite, ils voudront en entendre davantage de sa part. En 3 Jean, il envoie des missionnaires que Gaius est prié de recevoir, même si une autorité régionale, Diotrèphe, est mal disposée. De tout cela on retire l'impression que « le presbytre » a du prestige mais pas d'autorité judiciaire. S'il a écrit 1 Jean, comme cela semble probable, il fait partie d'un « nous » johannique qui parle de la tradition maintenue depuis le début. Considérons les différents usages de « presbytre/ancien » chez les premiers chrétiens.
- Il désigne un homme âgé, digne et important. Pourtant, le « nous » johannique qui parle en Jn 21, 24 est clairement distinct de cette figure, et « le presbytre » appartient au « nous » johannique s'il a écrit 1 Jean
- Il désigne des fonctionnaires de l'Église dont beaucoup portaient aussi le titre d'episkopos (surveillant) et qui, en groupes, étaient responsables de l'administration des Églises locales à la fin du 1er siècle. Pourtant, les écrits johanniques ne fournissent aucune preuve de la structure ecclésiale avec des presbyteroi
- Il désigne l'un des douze apôtres, comme l'atteste le fait que Pierre se décrit lui-même dans 1 P 5, 1 comme « sympresbyteros » (compagnon presbytre). Papias parle de Philippe, Thomas, Jacques, Jean et Matthieu comme de presbyteroi. Pourtant, dans ces deux cas, les noms de personnes, et non les titres, nous indiquent que des apôtres sont impliqués ; de plus, il n'y a aucune référence à des « apôtres » ayant une autorité dans la tradition johannique
- Il désigne un compagnon de Jésus qui n'était pas l'un des Douze, un usage également attesté par Papias qui, après avoir mentionné les membres des Douze, parle d'Aristion et du presbytre Jean, disciples du Seigneur, qui parlaient avec autorité
- Il désigne un disciple des disciples de Jésus et donc un personnage de la deuxième génération qui servait de transmetteur de la tradition transmise par la première génération. Irénée affirme : « Je l'ai entendu d'un certain presbytre qui l'avait entendu de ceux qui avaient vu les apôtres et de ceux qui avaient enseigné. »
Comme il est tout probable qu’existait une école johannique d'écrivains poursuivant la vision du Disciple bien-aimé, le Disciple bien-aimé lui-même aurait pu entrer dans la catégorie (4), qu'il soit connu ou non sous le nom de "presbytre", tandis que l'évangéliste, l'épistolier et l’éditeur de l'Évangile auraient pu entrer dans la catégorie (5). C'est donc cette dernière catégorie qui correspondrait le mieux à l'utilisation de « le presbytre » dans 2 et 3 Jean.
- Question pour la réflexion
2 Jean demande de ne pas accueillir dans une église de maison les faux enseignants. Nous voyons où peut mener une interprétation stricte de cet idéal lorsqu'avec la logique latine Tertullien soutient que les hérétiques n'ont pas le droit de faire appel aux Écritures et que les chrétiens ultérieurs concluent que le moyen le plus sûr de s'assurer que les idées hérétiques ne sont pas diffusées est d'exécuter les hérétiques. Il est vrai que lorsque des dommages sont causés à d'autres personnes, même la charité a des limites ; cependant, l'exclusivité féroce au nom de la vérité se retourne généralement contre ses praticiens.
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Prochain chapitre: 14. La troisième lettre de Jean
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