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Les lettres appelées deutéropauliniennes sont celles qui portent le nom de Paul mais qui n'ont peut-être pas été écrites par lui. Certains confondent les compositions sous pseudonymes avec les compositions anonymes (dont l’auteur n’est pas identifié). Par exemple, les évangiles sont des écrits anonymes, et leur attribution à Marc, Matthieu, Luc et Jean remontent au 2e siècle et ne font pas partie de l’œuvre originelle. Parmi les œuvres anonymes il faut ajouter les Actes, la lettre aux Hébreux et la première de Jean (2 Jn et 3 Jn prétendent être écrites par le « presbytre »). Les œuvres sous pseudonyme du N.T., i.e. dont le texte identifie l’auteur de l’œuvre qu’il peut ne pas avoir composée, sont : 2 Th, Col, Eph, 1-2 Tm, Tite, Jc, 1-2 P, et Jude.
- La composition sous pseudonyme en général
Il est peut-être plus clair ici de parler d'« écrivain » plutôt que d'« auteur ». Normalement, pour nous, « auteur » ne désigne pas simplement le responsable des idées contenues dans une œuvre, mais celui qui en a effectivement rédigé le texte. Les Anciens n'étaient souvent pas aussi précis et par « auteur », ils entendaient peut-être seulement l'autorité à l'origine d'une œuvre. Cette distinction ne nous est pas totalement inconnue, puisque nous rencontrons le phénomène des « écrivains fantômes », notamment dans le cas d'artistes qui souhaitent écrire une autobiographie mais ont besoin de l'aide d'un écrivain compétent pour présenter leur histoire de manière correcte ou attrayante. Toutefois, il est de plus en plus fréquent que même un écrivain fantôme doive être reconnu sous la forme de « L'autobiographie d’un tel avec la coopération (ou l'assistance) de Jean Laplume ». Ce phénomène est proche d'une utilisation ancienne des scribes et peut être rencontré dans une authentique lettre paulinienne si Paul a dicté les idées et que quelqu'un comme Silvain les a formulées par écrit. Mais ce n'est pas ce que les spécialistes entendent par pseudonymat en référence aux œuvres du NT.
Les lecteurs modernes rencontrent également des écrits sous un pseudonyme ou un nom de plume, une méthode adoptée pour diverses raisons. Au 19e siècle, Mary Anne Evans écrivait sous le nom masculin de George Eliot, car il était difficile pour les femmes de faire accepter des écrits sérieux. Au 20e siècle, plus d'un auteur de romans policiers a écrit sous plusieurs noms, parfois avec un inspecteur fictif particulier pour chaque « nom », par exemple John Dickson Carr et Carter Dickson sont des noms pour un auteur masculin ; Ruth Rendell et Barbara Vine sont des noms pour un auteur féminin. Écrire sous un pseudonyme est répréhensible lorsqu'il s'agit d'une tromperie (par exemple, composer une nouvelle histoire de Sherlock Holmes et la vendre comme un original inédit récemment découvert d'Arthur Conan Doyle) mais pas lorsqu'on continue publiquement à écrire dans le style de l'auteur original aujourd'hui disparu (par exemple, les scénarios de Sherlock Holmes utilisés dans les films le mettant en scène pendant la Seconde Guerre mondiale).
Dans le cadre de la recherche sur le NT, certains de ceux qui ont d'abord proposé que les lettres attribuées à Paul étaient en réalité des pseudonymes ont laissé entendre que le but était peut-être frauduleux, mais cette connotation a largement disparu de la discussion. Le plus souvent, ce qui est suggéré, c'est que l'un des disciples de l'« école » paulinienne a pris l'initiative d'écrire une lettre au nom de Paul parce qu'il voulait qu'elle soit reçue avec autorité comme ce que Paul aurait dit dans la situation traitée. Une telle situation est logique si l'on suppose que Paul était mort et que le disciple se considérait comme l'interprète autorisé de l'apôtre dont il endossait la pensée. Attribuer la lettre à Paul dans ces circonstances ne serait pas utiliser un faux nom ou prétendre faussement que Paul a écrit la lettre. Il s'agirait de traiter Paul comme l'auteur au sens de l'autorité derrière une lettre qui était conçue comme un prolongement de sa pensée - une prise en charge du manteau du grand apôtre pour poursuivre son travail. En effet, une telle attribution pourrait servir à prolonger la présence de l'apôtre, puisque les lettres étaient considérées comme un substitut à la conversation personnelle en face à face. Mutatis mutandis, on peut dire la même chose d'autres cas proposés de pseudonymat dans le NT : ceux qui se considéraient à l'école de Jacques (de Jérusalem) ou de Pierre ont pu écrire des lettres au nom de leur autorité.
La justification de ce type de pseudépigraphie se trouve dans l'AT. Les livres de loi écrits 700 ou 800 ans après l'époque de Moïse ont été rédigés en son nom puisqu'il était le grand législateur. Les psaumes (même ceux dont les titres les attribuent à d'autres) ont été rassemblés dans un psautier davidique, car David était réputé pour être un compositeur de psaumes ou de chants. Un livre comme La Sagesse, écrit en grec vers 100 av. JC, était attribué à Salomon, qui avait vécu 800 ans auparavant, car il était le sage par excellence. Les prophètes de l'école d'Isaïe ont continué à écrire 200 ans après la mort du prophète et ont vu leurs compositions incluses dans le livre d'Isaïe. Les apocalypses, tant canoniques que non canoniques, avaient tendance à invoquer le nom de personnages célèbres du passé (Daniel, Baruch, Hénoch, Esdras) en tant que voyants des visions racontées, longtemps après leur mort. Dans les siècles qui ont précédé et suivi l'époque de Jésus, la pseudépigraphie semble avoir été particulièrement fréquente, même dans les oeuvres juives de nature non apocalyptique : la Prière de Nabonide, les Odes de Salomon, les Psaumes de Salomon.
- Problèmes liés au pseudonymat
Aussi vrai que tout cela puisse être, lorsque nous posons le caractère pseudonyme des œuvres du NT, des difficultés subsistent qui ne doivent pas être négligées. Contrairement à l’AT où des siècles séparent l’œuvre pseudonyme de l’autorité revendiquée, les œuvres pauliniennes pseudonymes ont été écrites quelques années après la vie de Paul. Nous parlons de disciples de Paul ou d'adhérents à l'école de pensée paulinienne comme d'écrivains pseudonymes, mais nous ne connaissons pas leur identité précise. Dans quelle mesure fallait-il être proche du Paul historique pour écrire en son nom ? Parfois, s'agissait-il simplement de connaître les écrits de Paul et d'utiliser une lettre antérieure comme base pour une composition ultérieure ? Certains chercheurs datent les Pastorales de 125 ap. JC ou plus tard, alors que Paul serait mort depuis un demi-siècle ou trois quarts de siècle. Combien de temps après la mort du maître pouvait-on encore revendiquer l'autorité d'écrire en son nom, surtout lorsque d'autres écrivains chrétiens de la génération postapostolique écrivaient en leur propre nom ? En quoi les œuvres canoniques sous pseudonyme diffèrent-elles des apocryphes écrits au nom de personnages du NT mais rejetés par l'église comme non canoniques ?
Le public (l'Église) auquel on s'adresse doit-il être considéré comme historique ? Par exemple, s'il s'agit d'un pseudonyme, 2 Th a-t-il été écrit à l'église de Thessalonique comme 1 Th, ou l'auteur a-t-il simplement copié cette adresse puisqu'il utilisait 1 Th comme guide pour son motif ? Comment, au 1er siècle, un public plus large aurait-il reçu une lettre apparemment adressée aux problèmes de l'église de Thessalonique ? Le public qui a d'abord reçu une lettre pseudonyme savait-il qu'elle était en fait écrite par un autre au nom de Paul ? L'autorité de la lettre aurait-elle été diminuée si cela avait été connu ? L'auteur pensait-il que cette connaissance faisait une différence ? (2 P fait de l'identité apostolique de l'auteur une importance clé, par exemple, 1, 16) L'église postérieure aurait-elle accepté ces lettres dans le canon si elle avait su qu'elles étaient pseudonymes ? Le pourcentage de l'opinion savante soutenant que l'auteur n'était pas le prétendant varie pour chaque œuvre, et il reste donc l'obligation de poser et de répondre à la question : quelle différence une décision sur la question de la pseudépigraphie fait-elle dans la façon dont cette lettre/épître est comprise ?
Quels sont les critères permettant de déterminer l'authenticité et le pseudonymat ? Ils comprennent les données internes, le format, le style, le vocabulaire, et la pensée/théologie. Prenons comme critère 2 Th qu'il est temps d'analyser dans le prochain chapitre.
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Prochain chapitre: 26. Deuxième lettre aux Thessaloniciens
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