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À certains égards, c'est la lettre paulinienne la plus attrayante, reflétant plus manifestement que toute autre l'affection chaleureuse de l'apôtre pour ses frères et sœurs en Christ. En effet, la lettre aux Philippines a été classée comme un exemple de la rhétorique de l'amitié. Elle contient l'une des descriptions du NT les plus connues et les plus appréciées de la gratuité du Christ : celui qui s'est vidé de lui-même et a pris la forme d'un serviteur, jusqu'à la mort sur une croix. Néanmoins, Philippiens est en proie à des difficultés très discutées. Nous ne pouvons pas être certains de l'endroit où se trouvait Paul lorsqu'il l'a écrit et donc de la date de sa composition. De plus, nous ne sommes pas certains de son unité, car certains diviseraient le document actuel en deux ou trois lettres initialement distinctes. Mais discutons de la lettre telle qu'elle se présente aujourd'hui avant d'aborder de tels débats.
Résumé des informations de base
- Date : Vers l’an 56 si c'est à partir d'Éphèse. (Ou 61-63 de Rome, ou 58-60 de Césarée)
- Adressée à : Les chrétiens de Philippes, une colonie romaine (Actes 17, 12) où les vétérans de l'armée se voyaient attribuer des biens après les batailles des guerres civiles (42 av. JC), et comme Thessalonique (plus à l'ouest), une importante ville commerciale sur la Via Egnatia. Évangélisée par Paul vers l’an 50 lors de son « deuxième voyage missionnaire »
- Authenticité : Non sérieusement contestée.
- Unité : Les études sont à peu près également partagées : L'idée que deux ou trois lettres ont été combinées pour former la lettre aux Philippiens est largement suggérée, mais il est possible de présenter des arguments respectables en faveur de l'unité.
- Intégrité : Aujourd'hui, aucune théorie majeure d'interpolations. Dans le passé, interpolations proposées pour des raisons théologiques : « évêques et diacres » (1, 1), ou l'hymne christologique (2, 6-11).
- Division formelle selon la structure d’une lettre (de la lettre existante, unifiée) :
- Formule d'ouverture : 1, 1-2
- Action de grâce : 1, 3-11
- Corps : 1, 12 - 4, 20 : Mélange de la situation de Paul en prison ; exhortations, mise en garde contre les faux enseignants, gratitude envers les Philippiens
- Formule de conclusion : 4, 21-23.
- Division selon le contenu :
| 1, 1-11 | Adresse/salutation et action de grâce |
| 1, 12-26 | La situation de Paul en prison et son attitude face à la mort |
| 1, 27 - 2, 16 | Exhortation basée sur l'exemple du Christ (hymne christologique) |
| 2, 17 - 3, la | L'intérêt de Paul pour les Philippiens et ses projets de mission auprès d'eux. |
| 3, 1b - 4, 1 | Mise en garde contre les faux enseignants ; le comportement de Paul lui-même (une lettre séparée ?) |
| 4, 2-9 | Exhortation à Évodie et Syntychè |
| 4, 10-20 | La situation de Paul et les dons généreux des Philippiens |
| 4, 21-23 | Salutation finale, bénédiction. |
- L’arrière-plan
Rappelons que Paul a traversé par la mer avec Silas et Timothée de la province d'Asie (Asie Mineure ou Turquie actuelle) à la Macédoine (Europe, Grèce du Nord actuelle) en l’an 50-51. Passant par l'île montagneuse de Samothrace, ils débarquent dans le port de Néapolis, où la grande route romaine traversant la Macédoine, la Via Egnatia, donne un accès descendant vers la mer. Il est douteux qu'une si longue autoroute ait toujours été bien entretenue en ces premiers temps impériaux, de sorte que Philippes, à cheval sur l'Egnatia, à quelque 16 kilomètres à l'intérieur des terres, dépendait fortement du commerce remontant la courte route d'accès depuis la Méditerranée. Ce site, où les missionnaires se sont immédiatement rendus, était une grande ville romaine, où un siècle auparavant (42 av. JC) Marc-Antoine et Octave (Auguste) avaient vaincu Brutus et Cassius, les assassins de Jules César, et avaient installé les vétérans des armées victorieuses. C'est là que Paul proclame l'Évangile et fonde sa première Église en Europe (Ac 16, 11-15; Ph 4,15). Un hommage à cette fondation est rendu presque un siècle plus tard par Polycarpe, qui (Philippiens 1, 2) parle de la foi solidement enracinée des Philippiens, célèbre dans le passé et toujours florissante.
En lisant Actes 16, on a l'impression d'un séjour relativement bref et d'un certain succès parmi les Juifs et les Gentils, malgré le harcèlement civique. Au début (16, 13-15), près d'un ruisseau situé à l'extérieur de la porte de la ville, Lydie, une marchande de Thyatire qui vendait des marchandises pourpres et qui était attirée par le judaïsme (« un adorateur de Dieu »), a été baptisée avec sa famille et a offert sa maison pour que Paul puisse y séjourner. Cette histoire semble refléter fidèlement les réalités sociales de Philippes, et en particulier la place prépondérante occupée par les femmes. On peut en trouver une confirmation en Ph 4, 2, lorsque Paul mentionne deux femmes, Évodie et Syntychè, qui se chamaillent maintenant, mais qui avaient été ses collaboratrices pour l'évangélisation. Leurs noms, ainsi que ceux d'Épaphrodite et de Clément en 2, 25 ; 4, 3, suggèrent qu'il y avait un fort pourcentage de païens parmi les chrétiens de Philippes.
D'autres conversions à Philippes sont relatées en Ac 16, 16-40. Le fait que Paul ait chassé l'esprit chez une esclave diseuse de bonne aventure a amené les propriétaires à le traîner, ainsi que Silas, devant les magistrats locaux comme des Juifs gênants. Il n'est pas étonnant que Paul ait décrit son séjour à Philippes comme une période « où nous avons souffert et où nous avons été honteusement traités » (1 Th 2, 2). Pourtant, bien qu'ils aient été dépouillés, battus et emprisonnés, lorsqu'un tremblement de terre a fait s'ouvrir les portes de la prison, Paul et Silas ont refusé de s'échapper - un geste qui a conduit à la conversion du geôlier et de sa famille. Finalement, les magistrats se sont excusés d'avoir maltraité des citoyens romains, mais leur ont demandé de partir, et ils ont donc pris la route vers l'ouest, le long de la Via Egnatia, en direction de Thessalonique. Dans ce contexte, examinons cette lettre adressée à « tous les saints en Jésus-Christ qui sont à Philippes, avec les évêques et les diacres » (1, 1).
- Analyse générale du message
Ceux qui ont été convertis à Philippes par Paul ont conclu avec lui un partenariat unique (1, 5) qui a duré depuis le moment où il est parti pour Thessalonique (à laquelle ils ont envoyé des dons à plusieurs reprises (Ph 4, 15-16; voir aussi 2 Co 11, 9) jusqu'à ce moment précis où il écrit de la prison. Le fait qu'ils aient envoyé Épaphrodite chez Paul a été une nouvelle preuve de cette fidélité ; et maintenant, parce qu'il s'inquiète de la santé de ce précieux collaborateur, Paul l'a renvoyé (4, 18 ; 2, 25-26). Un fort lien d'amitié colore cette lettre qui exprime la gratitude de Paul et tient les Philippiens informés ; en effet, l'attrait humain de l'homme Paul se révèle dans leur fidélité. On ne peut pas rejeter comme une simple lettre ses paroles émouvantes aux Philippiens, écrites dans un contexte qui l'a mis face à la possibilité de sa propre mort : « Je vous serre dans mon cœur » (1, 7) ; « Dieu m'en est témoin, je vous désire tous avec l'affection de Jésus-Christ » (1, 8) ; « Mes frères (et sœurs) bien-aimés et désirés, ma joie et ma couronne » (4, 1). Outre la forte attestation de gratitude et d'amitié, qui peut être considérée comme la motivation principale de la lettre, il y a des indications importantes sur les perspectives de Paul depuis la prison et la situation à Philippes qui doivent être prises en considération.
- Les perspectives de Paul depuis la prison
- Premièrement, il n'est pas découragé malgré ce qu'il souffre. Son emprisonnement, bien que rendu difficile par l'accusation légale et les gardes, fait avancer l'évangile puisqu'il est clair qu'il souffre pour le Christ (1, 12-13 ; 3, 8) ; et d'autres ont été encouragés par son exemple à prêcher sans crainte (1, 14). Malheureusement, certains le font dans un esprit de rivalité afin de surpasser Paul (1, 15), et il montre son mépris pour une telle compétition à la fois dans Ph 1, 18 et dans les textes plus ou moins contemporains de 1 Co 1, 13 et 3, 5-9. Les prédicateurs n'ont pas d'importance ; la seule chose qui compte est que le Christ soit prêché.
- Deuxièmement, la réflexion sur la mort est provoquée par la situation actuelle de Paul, comme en témoignent à la fois Philippiens et la correspondance corinthienne. Plus tôt, en 1 Th 4, 17, Paul a utilisé le langage de : « Nous, les vivants » lors de la venue du Christ. S'il ne s'agit pas d'un simple « nous » rédactionnel, Paul s'attendait à survivre jusqu'à la parousie. Mais en Ph 1, 20-26, il se débat avec la possibilité de mourir (voir aussi 2 Co 5, 1-10), essayant de décider si l'accès immédiat au Christ qu'offre la mort est préférable à la poursuite du ministère d'annonce du Christ. En Ph 3,10-11, Paul parle de partager les souffrances du Christ « afin de parvenir d'une manière ou d'une autre à la résurrection d'entre les morts » - envisage-t-il le martyre ?
- La situation à Philippes
Paul veut que les chrétiens de Philippes soient irréprochables, qu'ils brillent comme des lumières au milieu d'une génération tortueuse et perverse et qu'ils s'attachent à la parole de vie, afin qu'il sache qu'il n'a pas couru en vain (Ph 2, 14-16). Paul souhaite entendre qu'ils restent fermes dans un même esprit, s'efforçant d'une même pensée pour la foi de l'Évangile (1, 27 ; 2, 1). Pourtant, il y en a qui troublent l'église de Philippes. Combien de groupes Paul a-t-il à l'esprit ? Au moins trois attitudes distinctes sont réprimandées dans le texte.
- Premièrement, il y a des dissensions internes à Philippes, même parmi ceux qui, comme Évodie et Syntychè, avaient travaillé côte à côte avec Paul (4, 2-3). La cause de ces dissensions n'est pas claire, mais étant donné la nature humaine, elle reflète probablement la vanité et le manque d'humilité que Paul condamne (voir 2, 2-4). En effet, c'est contre la vanité et la recherche de son propre intérêt que Paul présente le Christ comme un exemple de don de soi dans l'hymne christologique de 2, 5-11.
- Deuxièmement, en dehors des adhérents qui se chamaillaient et qui avaient travaillé avec Paul, il y a une opposition extérieure aux chrétiens de Philippes qui les fait souffrir (1, 28-29). Apparemment, il s'agit de la poursuite du type de harcèlement dont Paul lui-même a fait l'objet lors de sa première visite et qu'il a également rencontré à Éphèse (1, 30 ; Ac 19, 23 - 20, 1), à savoir des gens qui se plaignent de l'enseignement étrange des chrétiens parce qu'il ne reconnaît pas les dieux, et qui font appel aux autorités locales pour les arrêter ou les expulser. On ne peut rien faire contre une telle injustice, mais Dieu vaincra.
- Troisièmement, il y a les ouvriers du mal (3, 2-3) que Paul appelle des chiens, et dont les Philippiens devraient se méfier. Ils mutilent la chair, apparemment par la circoncision ; et les croyants en Jésus qui adorent dans l'esprit ne devraient accorder aucune foi à une telle insistance sur la chair. Paul peut réfuter ces adversaires en décrivant ses propres références juives impeccables - même s'il considère tout cela comme une perte par rapport au gain suprême que représente la connaissance de Jésus-Christ le Seigneur (3, 4-11). Nous ne sommes pas loin ici de l'attaque de Paul, dans la lettre à peu près contemporaine aux Galates, contre ceux qui insistaient sur la circoncision, à savoir les Juifs chrétiens. Certains pensent que le passage de Philipiens est un avertissement général au cas où de telles personnes se présenteraient ; en effet, si elles étaient déjà à l'œuvre à Philippes, Paul leur aurait consacré une plus grande partie de la lettre. Ou encore, il se peut qu'ils commencent tout juste à apparaître en petit nombre à Philippes, alors qu'en Galatie ils avaient un grand succès.
Ce qui complique le diagnostic ultérieur de ce troisième groupe d'adversaires est la tendance des spécialistes à interpréter d'autres parties du chap. 3 comme se référant à eux. Pour bien interpréter ce chapitre, il faut percevoir le parallèle avec le chap. 2. En effet, tout comme Paul a demandé aux Philippiens d'avoir l'esprit du Christ (2, 5), il peut leur dire : « Joignez-vous à moi pour m'imiter » (3, 17). À l'instar du Christ, qui était à l'image de Dieu, mais qui s'est dépouillé de lui-même et a pris la forme d'un serviteur, Paul, qui avait autrefois confiance en ses origines charnelles d'Israélite circoncis et de pharisien irréprochable, a considéré tout cela comme des déchets pour l'amour du Christ (3, 4-9). Et de même que le Christ s'est élevé, de même Paul, qui souligne qu'il n'est pas déjà parfait, s'élève vers Dieu dans le Christ Jésus (3, 12-14). Si l'on accepte un tel parallélisme, que peut-on diagnostiquer du chap. 3 sur les adversaires ?
La reconnaissance de l'imperfection par Paul suffit-elle à justifier la théorie selon laquelle les adversaires avaient des penchants gnostiques, se prétendant parfaits et professant une eschatologie radicalement réalisée dans laquelle le Christ était déjà venu ? En 3, 18-19, Paul réitère un avertissement donné dans le passé au sujet de ceux qui vivent en ennemis de la croix du Christ, faisant du ventre leur dieu, se glorifiant de leur honte et fixant leur attention sur les choses terrestres. Ces personnes sont-elles les mêmes que les ouvriers du mal judaïsants de 3, 2-3, décrits maintenant comme mettant l'accent sur les lois alimentaires mosaïques et se glorifiant de l'organe masculin circoncis? Ou s'agit-il d'une condamnation plus générale des libertins basée sur les inévitables désirs humains sans entrave - une accusation commune et pas nécessairement spécifique ? Ou même une condamnation des libertins à Éphèse, d'où il écrit et où il s'est battu avec des « bêtes sauvages » (1 Co 15, 32). Notre incapacité à répondre à ces questions au sujet de 3, 12 et 3, 18-19 nous met en garde contre le fait de compliquer la condamnation plus claire en 3, 2-3 des adversaires qui tenteraient de mettre l'accent sur la circoncision et de confondre les Philippiens. Cependant, étant donné que la majeure partie de ce que Paul dit de lui-même et de ses perspectives au chap. 3 aurait sa valeur quels que soient l'identité et la distinction des adversaires, et que la description de ces adversaires concerne relativement peu de versets, une décision à leur sujet n'est pas essentielle pour lire Philippiens intelligemment.
- Les hymnes dans les lettres du NT et l'hymne christologique de 2, 5-11
- Hymnes dans les lettres du NT
Bien qu’on fasse référence à des chrétiens qui chantent « des psaumes, des hymnes et des chants inspirés », le NT ne contient pas de recueil d'hymnes semblable au Livre des Psaumes de l'AT, aux Hodayot (1QH) des manuscrits de la Mer Morte ou aux Psaumes de Salomon (des Pharisiens). Les cantiques et les hymnes chrétiens du 1ier siècle sont plutôt incorporés dans des écrits plus importants d'un autre genre, par exemple un évangile, une lettre, une vision apocalyptique. Parfois, l'hymne ou le chant du NT est clairement désigné, comme dans le chant céleste d'Ap 4, 8.10-11 ; 5, 9. Les cantiques des récits d'enfance lucaniens, bien qu'ils ne soient pas désignés comme des chants, se distinguent du texte environnant comme des oracles ou des louanges. Le prologue johannique, par sa situation même au début de l'évangile, est à part. Un plus grand problème est présenté par la proposition selon laquelle il y a des hymnes tissés dans le cœur des lettres et détectables seulement par une investigation érudite. Le plus souvent, rien dans le contexte n'indique qu'un hymne est introduit et cité, bien que parfois la transition vers l'hymne incorporé soit maladroite. Parmi les critères permettant de détecter un hymne, les suivants ont été suggérés :
- Le milieu cultuel, par exemple, un cadre baptismal proposé pour Ep 5, 14 ; et les hymnes de 1 Pierre.
- Les formules d'introduction, par exemple « C’est pourquoi l’on dit » en Ep 5, 14 ; « Nous confessons » en 1 Tm 3, 16 ; ou dans le cas des hymnes christologiques, une clause introduite par un pronom relatif, « Celui qui... » (Ph 2, 6 ; Col 1, 15 ; 1 Tm 4, 16), prolongée par des connecteurs causaux.
- Le style rythmique, les modèles parallèles, les lignes ou les strophes de longueur égale, par exemple la série de six verbes passifs aoristes en 1 Tm 3, 16 ; les descriptions parallèles du Fils de Dieu en Col 1, 15-16 et 1, 18b-19. Il ne s'agit pas de poésie rimée ; en fait, certains plaideraient pour des hymnes en prose.
- Vocabulaire différent de celui habituellement utilisé par l'auteur épistolaire - uniquement applicable si l'auteur n'a pas composé l'hymne. De même, une syntaxe distincte est souvent trouvée, par exemple, en évitant les conjonctions (donc, parataxe).
- Les hymnes ne sont pas un critère mais sont souvent caractéristiques d'une christologie élevée, par exemple, la description du Verbe comme Dieu en Jean 1, 1 ; ou du Fils comme celui en qui, pour qui et par qui tout a été créé (Col 1, 16) ; ou du Christ Jésus comme celui qui a reçu le nom au-dessus de tout autre nom (Ph 2, 9). Parmi les thèmes dominants de la christologie figurent la création, la lutte contre le mal qui conduit à la restauration, et la mort de Jésus qui conduit à la résurrection (exaltation, intronisation). Le Ps 110, 1, « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : "Assieds-toi à ma droite" » est un motif dans un certain nombre d'hymnes (Rm 8, 34 ; Ep 1, 20-22 ; 1 P 3, 22), probablement selon le principe que les psaumes de l'AT peuvent être considérés comme adressés au Christ (He 1, 5.8.13). Certains des hymnes adressés au Christ sont similaires aux hymnes à Dieu. Col 3, 16 relie les psaumes et les hymnes à l'enseignement de la parole du Christ, et ils sont donc devenus les premiers véhicules d'un évangile christologique.
- Une autre caractéristique est l'ajout rédactionnel libre de clauses ou de phrases explicatives aux hymnes traditionnels pour les appliquer plus directement au thème de l'auteur.
Les critères ne sont pas faciles à appliquer et, par conséquent, la détection des hymnes est une « science » inexacte. En outre, la ligne de démarcation entre les hymnes et les formules confessionnelles (par exemple, 1 Co 15, 3-8) ou les doxologies (par exemple, 1 Tm 6, 15-16) n'est pas claire. Ce qui suit est une liste d'hymnes souvent détectés par les spécialistes dans les lettres du NT (les estimations des spécialistes vont de cinq à trente) ; elle ne prétend pas être complète, et ceux qui sont marqués d'un astérisque sont ceux qui font le plus consensus :
| Lettres non contestées | Lettres contestées | Autres écrits |
| Ph 2, 6-11* | Col 1, 15-20* | He 1, 3 |
| 1 Co 13 | Ep 1, 3-14* | 1 P 1, 3-5 |
| Rm 3, 24-26 | Ep 1, 20-23 | 1 P 1, 18-21 |
| Rm 6, 1-11 | Ep 2, 14-18 (22) | 1 P 2, 21-25 |
| Rm 8, 31-39 | Ep 5, 14* | 1 P 3, 18-22 |
| Rm 11, 33-36 | Tite 3, 4-7 | |
| | 1 Tm 3, 16* | |
| | 2 Tm 2, 11-13* | |
Diverses origines ont été suggérées pour la formation de ces hymnes. Parmi les parallèles païens suggérés, on trouve les Hymnes orphiques (du 5e au 4e siècle avant JC), l'Hymne d'Isis de Cyme (2e siècle avant JC), et la Liturgie de Mithra. L'arrière-plan juif est fourni par les poèmes de sagesse personnifiée de l'AT (par exemple, Proverbes 1, 20-33; 8-9 ; Siracide 24 ; Sagesse 7, 22 et suivants ; Baruch 3, 9 et suivants) où, avant la création du monde, la Sagesse est créée par Dieu ou en provient, puis descend pour habiter parmi les êtres humains et leur offrir la nourriture et la boisson de la connaissance de Dieu. Ce portrait de la Sagesse a été un élément majeur dans la formation de la christologie du NT.
- L'hymne christologique de 2, 5-11
5 Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus Christ :
6 lui qui ayant la forme de Dieu
n'a pas considéré qu'être égal à Dieu était une proie à saisir.
7 Mais il s’est dépouillé,
prenant la forme d’un serviteur,
devenant semblable aux hommes,
et, reconnu à son aspect comme un homme,
8 il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort,
à la mort sur une croix.
9 C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé
et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom,
10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse,
dans les cieux, sur la terre et sous la terre,
11 et que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus Christ,
à la gloire de Dieu le Père.
Cette description du Christ comme un serviteur à imiter est le passage le plus célèbre de l'épître aux Philippiens (et même parmi les lignes les plus mémorables jamais écrites par l'apôtre). Les points suivants méritent d'être mentionnés afin de familiariser les lecteurs avec ces questions :
- La plupart des gens pensent que Paul a transcrit ces lignes, mais ne les a pas créées ; il s'agit probablement d'un hymne pré-paulinien que les Philippiens connaissaient et que Paul leur a peut-être enseigné lors de sa première visite;
- La structure de l'hymne fait l'objet de débats, par exemple six strophes de trois lignes chacune, ou trois strophes de quatre lignes chacune. Dans son flux théologique, l'hymne est bipartite, avec le thème de l'abaissement/humiliation en 2, 6-8 et celui de l'exaltation en 2, 9-11.
- Les propositions concernant l'arrière-plan de l'hymne comprennent : des réflexions gnostiques sur l'homme primitif ; le traité Poimandrès dans la littérature hermétique; l'histoire d'Adam dans la Genèse et les spéculations sur un second Adam ; l'imagerie du Serviteur souffrant dans le deutéroIsaïe ; la figure personnifiée de la Sagesse divine dans le judaïsme postexilique. La relation avec l'AT est claire ; les autres références proposées ne le sont pas.
- Le débat porte également sur la question de savoir si l'hymne a été composé à l'origine en grec, probablement dans le cadre de la mission d'évangélisation des Juifs de langue grecque, ou en araméen dans le cadre de l'entreprise missionnaire palestinienne. On peut plaider en faveur de cette dernière hypothèse et de la possibilité que Paul ait appris l'hymne à la fin des années 30, dans les premières années qui ont suivi sa conversion.
- La controverse sur l'orientation précise de la christologie est centrée sur 2, 6-7 : le Christ Jésus « qui, ayant la forme de Dieu, n'a pas considéré qu'être égal à Dieu était un harpagmon (une chose à laquelle on peut s'accrocher ou qu’on veut saisir), mais il s'est dépouillé lui-même en prenant la forme d'un serviteur, en devenant (ou en naissant) semblable aux hommes ». Est-ce que « ayant la forme de Dieu » est la même chose qu’être l’égal de Dieu et donc être un être incréé comme dans le Prologue de Jean (« Le Verbe était Dieu »), ou cela signifie-t-il être à l'image/la ressemblance de Dieu (comme en Gn 1, 27 : « Dieu créa Adam à son image ») et donc inférieur à l'égalité avec Dieu ? De même, le Christ Jésus était-il déjà égal à Dieu, mais il ne s'y est pas accroché, ou lui a-t-on offert la possibilité de devenir égal à Dieu, mais il ne l'a pas saisie (comme l'a fait Adam lorsqu'il a été tenté par le serpent en Gn 3, 5 : « Vous serez comme des dieux ») ? Le mouvement de l'hymne part-il du fait que le Christ était d'abord sous la forme de Dieu (c'est-à-dire égal à Dieu) pour devenir ensuite humain et prendre ainsi la forme d'un serviteur ? Ou bien l'hymne commence-t-il avec le Christ qui est simultanément dans la forme (image) de Dieu (ce qui n'est pas la même chose qu'être égal à Dieu) et humain sous la forme d'un serviteur, et le mouvement consiste-t-il à accepter la forme d'un serviteur plutôt que de chercher à devenir égal à Dieu ? En d'autres termes, l'hymne pose-t-il l'incarnation d'une figure divine, comme le fait le Prologue johannique, ou s'agit-il d'un jeu sur deux figures d'Adam (c'est-à-dire des modèles archétypaux humains) : l'Adam de Gn qui était à l'image de Dieu mais qui, en essayant de s'élever, s'est abaissé par son péché ; et le Christ qui était à l'image de Dieu mais qui, en choisissant humblement de s'abaisser, a finalement été exalté en recevant le nom divin (2, 9-11) ? Si l'hymne exprime l’incarnation et a été rédigé en araméen dans les années 30, le type le plus élevé de christologie du NT a été articulé très tôt.
- Bien que l'hymne soit en soi christologique, le contexte parénétique est sotériologique, c'est-à-dire qu'il exhorte les destinataires, pour leur propre salut, à suivre le Christ exalté. Plutôt que de rechercher leurs propres intérêts et de chercher à s’élever (2, 3-4), les Philippiens doivent avoir l'esprit d'un Christ qui a montré que le chemin vers Dieu ne passe pas par la recherche d'une place plus élevée sur l'échelle de la vie (« mobilité ascendante ») mais par l'obéissance humble à Dieu, jusqu'à la mort sur une croix.
- Lettre envoyée d'où et quand ?
Nous glanons dans la lettre aux Philippiens elle-même les éléments suivants, indicatifs de la situation de Paul lorsqu'il a écrit la lettre :
- Il était en prison (1, 7.13.17).
- Là où il était emprisonné, il y avait des membres de la garde prétorienne (1, 13), ainsi que des chrétiens parmi « la maison de César » (4, 22).
- Paul mentionne la possibilité qu'il puisse mourir (1, 19-21 ; 2, 17) : De manière imminente comme une condamnation culminant avec son emprisonnement ? Ou comme le destin toujours possible d'un missionnaire ?
- Pourtant, il espère aussi être délivré (1, 24-25 ; 2, 25).
- Timothée était avec Paul (1, 1 ; 2, 19-23).
- Des chrétiens aux motivations différentes dans ce domaine, certains envieux de Paul, ont été enhardis à proclamer la parole de Dieu (1, 14-18).
- Il y a eu de fréquents contacts entre Paul et les Philippiens par l'intermédiaire de messagers :
- Les Philippiens ont appris la nouvelle de l'emprisonnement de Paul ;
- ils ont envoyé Épaphrodite avec un cadeau (4,15) ; mais, étant resté avec Paul, il est tombé malade, jusqu'à l’article de la mort (2, 26.30) ;
- les Philippiens ont appris la maladie d'Épaphrodite ;
- Épaphrodite a appris que cette nouvelle affligeait les Philippiens ;
- Paul a renvoyé ou renvoie maintenant Épaphrodite à Philippes (2, 25-30) ;
- Paul espère envoyer Timothée bientôt (2, 19-23), et même venir lui-même (2, 24).
Il faut donc poser la question : quels sites de la carrière connue de Paul correspondraient à ces détails ?
- Césarée (58-60)
Après l'arrestation de Paul à Jérusalem, Ac 23, 33 – 26, 32 décrit comment Paul a été emmené à Césarée pour être jugé devant Félix, puis emprisonné, et laissé là pendant deux ans jusqu'à ce que le nouveau procurateur, Festus, l'examine et l'envoie à Rome. Les détails 1), 2), 2), 4) ci-dessus pourraient correspondre à cette situation, en particulier vers l’an 60, lorsque Félix est arrivé et a donné à Paul l'espoir d'être libéré. Quant à 5), Timothée est partit pour Jérusalem avec Paul et alla jusqu'à Troas (Ac 20, 4-5), mais nous n'entendons plus parler de lui dans les Actes. Doit-on penser qu'il s'est rendu à Jérusalem et à Césarée et qu'il est resté avec Paul pendant ces deux années ? Et, concernant 6), l'emprisonnement de Paul a-t-il suscité une activité évangélique rivale parmi les chrétiens de Césarée dont nous avons entendu parler plus tôt en Ac 21, 8-14, même si tous semblaient favorables à Paul ? La plus grande difficulté concerne 7). Philippes se trouve à quelque 1 500 ou 1 600 kilomètres de Césarée par la route maritime (qui ne serait pas toujours praticable) et à bien plus de 1 600 kilomètres par la très difficile route terrestre. Tous ces allers-retours entre Césarée et Philippes sont-ils plausibles ?
- Rome (61-63)
Ac 28, 16.30 rapporte que Paul, après avoir été amené à Rome, est resté assigné à résidence (seul, avec un soldat pour le garder) pendant deux ans à ses propres frais, et a été autorisé à prêcher sans entrave. Comme pour Césarée, les détails 1), 2), 3), 4) pourraient convenir à Rome ; en fait, 2) pourrait mieux convenir à Rome. Pour ce qui est de 5), rien dans les Actes ne prouve que Timothée était avec Paul à Rome en 61-63, et la distance entre la dernière mention de lui (à Troas) et le moment où il a été mentionné est plus grande; mais 6) est plus facilement réalisable à Rome, puisque dans les Actes, la prédication de Paul est mentionnée et que nous savons par Rm 14 et 16, 17-18 que les chrétiens de cette ville avaient des opinions différentes. Là encore, la plus grande difficulté concerne 7). De Rome à Philippes, la route terrestre vers le sud-est, le long de la Via Appia jusqu'à Brundisium, la traversée de l'Adriatique en bateau jusqu'en Macédoine, et la Via Egnatia jusqu'à Philippes, représenterait un peu plus de 1 125 kilomètres ; et un voyage maritime le long de la côte ouest de l'Italie, à travers l'Adriatique, avec débarquement et réembarquement à l'isthme de Corinthe, et le long de la côte est de la Grèce (une route qui aurait pu être suivie si les émissaires avaient voulu visiter l'église paulinienne à Corinthe) représenterait plus de 1 400 kilomètres. Bien que les distances soient plus courtes que celles de l'hypothèse de Césarée, elles constituent tout de même un formidable obstacle à la fréquence des voyages nécessaires pour expliquer les témoignages de la lettre.
- Ephèse (54-56)
Ici, le point 1) pose problème, car nous n'avons aucune preuve précise que Paul était en prison à Éphèse. Pourtant, pendant son séjour de trois ans dans cette ville, Actes 19, 23-41 mentionne un tumulte au cours duquel les compagnons de Paul ont été traînés devant les magistrats, et Paul lui-même parle d'avoir combattu des « bêtes sauvages » à Éphèse dans un contexte qui menaçait sa vie (1 Cor 15, 32) et d'avoir presque reçu une condamnation à mort pendant son séjour en Asie (2 Co 1, 8-10). De même, en 2 Co 6, 5 et 11, 23 (écrits avant son emprisonnement à Césarée et à Rome), Paul dit avoir déjà subi de nombreux emprisonnements. Ainsi, l'emprisonnement à Éphèse est une possibilité distincte, et alors 2), 3), 4) et 6) ne présenteraient aucune difficulté. Quant à 5), il est certain que Timothée était avec Paul à Éphèse (1 Co 4, 17 ; 16, 10 ; Ac 19, 22) ; de plus, les détails de 7) correspondent mieux à Éphèse qu'à Césarée ou à Rome. D'Éphèse à Philippes, un voyage direct par mer, ou par voie terrestre jusqu'à Troas puis par mer, ne représenterait qu'environ 650 kilomètres et prendrait sept à neuf jours. De plus, les références à Timothée que nous venons de citer montrent que Paul a envoyé des émissaires en Macédoine lorsqu'il était à Éphèse. Une objection à la théorie d'Éphèse est que 1 Corinthiens, envoyé de là, mentionne une collecte à faire pour l'Église de Jérusalem dans tout le territoire missionnaire de Paul, et que la lettre aux Philippiens ne le fait pas. Mais Galates (ou Philémon) ne le fait pas non plus, alors qu'il est plausible que la lettre ait été écrite à Éphèse, même si la collecte devait être faite dans la région de Galatie (1 Co 16, 1). Le séjour de Paul à Éphèse et son voyage ultérieur à Corinthe (d'où il se rendra à Jérusalem) couvrent une période de quatre ans. Rassembler et apporter une collecte à Jérusalem n'aurait pas été une question d'urgence pendant toute cette période, surtout si pendant ce temps il était en prison à Éphèse et risquait de mourir (évidemment sans se rendre à Jérusalem). La collecte est devenue plus urgente vers la fin de la période d'Éphèse, lorsque Paul a été libéré de prison et qu'il a pu planifier ses voyages, puis lorsqu'il a quitté Éphèse et qu'il a traversé la Macédoine pour se rendre à Corinthe (voir 2 Co 8-9 ; Rm 15, 26-28 - les chrétiens de Macédoine ont alors apporté leur contribution). En fait, l'argument de la collecte joue en faveur d'Éphèse et d'une datation vers 55 : si la lettre aux Philippiens a été écrite à Césarée ou à Rome, cette collecte réussie aurait été de l'histoire ancienne ; pourquoi, alors, en racontant l'histoire de la générosité des Philippiens en Ph 4, 10-20, Paul ne mentionne-t-il pas leur contribution ? De plus, en 4, 14-16, Paul se souvient de ce qui semble avoir été sa première et unique visite à Philippes. S'il écrivait de Césarée ou de Rome, il serait allé à Philippes au moins trois fois.
Il n'y a aucun moyen de trancher cette question ; mais les meilleurs arguments semblent être du côté d'Éphèse, et les plus faibles du côté de Césarée.
- L'unité : Une lettre ou deux ou trois ?
Bien que l'unité de nombreuses lettres pauliniennes ait été remise en question par l'ingéniosité sans fin des chercheurs, seules deux d'entre elles sont restées l'objet d'un débat majeur : 2 Corinthiens et Philippiens. Quelles sont les preuves externes et internes qui font douter de l'unité de Philippiens ?
- Sur le plan externe, au milieu du 2e siècle, Polycarpe (Philippiens 3, 2) mentionne les « lettres » de Paul aux Philippiens. S'il est précis, cela pourrait faire référence à la lettre canonique et aux lettres perdues, ou à la lettre canonique et à 2 Thessaloniciens, ou à la forme originale de la correspondance canonique avant qu'un éditeur ne combine plusieurs lettres en une seule.
- Sur le plan interne, Ph 3, 1b (« Vous écrire les mêmes choses ne me dérange pas ») suggère que Paul aurait pu écrire auparavant aux Philippiens. Si tel est le cas, se référait-il à une lettre perdue ou à une section initialement indépendante de ce qui a été rassemblé sous le nom de Philippiens ? A la fin du chapitre 2 (v. 23-30), Paul fait allusion à ses projets de voyage, ce qu'il fait habituellement vers la fin de ses lettres ; et le « Enfin » du verset suivant (3, 1a) semble indiquer qu'il est sur le point de clore la lettre; pourtant deux chapitres suivent. Est-il logique que le renvoi d'Épaphrodite soit mentionné (2, 25-30) avant son arrivée pour apporter des cadeaux à Paul (4, 18) ? Certains pensent que (si 3:1b - 4, 3 était une insertion d'une autre lettre) 3:1a et 4:4 s'emboîteraient de manière unique et que les différents adversaires détectés dans Philippiens pourraient être attribués à des lettres différentes.
Quant aux lettres que l'on pense être combinées dans Philippiens, le dénominateur commun des différentes théories est que le chap. 3 constitue en tout ou en partie une lettre distincte :
- La théorie de deux lettres originales, par ex,
- 3, 1b – 4, 20 : Une lettre lorsque Paul a reçu le cadeau apporté par Épaphrodite
- 1, 1 – 3, 1a + 4, 21-23 : Une lettre après qu'Épaphrodite se soit remis de sa maladie.
- La théorie de trois lettres originales, par ex,
- 4, 10-20 : Une lettre accusant réception du cadeau reçu par Paul de la part des Philippiens ;
- 1, 1 – 3, 1a + 4, 4-7.21-23 : Une lettre qui invite à mener une vie digne, en se réjouissant dans le Seigneur ;
- 3, 1b – 4, 3 + 4, 8-9 : Une lettre corrective et polémique.
Il ne fait aucun doute que le corps des Philippiens (1, 12 - 4, 20) comporte un mélange de matériaux, où Paul passe d'une description autobiographique (sa position en prison et ses relations avec les Philippiens par l'intermédiaire d'Épaphrodite et de Timothée) à des exhortations et à des avertissements contre les faux enseignants. La division en deux ou trois lettres est en fait une tentative des spécialistes de réorganiser ce matériel de manière plus logique et cohérente. Pourtant, on ne peut trouver dans Philippiens deux ou trois formules d'ouverture et de conclusions distinctes, de sorte que si, à l'origine, il y avait plusieurs lettres, le compilateur les a abrégées. De plus, la logique qui l'a poussé à déplacer des segments (par exemple, 4, 8-9) et à combiner ces lettres dans la séquence irrégulière actuelle est loin d'être claire. L'unité est favorisée par le fait qu'il existe des mots pauliniens rares et une communauté d'idées partagée par les deux ou trois lettres proposées. Par conséquent, un nombre égal de biblistes continue à soutenir que la forme actuelle de Philippiens est la forme originale. On peut supposer qu'en prison, Paul a écrit dans un style spontané, communiquant ses remerciements pour les relations passées et les bontés présentes, ses exhortations et ses corrections au fur et à mesure qu'elles lui venaient à l'esprit, sans les reformuler dans une séquence totalement logique. Quoi qu'il en soit, ce débat ne doit pas préoccuper les lecteurs ordinaires qui, compte tenu de l'état très divisé de la recherche, sont plus avisés de lire la lettre dans son ordre actuel, en reconnaissant qu'elle reflète des relations sur une période de temps et que plus d'un danger peut être envisagé.
- Questions et problèmes pour la réflexion
- La question où on se demande si la lettre aux Philippiens représente une compilation à partir de deux ou trois lettres originales n'a pas une grande importance pour la plupart des lecteurs. Cette affirmation peut être vérifiée en étudiant l'une des théories de la compilation et en voyant si elle affecte le sens fondamental du texte.
- Il est intéressant d'examiner la manière dont l'hymne christologique est imprimé dans plusieurs traductions modernes du NT. Quel effet, le cas échéant, une décision concernant le nombre de strophes et les lignes attribuées à chacune a-t-elle une importance ?
- Paul semble beaucoup se révéler dans cette lettre aux Philippiens. D'après son contenu, quelles auraient été les forces de Paul en tant que pasteur par rapport à la communauté de Philippes ? Il est clairement polémique envers les ouvriers du mal en 3, 2 et suivants. Quelle est l'efficacité de ce qu'il dit pour les réfuter ? Si l'on admet qu'il n'est pas susceptible de les faire changer d'avis, dans quelle mesure son approche est-elle susceptible de protéger ou de corriger les Philippiens auxquels lui et eux s'adressent ?
- En raison de son emprisonnement, Paul réfléchit plusieurs fois dans cette lettre à sa relation avec le Christ et révèle ainsi sa propre « spiritualité ». Par exemple, Paul invite ses lecteurs à l'imiter (3, 17) et à imiter le Christ (2, 5). En effet, au début de la lettre, Paul se qualifie lui-même de serviteur du Christ pour se préparer à parler du Christ comme de celui qui a pris ou accepté « la forme d'un serviteur » en 2, 7. Remarquez que l'imitation n'est pas simplement une entreprise humaine (2, 13). Dans quelle mesure une telle imitation est réalisable après près de deux mille ans ?
- Dans la formule d'ouverture, Paul s'adresse aux saints de Philippes « avec les episkopoi (surveillants/évêques) et les diakonoi (ministres/diacres) ». La discussion de ces deux groupes de fonctionnaires a été colorée par les attitudes chrétiennes modernes envers les évêques. Pour éviter une présence aussi précoce d'évêques (dont on ne trouve aucune trace dans les autres lettres proto-pauliniennes), certains chercheurs ont écarté ces passages comme une interpolation ultérieure ou ont cherché à déceler le dédain de Paul pour ces dignitaires (en contraste implicite avec l'autodésignation de Paul et Timothée qui prétendent n'être que des « serviteurs » du Christ). De nos jours, de nombreux spécialistes mettent en garde contre le fait que les episkopoi de Philippes n'étaient pas les mêmes que les fonctionnaires de ce nom décrits à une époque ultérieure dans les Pastorales deutéro-pauliniennes. (Par exemple, étant donné que les episkopoi séculiers étaient des responsables financiers de groupes, Paul ne se serait-il adressé à ceux qui, à Philippes, ont aidé à collecter l'argent pour le soutenir) ? Cependant, rien d'autre n'est dit dans les Pastorales pauliniennes, et les déclarations des spécialistes sur ces personnages impliquent donc beaucoup de conjectures. Un exercice plus utile, en se servant des écrits pauliniens de la même époque, consiste à comparer les « surveillants » de Philippes à « ceux qui gouvernent [proïstamenoi] sur vous dans le Seigneur » en 1 Th 5, 12, aux « administrateurs » (kybernēseis) en 1 Cor 12, 28, et à « celui qui exhorte » (parakalōn) en Rm 12, 8. À cela s'ajoute ce que Ac 12, 17 ; 15, 2.4.6.22.23 ; 21, 18 rapportent au sujet de Jacques et des anciens/presbytres à Jérusalem. Il semble que les églises des années 50 étaient structurées, mais pas de la même manière ni avec des titres universellement utilisés.
- Après avoir réfléchi aux différents points de vue rapportés sur la christologie de l'hymne en 2, 5-11, on peut comparer les thèmes de ce passage à d'autres passages pauliniens et deutéro-pauliniens tels que 1 Co 8, 6 ; 2 Co 5, 18-19 ; 8, 9 ; Rm 5, 12-19 ; Col 1, 15-20.
- Paul s'identifie comme ayant été un pharisien (3, 5 ; voir Ac 23, 6) ; et donc, avant même de croire en Jésus, il aurait anticipé la résurrection des morts. Nous avons vu une modification de sa croyance en 1 Th 4, 15-17, où il affirme que les morts en Christ ressusciteront pour le rencontrer à la parousie. Pourtant, même avant la parousie, Paul pense que s'il quitte cette vie, il sera avec le Christ (Ph 1, 23). En 3, 11, peut-être de manière rhétorique, il dit : « Si cela est possible, que je parvienne à la résurrection des morts ». Comment concilier ces attentes ? Avec quelle modalité ces attentes font-elles partie de l'espérance chrétienne aujourd'hui ?
- La situation sociale à Philippes lorsque Paul y est venu pour la première fois relève peut-être davantage de l'étude de Ac 16, 12-40, mais Lydie y était importante, tout comme Évodie et Syntyché l'étaient dans la communauté à laquelle Paul a écrit cinq à dix ans plus tard (Ph 4, 2).
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Prochain chapitre: 21. Lettre à Philémon
Liste de tous les chapitres
Les activités de Paul selon ses lettres et les Actes
La chronologie paulinienne selon deux types d'approche
 Les voies romaines à l'époque de s. Paul
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