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L'objectif est d'offrir aux lecteurs une compréhension générale de la période qui encadre le NT.
- Le monde politique à l'époque du Nouveau Testament
Ce description commence avec la période qui précède la naissance de Jésus, puis elle couvre tout le premier siècle de l’ère moderne qui est divisé en trois parties : la première partie couvre en bonne part la vie de Jésus, la deuxième celle de la proclamation orale du message chrétien et la composition des principales lettres de Paul, et la troisième celle de la domination croissance des païens convertis dans les communautés chrétiennes et la composition de la majorité des œuvres du NT.
- Qu'est-ce qui a précédé le 1er siècle de notre ère?
Une nouvelle période s'ouvre en 332 av. JC. Après avoir conquis Tyr en Phénicie, Alexandre le Grand étendit son contrôle sur la Samarie et la Judée, précédemment sous gouvernance perse. les Juifs de la région de Palestine-Syrie (et rapidement ceux d'Égypte) faisaient désormais partie de cet amalgame de civilisation grecque et orientale que nous connaissons sous le nom de monde hellénistique.
- 323 - 175 av. JC : Domination de la Palestine par des rois hellénistiques concurrents
Après la mort d'Alexandre, son empire a été divisé entre ses généraux. Sur le plan politique, les grands prêtres de Judée étaient coincés entre les dynasties ambitieuses d'Égypte (les Ptolémées) et de Syrie (les Séleucides), toutes deux issues des généraux grecs. Pendant les cent premières années, les Ptolémées ont généralement dominé la Judée. Grâce à une politique de coopération politique et financière, les grands prêtres de Jérusalem ont évité l'ingérence des Ptoléméens dans la religion pendant la majeure partie de la période. En Égypte, les Juifs devinrent une minorité importante et, au début du 3e siècle av. JC, le processus de traduction des Écritures en grec (la Septante) était déjà bien avancé.
La situation change lorsque, au cours d'une série de campagnes (223-200 av. JC), le souverain syrien séleucide Antiochus III humilie les Ptolémées et prend le contrôle de toute la Palestine. Pendant cette période de conflits d'allégeances, les Juifs se sentent persécutés par les Ptolémées, comme l'attestent les légendes de 3 Maccabées. Et après la défaite contre les Romains (190 av. JC), qui ont imposé une énorme indemnité de guerre, le besoin d'argent des Syriens s'est accru. Sous le règne du fils d'Antiochus, Séleucus IV (187-175), le général syrien Héliodore est connu pour avoir pillé le trésor du temple de Jérusalem.
- 175 - 63 av. JC : Antiochus Épiphanes, la révolte des Maccabées et les grands prêtres Hasmonéens
La situation difficile provoquée par les Séleucides s'aggrave avec Antiochus IV Épiphane (175-164) qui procède systématiquement à l'unification de ses sujets en leur faisant partager la même culture et la même religion grecque. La vénalité et l'ambition des grands prêtres de Jérusalem, qu'il ne cesse de changer, servent ses desseins. Il punit les tentatives de résistance en attaquant Jérusalem (169 et 167), en massacrant la population, en pillant le Temple, en érigeant une statue de Zeus sur l'autel des holocaustes du Temple ("l'abomination de la désolation" de Dn 11, 31 ; 12, 11 ; cf. Marc 13, 14) et en installant une garnison syrienne permanente dans une forteresse (l'Akra) de la ville. Cette persécution constitue le contexte du Livre de Daniel, qui utilise les descriptions des rois babyloniens du 6e siècle av. JC pour décrier les souverains syriens du 2e siècle av. JC. En 167 éclata une révolte juive dirigée par Mattathias, un prêtre vivant au nord-ouest de Jérusalem ; elle fut poursuivie pendant une période de trente-cinq ans successivement par ses fils Judas Maccabée, Jonathan et Simon. Un certain nombre de personnes très pieuses (les Hassidéens) se joignirent à la révolte dans l'espoir que la victoire mettrait fin à la corruption du culte du Temple par les rois séleucides. En 164 les Juifs remportent une victoire qui a conduit à la purification et à la reconsécration (« Hanoucca ») du site de l'autel, la nomination de Jonathan au poste de grand prêtre en 152, ainsi que la prise de l'Akra et l'expulsion de la garnison syrienne en 142.
Sous le règne de Jean Hyrcan 1ier (135 – 104 av. JC, qui amorce une dynastie appelée « hasmonéenne », provenant peut-être de Asamōnaios, l'arrière-grand-père de Mattathias), fils de Simon, Rome reconnaît l'indépendance des Juifs. Hyrcan détruisit le sanctuaire samaritain sur le mont Gerizim, amplifiant la haine déjà existante entre les Samaritains et les Juifs. Son fils Aristobule (104- 103) prend le titre de roi. Cette combinaison de haut sacerdoce et de royauté sera maintenue par ses successeurs pendant les quarante années suivantes, les intérêts politiques de la position dominant souvent les intérêts religieux. Les guerres menées par Alexandre Jannée (103-76), fils de Jean Hyrcan et frère d'Aristobule, étendent les frontières du royaume. Dissolu et cruel, il s'abaisse à crucifier ses ennemis juifs. Il est suivi par sa veuve Salomé Alexandra (76-69), puis par deux fils, Hyrcan II et Aristobule II, dont les querelles pour le pouvoir ouvrent la voie à l'intervention romaine en la personne de Pompée, qui entre à Jérusalem et dans le Temple en 63 av. JC.
- 63 - 4 av. JC : Domination romaine, Hérode le Grand, Auguste
Les Romains préférèrent le faible Hyrcan II (63-41) au grand prêtre Aristobule II, mais un aventurier Iduméen, Antipater II, s’imposa par diverses manigances (meurtre, mariage) comme conseiller d'Hyrcan, puis, avec l'approbation de Jules César, comme procurateur ou surveillant à part entière. Le fils d'Antipater, Hérode (le Grand), changea habilement d'allégeance pendant les guerres civiles romaines qui suivirent l'assassinat de César (44 av. JC). En 37, grâce à sa brutalité et à un mariage rapide avec la famille hasmonéenne, il devint le roi incontesté de Judée, une royauté approuvée et élargie par Octave en 31/30. Considéré avec mépris par de nombreux sujets juifs comme n'étant qu'à moitié juif (c’est un Iduméen converti au Judaïsme), les sympathies d'Hérode étaient clairement tournées vers la culture gréco-romaine. Son règne a été marqué par de vastes projets de construction, notamment la reconstruction de l'ancienne capitale du royaume d'Israël du Nord, Samarie, devenue Sébaste (en l’honneur d’Auguste), la nouvelle ville portuaire Césarée Maritime (en l’honneur de César Auguste) et, à Jérusalem, la forteresse Antonia (en l’honneur de Marc Antoine), un palais royal et une extension massive du temple. Sa méfiance à l'égard d'éventuels rivaux l'amène à construire des palais-forteresses inaccessibles (dont Machéronte, en Transjordanie, où Jean-Baptiste mourra des années plus tard) et à assassiner certains de ses propres fils. La cruauté brutale, voire la folie, des dernières années d'Hérode a donné lieu au récit de Matthieu, qui raconte que ce roi était prêt à massacrer tous les enfants mâles de Bethléem jusqu'à l'âge de deux ans, dans le cadre de son désir de tuer Jésus. Il mourût vers 4 av. JC.
Du côté de Rome, Octave est celui qui survit aux guerres qui ont suivi la mort de Jules César en 44 av. JC. S'attribuant le titre de pacificateur, ce maître de la propagande a parsemé l'empire de monuments célébrant ses réalisations, dont cette inscription à Halicarnasse le qualifiait de "sauveur du monde". Le récit de l'enfance de Luc (2, 11.14) avec les anges chantant la paix sur la terre et la proclamation retentissante : « Aujourd'hui vous est né dans la ville de David un Sauveur qui est Messie et Seigneur » pourrait bien faire écho à la publicité d'Auguste. Sous son règne Rome passe d’une république à un empire.
- Le premier tiers du 1er siècle de notre ère
Après la mort d'Hérode, Auguste partagea le royaume entre trois des fils d'Hérode. Dans les deux régions qui ont le plus touché la vie de Jésus, Archélaüs est devenu ethnarque de Judée, de Samarie et d'Idumée, tandis qu'Hérode Antipas est devenu tétrarque de Galilée et d'une partie de la Transjordanie. Le règne d'Archélaüs en Judée était autocratique et suscitait la haine de ses sujets au point qu'ils envoyèrent une délégation à Rome pour demander sa destitution (la parabole de Luc 19, 14 y fait peut-être allusion). La Judée devint alors une province impériale romaine. Pour amorcer cette transformation, Quirinius, le légat romain de Syrie effectua alors un recensement à des fins fiscales dans le cadre de cette prise de contrôle, recensement qui a entraîné une rébellion de Judas le Galiléen. Ce recensement est mentionné dans Actes 5, 37 et est probablement aussi évoqué dans Luc 2, 1-2. La rébellion de Judas, qui s'est produite vers l’an 6 de notre ère, lorsque Jésus avait environ douze ans et quelque vingt-cinq ans avant sa crucifixion, est le seul soulèvement juif sérieux enregistré en Palestine pendant l'enfance et la maturité de Jésus. Valerius Gratus et Ponce Pilate, ont duré dix ans chacun - ce qui indique que ce n'était pas une période de révolution violente.
Dans la patrie de Jésus en Galilée régnait Hérode Antipas, un roi rusée et vaniteux, tandis que Jérusalem et la Judée était contrôlées par un préfet romain. Mais les relations entre Hérode (ou les princes hérodiens) et Pilate n'étaient pas toujours harmonieuses. Quelques années après la mort de Jésus, l'usage sévère de la force par Pilate pour réprimer un mouvement religieux samaritain a conduit à l'intervention du légat romain en Syrie qui a envoyé Pilate à Rome en 36 ap. JC. Les quatre années de règne de l'empereur Caligula (37- 41) ont eu un aspect effrayant pour les habitants de Jérusalem car il a tenté de faire ériger une statue le divinisant dans le Temple.
- Le deuxième tiers du 1er siècle de notre ère
Hérode Agrippa I, qui avait auparavant succédé aux territoires de ses oncles Philippe et Hérode Antipas en l’an 39, était un ami de Caligula et du nouvel empereur Claude (41-54).
En conséquence, il fut fait roi de toute la Palestine (41-44), rétablissant le royaume de son grand-père Hérode le Grand. Agrippa s'attire la bienveillance des chefs religieux juifs et s'efforce de paraître pieux. Actes 12 lui attribue une persécution qui a tué Jacques, le frère de Jean, fils de Zébédée. Après la mort d'Agrippa (dramatisée dans Actes 12, 20-23), une autre période de domination romaine commença ; mais les procurateurs de la période 44- 66 étaient de faible calibre, vicieux et malhonnêtes, provoquant une agitation intense par leur injustice. Leur mauvaise gestion a donné naissance aux Sicarii (terroristes armés de couteaux), aux Zélotes (adeptes impitoyables de la Loi) et à une grande révolte juive contre les Romains. Après une audience du sanhédrin convoqué par Ananus (Anne) II, un grand prêtre qui a ensuite été destitué par le procurateur Albinus pour avoir agi illégalement, Jacques, le « frère du Seigneur », est exécuté en l’an 62. Deux ans plus tard seulement, après le grand incendie de Rome en juillet 64, l'empereur Néron (54-68) persécutait les chrétiens dans la capitale, persécution au cours de laquelle, selon une tradition respectable, Pierre et Paul furent martyrisés. Ainsi, au milieu des années 60, les personnalités chrétiennes les plus célèbres des Évangiles et des Actes étaient mortes, de sorte que le dernier tiers du 1er siècle peut être qualifié de postapostolique. La révolte juive sévit de l’an 66 à 70, et d'importantes forces romaines et les meilleurs généraux sont appelés. Une tradition quelque peu incertaine rapporte que les chrétiens de Jérusalem ont refusé de se joindre à la Révolte et se sont retirés à Pella, de l'autre côté du Jourdain.
- Le dernier tiers du 1er siècle de notre ère et le début du 2e siècle
Les empereurs de la famille flavienne régnèrent de 69 à 96 après JC. Vespasien, le premier, avait pris le commandement de la Judée en 67 et avait redressé les efforts romains, jusque-là infructueux, pour réprimer la révolte juive. Mais après le suicide de Néron en 68, les légions le proclamèrent empereur. Son fils Titus se retrouva donc à la tête de la campagne de Judée, qui se termina par la prise de Jérusalem et la destruction du Temple en 70 (le dernier bastion de résistance à Massada tomba en l'an 74). Les deux drachmes que les Juifs payaient chaque année pour le Temple de Jérusalem étaient maintenant dirigés à Rome pour le soutien du temple de Jupiter Capitolin. Vers 75 Titus vit ouvertement à Rome avec sa maîtresse, la princesse juive Bérénice, sœur d'Hérode Agrippa II. C'est également à Rome, sous le patronage de ces empereurs, que l'écrivain juif Flavius Josèphe écrivit son récit de la Guerre juive et, au début des années 90, sa grande histoire des Juifs, les Antiquités juives, des sources inestimables pour comprendre le judaïsme du 1ier siècle.
Dans cette dynastie d'empereurs, Domitien, le fils cadet de Vespasien, eut le règne le plus long (81- 96). Autocratique et vindicatif, dans sa quête pour restaurer la pureté de la religion romaine, il exécute sous l'accusation d'athéisme certains de ceux qui sont attirés par le judaïsme, et se montra très hostile au christianisme. Sous le règne des trois empereurs flaviens, Jérusalem commença à être dépassée en importance pour les chrétiens par d'autres centres qui comptaient d'importantes communautés chrétiennes, par exemple Antioche, Éphèse et Rome. C'est probablement aussi à cette époque que le nombre de chrétiens païens a dépassé le nombre de chrétiens juifs. Dans les synagogues, les relations entre les Juifs et les croyants en Jésus variaient probablement d'une région à l'autre. Dans certaines communautés chrétiennes, une forte antipathie se manifesta à l'égard des chefs des synagogues juives, comme en témoigne une série de passages de Matthieu (6, 2.5 ; 23, 6 où on dénonce les prétentions des Juifs) ; on accusait les synagogues de persécuter les chrétiens (Mt 10, 17 ; 23, 34) et de les expulser (Jean 9, 22 ; 12, 42 ; 16, 2), si bien que les Juifs sont devenus pour eux des étrangers (voir Mt 28, 15 ; Jn 10, 34 ; 15, 25). Peu de temps après l'assassinat de Domitien, une autre dynastie d'empereurs se forma : Trajan (98- 117) et son successeur, Hadrien (117- 138). Administrateur efficace et enclin à intervenir dans les provinces, Trajan émit des règlements qui entraînèrent une persécution des chrétiens en Asie Mineure.
Dans sa recherche de chrétiens, le fonctionnaire et écrivain Pline le Jeune s'attendait à les trouver parmi la classe des esclaves, en particulier les femmes esclaves ; il mentionne des chrétiens se réunissant pour chanter des hymnes au Christ "comme à un dieu". La nécessité d'un ordre bien articulé dans les églises chrétiennes pour qu'elles puissent survivre est attestée par Ignace, l'évêque d'Antioche qui, alors qu'il était emmené à Rome comme prisonnier pour être martyrisé (vers 110), adressait des lettres aux églises insistant sur l'importance de rester uni à l'évêque. À la fin du règne de Trajan (115-117) et dans les premières années de celui d'Hadrien, il y eut des émeutes juives dans toute la partie orientale de l'empire. L'insistance d'Hadrien pour avoir à Jérusalem un sanctuaire à Jupiter Capitolin sur le site du Temple qui avait été détruit en 70 et son interdiction de la circoncision contribuèrent à la deuxième révolte juive menée par Simon ben Kozevah, connu sous le nom de Bar Kokhba, et reconnu comme le messie par Rabbi Akiba. Les Romains réprimèrent impitoyablement la révolte ; Akiba fut martyrisé ; et dorénavant, aucun Juif ne fut autorisé à entrer à Jérusalem sous peine de mort. Sur le site de l'ancienne ville de Jérusalem, une nouvelle ville païenne fut construite, Aelia Capitolina. Bien que la parenté de Jésus soit censée avoir été influente dans les églises de Palestine à l'époque de Domitien, cette préséance a pris fin à l'époque de Trajan; et sous Hadrien, la direction de l'église en Palestine serait passée aux mains des païens convertis.
- Le monde social à l'époque du Nouveau Testament
- Un monde marqué par le Judaïsme, mais dans un cadre hellénistique
Les premiers croyants en Jésus étaient juifs ; la majorité des auteurs du NT étaient juifs. Les souvenirs de Jésus et les écrits de ses disciples sont remplis de références aux Écritures, aux fêtes, aux institutions et aux traditions juives. Il n'y a donc aucun doute sur l'influence du judaïsme sur le NT. Par contre, depuis l'époque d'Alexandre le Grand, les Juifs vivaient dans un monde hellénistique, si bien qu’à l’époque de Jésus un bon pourcentage des Juifs du monde parlait grec. Les livres bibliques rédigés en hébreu et en araméen avaient été traduits en grec, et certains des livres bibliques deutérocanoniques, comme le deuxième livre des Maccabées et la Sagesse, étaient rédigés en grec. De diverses manières et à des degrés divers, par le biais du commerce, des écoles et des voyages, les Juifs étaient influencés par un monde très différent de celui décrit dans la majeure partie de l'AT.
- Un monde urbain avec une population mélangée
Les communautés chrétiennes se sont développées autour des villes. La raison est simple : le réseau routier romain, construit à l'origine à des fins militaires, facilitait souvent les déplacements des prédicateurs chrétiens juifs, en les amenant dans les villes situées sur les routes; et ces villes avaient des communautés synagogales auxquelles ces prédicateurs pouvaient faire appel.
Les villes ont une longue histoire d’interaction de personnes différentes. Trois cents ans après les conquêtes d’Alexandre, les populations locales avaient été intégrées au monde grec, tandis que les conquêtes romaines avaient amené la création de colonies dans certaines parties de la Grèce comme récompense territoriale aux soldats. Le privilège d’être citoyens dépendait de circonstances particulières. Par exemple, dans certaines villes, les Juifs pouvaient se voir accorder la citoyenneté. Par contre, les coutumes d'un groupe imposaient des limites aux autres : les étrangers se voyaient interdire l'accès au temple d'Héra à Argos en Grèce ; aucun non-juif n'était autorisé à pénétrer dans le temple de Jérusalem ; seuls les Grecs pouvaient être initiés aux mystères éleusiniens. En général, l'administration romaine essayait de maintenir la paix entre les différents segments de la population.
- Un monde regroupé en associations et le problème de l’intégration sociale
Dans ce monde d’une grande diversité et d’une grande mobilité, il n’est pas surprenant de constater le nombre d’associations pour soutenir le besoin d’appartenance. Il y a des associations pour entretenir des gymnases où le corps et l'esprit sont formés ; des associations professionnelles et commerciales qui fonctionnent comme des guildes, des syndicats et des confréries ; des associations religieuses pour ceux qui pratiquent des cultes autres que le culte public ; et des clubs pour les jeunes et les personnes âgées. En particulier, ceux qui n'étaient pas citoyens acquéraient un sentiment de communauté dans ces associations. Les Juifs étaient exclus de certains aspects de la vie civique commune en raison de leur religion et des lois diététiques, bien que certains fonctionnaires juifs et membres aisés de la société aient fait des concessions, par exemple en apportant leur soutien financier à une fête. Parfois, le degré de participation dépendait du jugement personnel. Les repas avec des non-Juifs étaient particulièrement sensibles, non seulement parce que des aliments interdits pouvaient être servis, mais aussi parce que la nourriture pouvait être dédiée à un dieu païen. Ce type de repas faisait également l'objet d'un débat acrimonieux entre les Juifs qui croyaient en Jésus, selon Gal 2,12. Paul a condamné la participation des chrétiens aux tables d'autel païennes où des sacrifices étaient pratiqués (I Cor 10, 21). Pourtant, partant du principe que les dieux païens n'existent pas, il soutenait que manger de la nourriture provenant de sacrifices n'était pas idolâtre. Néanmoins, comme certains qui n'avaient pas cette perception pouvaient pécher en mangeant de tels aliments, il fallait être sensible à leur conscience (1 Co 8, 4-13). Ap 2, 14.20 est plus sévère, condamnant purement et simplement la consommation de nourriture dédiée aux idoles. Les personnes qui ne partagent pas les mêmes pratiques et croyances sont toujours suspectes, et l'antijudaïsme était fréquent dans certaines parties de l'empire.
Néanmoins, les convictions et les engagements particuliers des Juifs étaient protégés juridiquement par des privilèges accordés par Jules César et réaffirmés par ses successeurs. Les chrétiens bénéficiaient probablement d'une protection similaire tant qu'ils étaient considérés comme des juifs ; mais une fois que la plupart des chrétiens étaient des païens ou des juifs rejetés par les synagogues, ils ne bénéficiaient plus d'un parapluie juridique. L'opposition populaire aux chrétiens trouve un écho dans Actes 28, 22 : « Quant à cette secte, nous savons que partout on la dénonce ». Cette aliénation de la vie sociale était éprouvante pour la psyché chrétienne, d’où certains écrits comme 1 Pierre qui s'adresse aux croyants qui étaient devenus des étrangers et des résidents (2, 11) et qui étaient injuriés comme des malfaiteurs (2, 12) et insultés (3, 9) ; il leur donne l'assurance qu'ils sont une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte et le peuple de Dieu (2, 9-10).
- Une perception mitigée de l’empire romain
Pour certaines populations, l’arrivée de l’empire romain était une amélioration à leur sort, pour d’autres : non. Et toutes les villes n'étaient pas traitées de la même manière ; Tarse était une ville libre, alliée, exemptée de l'impôt impérial ; des villes comme Corinthe et Philippes, en raison de la reconstruction ou de la réinstallation romaine, portaient le titre de colonia dans laquelle les terres agricoles n'étaient pas soumises à l'impôt. Dans les villes plus anciennes, les noms traditionnels des fonctionnaires ont été conservés (et les Actes font preuve d'habileté pour rapporter ces titres). Malheureusement, Rome a opté progressivement pour une administration aristocratique, si bien qu’un certain nombre de classes, incluant des citoyens romains, étaient désormais exclus de certaines fonctions. La collecte des impôts était souvent confiée au plus offrant, de sorte qu'un impôt considéré comme oppressif pouvait l'être en soi ou à cause de la cupidité et du caractère impitoyable des collecteurs. Les Actes des Apôtres brossent un tableau mitigé des autorités païennes, sans toujours préciser si les autorités locales ou les magistrats qui ont traité avec Paul étaient romains : en 16, 22.36-38 et 17, 6-9, ils sont injustes ou indifférents ; en 13,12 et 19, 35- 40, ils sont sympathiques ou justes.
- Une diversité de classes sociales
Le NT fait souvent référence aux « pauvres ». Mais il ne faut pas identifier ces pauvres avec les gens du tiers-monde d'aujourd'hui qui ne peuvent se loger et sont souvent au bord de la famine. Dans les évangiles, qui reflètent en partie la vie de Jésus en Galilée, les pauvres sont de petits agriculteurs dont les terres sont insuffisantes ou stériles, ou des serfs dans de grands domaines ; dans les villes, sans l'aide des produits de la terre, les pauvres sont un peu plus mal lotis. Pourtant, la situation des deux groupes de pauvres du NT était économiquement meilleure que celle des pauvres désespérés du monde moderne. Quant à Jésus lui-même, dont on se souvient qu'il montrait de l'affection pour les pauvres, il était selon Marc 6, 3 un tektōn, c'est-à-dire un « menuisier » qui fabriquait des portes ou des meubles pour les maisons en pierre ou en briques de terre, ainsi que des charrues et des jougs pour les fermiers. En tant qu'artisan d'un village, il pourrait être comparé à « un col bleu » de la classe moyenne inférieure américaine.
En ce qui concerne les esclaves, les traductions du NT rendent le doulos grec à la fois par « serviteur » et « esclave » ; mais ceux qui sont ainsi décrits ne doivent pas être imaginés selon les modèles du 19ème siècle des domestiques britanniques ou des esclaves africains en Amérique. À l'époque du NT, l'esclavage existait depuis plusieurs siècles, même s'il commençait à décliner. Les sources anciennes d'esclaves étaient les raids de pirates et les fréquentes guerres qui ont précédé l'inauguration de l'empire romain, puisque les prisonniers et parfois toute la population d'une ville conquise étaient vendus comme esclaves. Le statut des esclaves variait. Ceux qui ramaient dans les galères ou travaillaient dans les carrières avaient une existence brutale. Pourtant, les esclaves avaient des droits légaux, et sous l'empire, maltraiter ou tuer des esclaves constituait un crime punissable. Outre le travail dans les entreprises, l'agriculture et les ménages, les esclaves pouvaient être administrateurs, médecins, enseignants, érudits et poètes, et accumuler des richesses. En outre, les nobles païens dénonçaient l'esclavage, et certaines religions orientales acceptaient les esclaves sans préjugés.
Les prédicateurs chrétiens font des convertis parmi les pauvres de la ville et les esclaves, mais ils font aussi des percées considérables dans la classe moyenne. Bien qu'il y ait eu quelques chrétiens riches, c'est dans cette classe sociale et parmi les aristocrates qu'il y a eu le moins de conversions. Dans 1 Co 1, 26, Paul fait plus que de la rhétorique lorsqu'il dit : « Il y a parmi vous peu de sages... peu de puissants, peu de nobles ». Une occasion particulière de tension sociale chrétienne semble avoir été le repas eucharistique. Pour qu'un certain nombre de chrétiens se réunissent, une grande salle était nécessaire. Dans cette pièce, souvent située au deuxième étage d'une maison privée d'un croyant économiquement plus aisé, étaient invités des chrétiens de classe inférieure qui, autrement, n'auraient eu aucun contact avec le propriétaire. Une interprétation de 1 Co 11, 20-22.33-34 est que certains propriétaires avaient trouvé un moyen de contourner cette situation socialement gênante en invitant d'abord seulement leurs amis à un repas, de sorte qu'ils avaient mangé et bu avant que le groupe plus large ne soit accueilli à l'eucharistie. Paul condamne cette façon de faire, qu'il juge non chrétienne, car elle fait honte à ceux qui n'ont rien. La courte lettre à Philémon montre que Paul est aux prises avec le problème d'un esclave fugitif devenu chrétien. Il demande au propriétaire de reprendre le fugitif comme un frère et, implicitement, de ne pas lui imposer de sanctions sévères.
- Le monde scolaire
Le modèle d'enseignement grec, bien établi dans tout l'empire romain, consistait en une école élémentaire (environ sept ans) pour l'enseignement de la lecture, de l'écriture, de la musique et de l'athlétisme, puis en un tutorat en grammaire, en particulier en poésie, et enfin (pour un petit nombre) en un enseignement supérieur en rhétorique et en philosophie. En ce qui concerne l'influence sur Jésus, il existe peu de preuves que les écoles grecques étaient répandues en Palestine à l'époque du NT. Il ne faut pas exagérer l'influence sur lui de la culture de villes hellénistiques comme Tibériade, sur le lac de Galilée (près de l'endroit où il a prêché) et Séphoris (à seulement sept kilomètres de Nazareth). Le fait que ces deux villes aient servi de capitales à Hérode Antipas peut en avoir fait des abominations pour Jésus, qui a parlé avec mépris de "ce renard" (Luc 13, 32). Quoi qu'il en soit, il n'existe aucune indication évangélique des contacts de Jésus avec ces villes. Nous n'avons pas non plus de preuve concrète que Jésus ou ses disciples galiléens les plus souvent cités parlaient le grec de manière significative, ni qu'il ait formulé l'un de ses enseignements dans cette langue, même s'il est plausible que lui et les disciples aient été familiarisés avec certaines expressions au contact de personnes parlant grec dans le commerce ou la vie quotidienne.
Quant à Saul / Paul qui connaissait assez bien le grec, s’il a été formé dans la diaspora, il pourrait bien avoir reçu une éducation grecque de base. De plus, nous devons nous rappeler que dans un centre comme Tarse, il y avait également des sources publiques d'éducation qui auraient pu l'influencer, par exemple, les bibliothèques et les théâtres où les pièces des poètes grecs étaient jouées. Quelques prédicateurs chrétiens ont pu avoir une éducation grecque plus élaborée, par exemple Apollos que Actes 18, 24 décrit comme éloquent, ou encore l'auteur de l’épître aux Hébreux qui affiche le meilleur grec du NT. Mais en général, les écrits du NT sont rédigés dans le grec de l'époque, le koinē, ou grec parlé quotidiennement. La forte influence sémitique sur le grec de certains livres du NT, le caractère familier de Marc et les erreurs grammaticales de l'Apocalypse auraient pu rendre ces œuvres grossières aux yeux d'un public plus instruit qui avait suivi tout le cursus scolaire. Il est donc compréhensible qu'en guise d'autodéfense implicite, Paul reconnaisse qu'il n'a pas prêché "avec des mots enseignés par la sagesse humaine" (1 Co 2, 13).
Prochain chapitre: 5. Le monde religieux et philosophique de la période du Nouveau Testament
Liste de tous les chapitres
Chronologie du milieu du NT
Généalogie d'Hérode le Grand
J. Meier sur l'éducation et la formation de Jésus
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